C. SCHMID, CURÉ D^OBERSTADION
temberg, appréciant les services qu'il avait rendus dans l'éducation du peuple et de la jeunesse, le nomma professeur de théologie morale et pastorale à l'Université de Tubingue. On lui offrit aussi la place de supérieur du séminaire de Rottenbourg ; mais il n'accepta ni l'une ni l'autre de ces offres. Il voulait rester simple pasteur des âmes et ne point s'éloigner du voisinage des enfants. Le prince de Sigmaringen, qui l'avait souvent invité à prêcher dans sa résidence le jour de la fête de saint Fidèle, chercha, mais en vain, à le gagner pour sa principauté.
En 1825, Louis I de Bavière monta sur le trône royal. Connaissant et appréciant depuis longtemps les services que Schmid avait rendus dans l'éducation de la jeunesse, il le rappela en 1826 en Bavière, sa patrie, et, sur la proposition de Sailer, le nomma chanoine de la cathédrale d'Augsbourg. Schmid, quelque agréable que fût pour lui le séjour de Stadion, ne pouvait ni ne devait se soustraire à une distinction si honorable. Il se rendit à l'appel du roi; mais son état maladif l'empêcha d'aller occuper son poste avant l'année suivante. Son ami Sailer, évêque de Ratisbonne, impatient de le voir arriver, lui écrivit la lettre suivante :
« Mon désir, mon espoir et ma prière est qu'au retour de la bonne saison vous puissiez venir occuper votre nouveau poste d'Augsbourg, à la grande
satisfaction de toutes les personnes bien pensantes , qui vous y attendent avec impatience, principalement notre gracieux évêque et notre cher Weber. » Ce dernier écrivait naguère : « C. Schmid n'a » pu encore entrer dans ses nouvelles fonctions, » parce qu'il est malade; nous voulons donc lui » venir en aide et prier qu'il recouvre la santé. » Oui, nous voulons prier Dieu, qui vous a appelé là d'une manière si admirable, et sans aucune démarche de votre part, de vous donner la santé, la force et le courage d'y arriver, et d'y faire ce que demande sa volonté et ce qui contribuera à sa gloire. La douce température qui règne à Augsbourg, et qui est si différente de l'air inclément et du climat rigoureux du Wurtemberg, contribuera beaucoup à hâter votre parfait rétablissement; et alors quelle belle carrière s'ouvrira devant vous! Un évêque animé des plus sincères intentions, un vicaire général inspiré par les meilleurs sentiments, une foule d'hommes bons et affectueux qui vous aiment, vous estiment et soupirent après le moment de votre arrivée ! Et qui sait ce que le bon Dieu se propose encore, in petto, de faire de vous! La suite de votre histoire ne sera pas différente de celle que vous avez si magnifiquement dépeinte dans vos récits et vos poésies : la gloire de Dieu, la manifestation de ses sages et mystérieux conseils, la récompense du mérite, le triomphe parfait de tout ce qui est bon et
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juste. Celui qui vous a appris à écrire et à^exprimer par la pensée de si belles choses, voudra les réaliser en vous.
» Courage donc, et partez avec Abraham pour cette lointaine contrée que le Seigneur vous montre. Croyez comme lui, espérez comme lui, et comme lui vous expérimenterez combien le Seigneur est bon et combien ses voies sont équitables !
» Votre Sailer. »
Autant l'évêque Sailer saluait avec effusion de cœur le retour de Schmid en Bavière, autant l'évêque de Rottenbourg, J. -Baptiste Keller, le voyait quitter le Wurtemberg avec douleur. Il lui écrivait à ce sujet : « Quelle que soit ma satisfaction en apprenant, prêtre vénéré, que vous êtes nommé chanoine d'Augsbourg, et en voyant les marques de confiance dont on récompense vos mérites, je ne laisse pas d'être vivement affligé en voyant sortir l'un des membres les plus dignes, les plus distingués et les plus méritants, du diocèse dont l'administration m'est provisoirement confiée. Je suis surtout peiné de ne pouvoir vous retenir, en récompensant comme il convient les services que vous avez rendus à la religion. Les sentiments nobles et délicats que vous avez exprimés dans la lettre où vous preniez congé de moi, votre indigne supérieur, n'ont fait qu'ajouter à mes regrets ; ils ont arraché
des larmes à mes yeux et agité mon cœur de sentiments douloureux. Sachez au moins que vous emportez avec vous l'estime, l'affection, le dévouement, la reconnaissance et le respect de tout notre clergé, y compris votre supérieur. Tous reconnaissent unanimement le don que vous avez de donner à la jeunesse une éducation profondément religieuse, et le zèle avec lequel vous travaillez à l'extension du royaume de Dieu. J'espère, cher monsieur, quand vous viendrez vous faire délier de vos pouvoirs, avoir l'occasion de vous rendre publiquement cet hommage. En attendant, je suis tellement éloigné de croire à votre prochain départ, que je nourris encore l'espoir
» J'attends impatiemment votre bonne visite, et vous invite à prendre chez moi votre logement. Que Dieu vous bénisse selon toute la plénitude de sa charité, en Jésus-Christ Notre-Seigneur !
» Je suis, avec un profond respect,
» Votre très-obéissant serviteur et ami, » Jean-Baptiste, évêque. »
Les espérances et les vœux de l'évêque Keller ne s'étant point réalisés, le 12 avril 1827 il envoya à Schmid ses lettres dimissoriales, en y joignant les lignes suivantes :
« J'ai déposé dans vos lettres dimissoriales le témoignage de mon profond respect envers vous,
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monsieur le chanoine, tout en déplorant qu'il ne soit pas en mon pouvoir de vous retenir et de vous gagner pour notre Eglise. Dieu vous prête sa force, afin que votre lumière brille encore longtemps et enflamme la jeunesse d'amour pour Jésus-Christ, comme elle l'a fait jusqu'à ce jour. Je ne puis vous dire combien je regrette de ne vous avoir pas vu une dernière fois auprès de moi. Dieu renvoie ce bonheur à une époque plus reculée. Priez aussi pour moi ! Votre image restera éternellement gravée dans mon souvenir.
» Votre ami,
» Jean-Baptiste, évêque. »
Au mois de mai 1827, C. Schmid quitta Stadion, où il laissa d'amers regrets. Bien que cette paroisse fût une des plus lucratives du pays, il y avait fait peu d'épargnes. Sans parler de sa bienfaisance, le revenu de cette paroisse fut pendant tout le temps qu'il le perçut peu considérable, et pendant de longues années le blé fut à un prix très-inférieur. 11 écrivait pendant l'automne de 1822, à sa sœur Thérèse, ma mère, qui vivait retirée à EUwangen : « Je vous enverrais volontiers davantage, mais les souris mangent actuellement la meilleure part du revenu de la paroisse. » En revanche, C. Schmid emporta en s'en allant quelque chose de préférable à l'argent et aux richesses : les bénédictions de toute ii. |2
sa paroisse et la reconnaissance des pauvres. Plus tard, alors qu'il était déjà à Augsbourg, ses anciens paroissiens allaient encore le trouver pour lui demander assistance et conseil, et une foule de familles conservèrent longtemps l'habitude de réciter chaque soir un Pater pour Christophe Schmid.