‹ Souvenirs du baron HüeChapitre 71 sur 83 · M. HUE · texte numérisé non relu

M. HUE

L'article du testament de Louis XVI qui concerne M. Hue, prouve l'estime qu'en faisait le malheui'eux monarque. La Reine et madame Elisabeth l'appréciaient aussi et lui donnèrent en plusieurs occasions des témoignages de confiance qu'il pourrait citer. Les premiers coups de la révolution menaçant le bonheur et la sécurité de la famille royale, elle sentit plus que jamais le prix des personnes dont la fidélité, le dévouement croissaient avec leurs peines et leurs dangers. M. H de qui ne respira que pour la servir et que son zèle retint sans inteiTalles auprès d'elle lui donna dans toutes les circonstances des preuves d'un attachement sans bornes. C'est sans doute ce qui le fit choisir comme premier valet de chambre du Dauphin, choix toujours important, et qui eût alors l'approbation de toutes les personnes qui pensaient que ce précieux ne devait être confié qu'à un Iiomme dont le cœur et les principes étaient purs.

Le désastre du 10 août auquel M. Hue échappa miraculeusement le sépara de la famille royale, mais, le lendemain, dès six heures du matin, il avait repris son poste aux Feuillants et rendit au Roi le service le plus essentiel à la sûreté du moment. Il brûla dans une des cellules, et presque sous les yeux des gardiens inquiets, des papiers que Louis XVI avait cachés sur lui; il fut du nombre des

tard le roi Louis-Philippe, en date du 25 juin 1807, lui parlant (le « son dévouement pour le Roi, qui ajoute encore à la salisfaction qu'il ressent de tous les sentiments que Hue manifeste pour lui ».

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personnes que le Roi demanda pour le suivre au Temple et la dernière qui lui fut enlevée le 2 septembre au soir. Enfermé dans un cachot pendant quinze jours, Jugé, enfln rendu à la liberté, M. Hïie chercha par tous les moyens imaginables celui de servir de loin les infortunés du service desquels il avait été arraché. Son amour augmentant toujours avec leurs malheurs, il brava tous les dangers pour parvenir à la Conciergerie où la Reine reçut tous les jours par lui des nouvelles de sa famille.

Emprisonné une deuxième fois pendant près d'un an, ù peine est-il libre qu'il trouva moyen de se rendre utile à Madame Royale et lorsqu'elle eût la liberté de se promener dans le jardin du Temple, M. Hiie qui avait loué un petit appartement dont les fenêtres donnaient sur le jardin, s'y montrait soir et matin, avec les personnes qui osèrent se montrer attachées à cette princesse. Le gouvernement jeta un voile sur ce culte des âmes sensibles et ne gêna point l'hommage silencieux et triste rendu par le malheur à la fidélité. Madame demanda au Directoire que M. Hiie la suivît.

11 quitta Paris avec elle, en emportant le juste I ri but d'admiration que les révolutionnaires ne purent refuser à son courage et à son dévouement à ses maîtres. Il arriva à Vienne où Madame consentit à lui voir associer M. Cb'ry. En ne voyant aucune nuance entre eux, le public dût croire que les services qu'ils avaient rendus à la famille royale en France et leurs opinions ainsi que leur conduite pendant la révolution étaient également purs. Ce qui lui était réservé à Mittau ne devait pas lui faire oublier toutes les humiliations qu'il avait reçues dans la capitale de l'Autriche. Avec le titre d'une belle place que le Roi lui donna comme récompense, on n'a jamais voulu voir en lui qu'un commis, ou de M. le duc d'Aumont, ou de M. de Villéon, ou de M. de Thouvenay. M. le manjuis de Bonnay, ancien membre de l'Assemblée constituante, s'est aussi permis la même prétention!!! Cette situation

détestable l'a laissé en but à une multitude de mauvais procédés; on n'a tenu aucun compte de son empressement à faire ce qui était agréable à tout le monde et les refus que commandait la position du Roi lui ont été reprochés comme des fautes capitales. A ces chagrins qui lui étaient personnels, il fallut bientôt en ajouter d'autres qui étaient plus poignants.

Avant son départ de Vienne, ne pouvant avoir aucune place dans la maison de Madame, il avait offert à S. A. R. le service de madame Hiie. 11 ne savait pas alors que dans la maison de la fille de Louis XVI, on n'admettait aucune différence entre sa coëffeuse et la femme de M, Hue. Lorsque M. l'abbé Marie chargé à Mittau de présenter l'état de la maison de Madame crut devoir proposer une nuance (? , Madame n'y consentit qu'avec peine disant qu'elle ne voulait pas i^vés d'elle une madame Campan.

La femme de M. Hue une madame Campan! Sa femme qui avait harcelé le gouvernement pour s'enfermer au Temple avec Madame qui sacrifia parents, amis, fortune pour voler auprès de cette princesse et la servir dans son exil. Ce que M. Hiie pensa alors, ce qu'il craignait ne s'est que trop réalisé; il était pourtant loin de prévoir que les humiliations réservées à sa femme augmenteraient de jour en jour et seraient portées au point où il les a vues au moment de son départ. Il est difficile de ne pas voir que M. Hue a été le jouet d'une fortune aveugle qui se plait à tromper les hommes '.

1. Ce portrait de M. Hiie est suivi d'une biographie de Cléry, dont les termes sont trop pamplilétaires pour que nous les reproduisions ici. Madame Hiie reproclie au valet de chambre de Louis XVII ses liaisons avec les Jacobins tels que Dorat-Cul)ières, son attitude à la Journée des Poignards, le rôle qu'aurait tenu sa femme (chanteuse distinguée) dans une fête de la Déesse Raison, la bienveillance de la comtesse de Provence qui l'admit une fois à sa table, etc. Hàlonsnous d'ajouter que nous n'entendons nullement diminuer l'admirable dévouement de Cléry, en disant quelques mots

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État des diamants de la Couronne.

Paris, le 22 janvier 1818.

Je soussigné, garde gént'ral des meubles et diamants de la Couronne, certifie que M. Hiie, premier valet de chambre du Roi, m'a remis en présence de MM. le baron de Villedavray, Ménière, Oiselle, Grouvelie, Lazard et Bapst i° une malle, 2° un nécessaire, 3'^ un écrin renfermant les diamants, perles, pierreries et bijoux de la couronne que nous transportons au garde-meuble où M. Hiie sera présent à l'ouverture qui sera faite des dites malles, nécessaires et écrins pour constater ce qu'ils renferment.

Le chevalier de radulph de gournay.

L'an 1818, le 22 janvier, en conformité des ordres de M. Jean-Baptiste François de Chardebeuf, comte de Pradel, directeur général du ministère de la maison du roi. Devant M. Armand Thierry, baron de Ville d'Avray, premier valet de chambre du roi, intendant du gardemeuble, Alexandre, Louis-Camille Asseline, secrétaire trésorier de la garde-robe de Sa Majesté en l'absence de M. le comte de Blacas, grand maître de la garde-robe,

des reproches que madame Hiie lui adressa à l'insu de son mari. C'est dans un froissement d'amour-propre qu'il faut chercher l'origine de ce conflit. A tort, sans doute, on a parlé de l'ingratitude proverbiale des Bourbons. Cléry n'eut point à en soulTrir. Il reçut les récompenses que méritait son attachement sans bornes à ses maîtres. Madame Hiie n'eut pas à se louer autant de leur générosité. Elle vit Cléry. homme de grand cœur, mais de petite naissance, recevoir des honneurs dont son mari fut privé. H n'en faut point davantage pour expliquer un pamphlet qui est un véritable document de la psychologie des cours.

B. Pieri'e, chevalier de Radulph de Gournay, garde général des meubles et diamants de la Couronne, inspecteur en chef, Jacques Evrard Bapst faisant fonction de joailler du roi, Paul Nicolas Minière, joailler, inspecteur des diamants de la Couronne, assistés de M. Jean-François- Gabriel de Cambes, chef de division au ministère de la maison du roi, s'est présenté M. Hue, premier valet de chambre du roi, trésorier général de la maison militaire de Sa Majesté demeurant aux Tuileries, lequel a dit que les 15 et 19 mars 1815 les diamants, perles, pierreries et bijoux de la Couronne détaillés dans l'état qu'il a présenté avaient été extraits du Trésor de la liste civile par ordonnance du roi, en date du 19 mars 1815 et confiés à sa garde, etc.. Sont intervenus les sieurs Charles Ouizille, expert de la couronne, Jacob Lazard et Jean-François Grouvelle, joailler à Paris, qui ont rédigé un procèsverbal trop long pour être inséré ici avec détails des objets remis à M. Hiie, d'où il résulte que dans les colliers, boucles d'oreilles, ceintures, diadèmes, couronnes, parures, agraffes, etc., composant le trésor de la couronne il existe : 4769 diamants dont plusieurs très gros, entre autres le Régent, 1770 pierres et perles, 54 saphirs, 211 turquoises, 236 rubis, 234 améthystes, et un nombre innombrable de petits diamants non comptés, employés dans l'ornementation, plus 105 épis de diamants, 12 palmes de diamants, plaques d"or, croix, décorations, etc., paquets de diamants et de pierres précieuses non montées, estimés les uns 175,089 fr. 21, et les autres 39,302 francs.

(Suivent les signatures.)

Notice biographique sur son père rédigée par André baron Bue et signée par la duchesse dWngoulême '.

FAITS RELATIFS A MON PERE DURANT LA DERNIERE ANNÉE qu'il eut L'iIONNEUR d'ÈTRE ATTACHÉ AU SERVICE DU ROI LOUIS XVI.

Mon père , honoré de la recommandation du roi Louis XVI dans son testament, a tHé attaché depuis Tannée 1785 au service de ce prince. Il mérita ses bontés et celles de la Reine qui aimait à lui confier son fils, Monseigneur duc de Normandie, ensuite Dauphin et depuis la mort de Louis XVI, connu sous le nom de Louis XVII. Dès la première année de la révolution, mon père ne quitta presque plus le Roi à toutes les époques qui troublèrent la tranquillité de la famille royale ou Texposa à quelque danger, il fut constamment auprès d'elle pendant la nuit du 5 au 6 octobre, il veilla à la porte du Roi et le lendemain le suivit à Paris. Lors du retour de Varennes, il parvint à rester dans le jardin des Thuilleries malgré la consigne de n'y laisser entrer personne. Il y attendit l'arrivée du Roi qui descendit de voiture au bas de la terrasse. Mon père reçut dans ses bras monseigneur le Dauphin et le porta dans les appartements du Roi ; le 20 juin 1792, mon père fut chargé de veiller sur ce précieux dépôt.

Il passa la nuit du 0 au 10 août auprès de Louis XVI et n'a échappé à la mort, dans l'instant où le Roi se rendit à l'Assemblée, qu'en se jettant d'une fenêtre dans le jardin des Thuilleries, qu'il traversa sous le feu qui renversait une quantité considérable de Suisses. Poursuivi au delà de ce jardin, il se réfugia dans un bateau, ensuite il fut

1. Ce fut sur la seule présentation de cette pièce que, âgé de quinze ans, André Hue obtint, en 1811, une lieutenance en Angleterre.

obligé de se jetter dans la rivière d'où, quelques heures après, il sortit pour se rendre à sa maison située place du Carrousel, il la trouva en feu.

Sans azile, n'osant en demander à personne, mon père erra dans Paris, jusqu'au lendemain 6 heures du matin, qu'a travers mille dangers, il pénétra dans le jardin des religieux feuillands et jusque dans la cellule où le Roi et la famille royale étaient détenus. Le Roi qui était encore couché, lui tendit la main et sûr de son zèle ne craignit pas de lui confier des papiers de la plus haute importance pour la sûreté de la famille royale. Le 10 août, le Roi avait sur lui ces papiers qu'il avait cachés soigneusement dans son lit. Mon père les reçut de sa main pour les brûler, ce qu'il fit. Le 14 août, mon père suivit la famille royale au Temple. Il y resta seul de tous les serviteurs de la famille royale jusqu'au 27, jour de l'arrivée de Cléry. Le 2 septembre, deux officiers municipaux arrêtèrent mon père aux côtés du Roi pour, disaient-ils, le conduire à la prison de la Force. Ils changèrent de résolution et le conduisirent à la Commune de Paris.

Il subit un long interrogatoire avant d'être jette dans un cachot doù il vit et entendit massacrer des prisonniers.

Le 17 septembre suivant, mon père ayant subi un nouvel interrogatoire fut mis en liberté. Peu de temps après, il établit une correspondance avec la famille royale et, malgré les plus grands dangers l'a entretenue avec la Reine lorsqu'elle a été conduite à la Conciergerie. Ce fut par lui que, jusqu'à sa mort, la Reine reçut des nouvelles de ses enfants et de madame Elisabeth.

Le 16 octobre 1793, mon père fut arrêté de nouveau et conduit successivement pendant onze mois dans quatre prisons difîérentes. Il ne recouvra sa liberté que six semaines après la mort de Robespierre.

Lorsqu'il fut permis à Madame, fille de Louis XVI, de se promener dans le jardin du Temple, mon père profita de la liberté donnée à cette auguste et malheureuse prin-

cesse, pour lui donner de nouvelles preuves de sou zèle, en lui procurant de correspondre avec sa famille, de donner de ses nouvelles et de recevoir des siennes. Madame, du moment où sa longue captivité cessa, daigna demander que mon père la suivit à Vienne. Mon père l'a suivie dans cette ville, ensuite à Mittau et, présentement, est à Varsovie avec Madame.

La description de ces faits que le fils de M. Hue m'a mis sous les yeux est d'une exacte vérité.

MARIE-THÉRÈSE. L'abbé EDGEWORTH DE FIRMONT.

(Sceau en cire rouge de Madame, duchesse d'Angouléme.) Varsovie, ce 1 octobre 1803.

Lettre d'André Hue à François Hue son père et réponse de celui-ci *.

Trimestery, le 23 août 1810.

(Reçu le 2o octobre, répondu le 20 novembre. Note de François Hue.)

Mon cher papa, j'ai reçu votre lettre, en date du 27 juin. Le malheur arrivé à ma chère maman m'a fait

1. En 1810, François Hi'ie, voulant éprouver son fils qui guerroyait en Sicile, au service de l'Angleterre, ou voulant peut-être sacrifier à la plus chère de ses convictions, la plus chère de ses tendresses, lui fit une proposition pour le moins singulière : celle de servir sous les ordres de « Buonaparte ». Nous croyons devoir transcrire ici, sans commentaires, la réponse que lui fit son fils et la lettre de François qui suivit cette dernière. Elles sont la plus parfaite image de l'état d'esprit des émigrés, état d'esprit que nous pouvons à peine concevoir et que nous ne pouvons encore juger avec sérénité. Alors qu'on entend un Français, de caractère aussi pacifique et doux que le fut M. Hue, parler avec aisance de tuer Murât « comme une bête puante », et cela dans une lettre où, par ailleurs, il exprime les sentiments les plus chevaleresques, on conçoit mieux que jamais que le devoir, en matière politique, est de nature essentiellement « ondoyante et diverse ».

infiniment de peine i. II faut espéi'er cependant, que la fortune qui nous fut jusqu'ici si contraire nous deviendra un jour favorable; ma résolution lorsque je suis entré au service anglais n'a jamais eu d"autre but que de servir en quelque manière que ce fût, les droits de mon Roy. Je compte donc y attendre que des événements qui ne sont pas impossibles me permettent de servir sous des drapeaux que la Révolution a renversés. Je vous prie de témoigner à Sa Majesté combien je suis sensible à la recommandation dont elle a bien voulu m'honorer.

Vous me mandez dans votre lettre qu'il est presque impossible d'avancer un officier aux dépens d'un autre, mais cela est seulement dans son propre régiment, mais passer de lieutenant, capitaine dans un autre régiment sont des choses qui se voyent tous les jours et, pour preuve, c'est que nous en avons reçu 6. Je suis lieutenant depuis quatre ans et ne suis encore que le H« dans la colonne, ce qui rend mon avancement dans la colonne, non pas impossible, mais du moins très reculé. Veuillez donc, mon cher papa, supplier Sa Majesté de me demander une compagnie dans un régiment étranger. II y en a tant qu'il est presque probable que cette demande ne sera pas refusée à Sa Majesté.

Le major Renaud m'a dit, il y a quelques temps, que lorsque vous auriez retiré les cent louis que vous avez eu la bonté de m'avancer, vous auriez la bonté de me rendre la pension que vous me faisiez alors; faites-moi le plaisir de me mander dans votre lettre si cela est. Les changements continuels que fait le bataillon de chasseurs, car nous en sommes déjà depuis un an et demi à notre 17« cantonnement, m'ont fait dépenser beaucoup plus d'argent que je ne l'aurais fait au régiment, qui n'a changé que deux fois pendant ce temps. Quant à la chasse, elle ne me fait pas faire de grandes dépenses, mais je ne

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