‹ Souvenirs du baron HüeChapitre 56 sur 83 · Chef-lieu de la province du même nom, Prusse orientale · texte numérisé non relu

Chef-lieu de la province du même nom, Prusse orientale

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vice-gouverneur de Riga, en prêtèrent dix mille. C'est avec cette somme que le Roi et Madame partirent pour entreprendre un voyage sans termes, Sa Majesté laissant sa procuration pour recevoir la totalité des fonds qui lui étaient assignés. Mais qu'arriva-t-il? Peu après, le Roi apprit que le Cameralhoff de Mittau, avec lequel il avait lui-même concerté cette mesure, avait refusé de payer'. Le duc d'Aumont, revêtu de la procuration de Sa Majesté, arriva à Memel auprès d'elle et lui rendit compte que jamais on n'avait pu la lui faire accepter, tandis que pour apaiser les créanciers de Riga, il avait fallu que ses serviteurs se dépouillassent de leurs dernières ressources. Parmi tout le chagrin dont il était dévoré, le Roi emporta celui de ne pouvoir faire honneur à une dette sacrée et dont la parole de Paul I" était le gage.

La misère du Roi était accrue d'autant que le traitement fixé par l'Empereur avait mis fin aux secours que, jusqu'en 1798, il avait reçu de différents souverains.

La vente des effets, provisions, etc., dont on aurait dû tirer par aperçuet au dernier rabais douze mille thalers n'en produisit au plus que quatre mille; celte vente étant devenue un pillage par

toutes les entraves qu'y apporta le gouvernement de Courlande qui. aussitôt après le départ du Roi, changeant de conduite et de langage, et sous le prétexte qu'une vente publique qu'il avait d'abord autorisée ne pouvait se faire dans le château de l'Empereur, menaça de faire saisir par la police le serviteur du Roi dépositaire des elTets, s'il n'était parti à jour fixe et, arrêtant ainsi la vente, se fit adjuger à vil prix et, en les taxant lui-même, nombre d'objets à sa convenance.

Enfin, aux embarras cruels oij jeta le refus de payement des cent mille roubles dans une situalion où les dépenses du Roi étaient centuplées, se joignit la détresse affreuse de deux cent cinquante malheureux de tous rangs ', de tout âge, de tout sexe qui n'avaient pu atteindre Memel qu'avec le secours des habitants du pays et auxquels le Roi, dont les bienfaits répandus sur l'émigration épuisaient annuellement les ressources, dut cependant

1. D'anciens gardes du corps, des officiers français avaient «té cliassés de Russie en même temps que le comte de Provence. Réduits à la misère, ils s'échouèrent à Memel, où le roi de Prusse leur lit signifier de ne point demeurer plus de vingt-quatre heures. Le comte de Provence leur donna quelques subsides. Marie-Thérèse leur fit remettre cent ducats par le vicomte d'Agoult, sans vouloir que son nom fût prononcé.

Il est curieux de constater que, six ans pi us tard, le roi de Prusse, qui recevait si mal les émigrés dans son royaume, devait lui-même se retirer en proscrit à Memel, devant les armées de Napoléon.

fournir le moyen de se tramer en Allemagne, sous peine de les voir mourir sous ses yeux.

De ce nombre étaient cent fidèles et braves gentilshommes, près de la moitié d'entre eux gardes du corps sous quatre rois. Ils ne purent même pas toucher de la Russie leur solde échue, et ne purent obtenir un instant pour vendre le peu d'effets dont ils pouvaient disposer. La plupart de ces vieillards retombaient naturellement à la charge de leurs maîtres.

Dans cette cruelle nécessité, Madame, mue par un dévouement admirable à la cause de son oncle, se résigna à vendre ses diamants. Le séjour de Memel ne pouvant se prolonger pour elle, elle chargea madame la duchesse de Sérent', avant son départ, de recourir à madame de Pahlen* pour la négociation d'une affaire qu'il lui était impossible de traiter elle-même.

Madame de Sérent me communiqua la lettre qu'elle écrivit le 18 février 1801 :

« Madame la duchesse d'Angoulème me charge, madame la comtesse, de m'adresser à vous pour

1. Bonne-Marie-Félicilé de Montmorency, duchesse de Sérent, ancienne dame d'atours de Madame Elisabeth.

2. Le comte de Pahlen (1744-1826), gouverneur de Saint- Pétersbourg, fut chef du complot qui mit lin aux jours de Paul 1", le 23 mars 1801.

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l'exécution d'une mission très pénible mais dans laquelle je trouve l'adoucissement de me rappeler à votre souvenir. Les détails suivants eussent trop coûté à Madame elle-même. La lettre cijointe vous dira donc simplement qu'elle attend de vous un service. La cruelle position dans laquelle se trouve le roi son oncle, sans asile, sans argent, entouré de fidèles serviteurs que leur attachement pour lui ont réduit à la dernière misère, a réduit madame la duchesse d'Angoulème à faire au Roi offre de ses diamants. De ce nombre est le magnifique collier qu'elle tient de Paul I". Jugez, madame la comtesse, combien il en coûte à celte auguste princesse de s'en détacher, mais la nécessité est impérieuse. On a attendu jusqu'au dernier moment et Madame ne rougira point d'avouer qu'elle est réduite à faire ce sacrifice.

» C'est donc à madame de Pahlen, qui a témoigné à Madame la duchesse d'Ano-oulème respect et attachement et à qui de son côté S. A. R. accorde tous les sentiments qu'elle mérite à tant de titres, que je m'adresse au nom de Madame. Elle sera sûrement trop pénétrée de son affreuse situation pour ne pas se prêter à lui offrir le moyen de tirer le parti le plus avantageux du

collier en question, les joailliers de Pétersbourg qui l'ont fourni le reprendront sans doute et ils sentiront qu'ils ne peuvent l'évaluer trop au-dessous du prix qu'ils ont fixé eux-mêmes.

» Madame la duchesse d'Angoulème attache d'ailleurs la plus grande importance à démontrer jusqu'à l'évidence que c'est la nécessité seule qui lui fait la loi en cette circonstance.... »

A cette lettre était jointe cette note :

« J'autorise madame la Duchesse de Sérent, ma dame d'honneur, à remettre à M. Laurent Lorck, consul de Danemark à Memel, une parure de diamants pour être vendue, et le prix en provenant, aider, dans notre commune détresse, le Hoi, mon oncle, ses fidèles serviteurs et moi-même.

» Comme aussi j'autorise la Duchesse de Sérent à nommer en mon absence M. Hue pour stipuler mes intérêts hors de la vente.

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