‹ Souvenirs du capitaine DesboeufsChapitre 114 sur 121 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

taine de voltigeurs pour mettre en fuite un millier de ces crânes.

Je vis à la même époque décorer des hommes qui n'avaient jamais combattu ou qui disaient s'être battus contre leur pays. Je vis d'anciens officiers renvoyés et remplacés par des lâches, rebuts des corps, ou par des jeunes gens sans services.

Les joies de la famille et la tranquillité du foyer ont adouci peu à peu mes tristes pensées. Mais les souvenirs de ces quinze années de vie aventureuse, de ces jours de gloire et de désastre, de tous ces héros d'une époque mémorable, de ces beaux régiments qui ne sont plus, viennent sans cesse hanter mon esprit. Aussi est-ce avec un certain regret que je termine ici ce journal, auquel j'ai consacré de si douces heures, et dont chaque ligne me transportait vingt ans en arrière, au milieu de mes compagnons disparus.

Mes chers enfants, votre mère a vu à Perpignan Julien, Desrolines et Daval (qui fut mon témoin dans mon duel avec Barbereau). Vous avez connu vous-mêmes Bessières, Boudonville et le commandant Jeannot, qui faillit perdre le bataillon à Jaca et le fit écraser au pont d'Arrivercitte. Tous ces officiers ont été témoins des événements que j'ai racontés. Quant à ceux qui ont précédé mon entrée au 81e régiment, je n'ai pas écrit un mot qui ne fût l'expression exacte de la vérité.

Perpignan, le 2 mai 1847.

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