C. Schmid et Salât s'en allèrent un jour ensemble
au couvent de Neresheim, non encore supprimé à cette époque. Un Père leur fit visiter le monastère et l'église, dans laquelle les magnifiques tableaux de Knoller attirèrent surtout leur admiration. Le lendemain, ils se rendirent à la sacristie pour dire la messe. Le professeur Salât, grand et magnifique de sa personne, avait quelque chose de majestueux dans la démarche; ce qui faisait un contraste frappant avec la petite taille et la figure juvénile de Schmid, qui marchait modestement derrière lui. Le sacristain s'empressa d'aider Salât à s'habiller, et quand il eut fini, il dit à Schmid : « Pour vous, mon petit, vous pourrez sans doute servir la messe? » On se figure aisément quel fut l'embarras du sacristain, quand Salât le désabusa en lui disant d'un ton grave : « Ce respectable monsieur demande aussi à dire la messe. » Cependant, comme on en était encore à chercher un servant, Schmid prit en souriant le missel, et servit humblement la messe de Salât.
Il y avait à cette époque, non loin de Thannhausen, un jardin anglais qui avait été construit par un religieux du monastère d'Ursberg, Louis Albrecht, prédicateur à la cour de Stuttgard pendant le règne du duc de Wurtemberg, et plus tard curé de Saint-Ulrich, à Augsbourg, homme fort instruit et excellent prédicateur. Le comte de Stadion avait fourni le terrain de ce jardin , qu'on
pouvait appeler l'ornement de la vallée du Mindel. L'art et la nature s'y étaient donné fraternellement la main. Une multitude de sentiers agréables et sinueux conduisaient, les uns à travers des prairies verdoyantes, les autres à travers de douces collines ombragées de sapins noirs et de hêtres touffus, ceux-ci à travers des parterres semés de légumes et de fleurs, ceux-là à travers de longues et sombres allées de verdure. Dans ce jardin il y avait entre autres une petite métairie et un ermitage solitaire caché par des arbres fruitiers et des vignes, outre une petite église. On y voyait aussi plusieurs places où l'on pouvait se récréer, et s'asseoir de temps en temps sur des sièges élégants et commodes. Un petit ruisseau qui coulait à l'ombre d'une multitude de chênes majestueux arrosait ce séjour enchanteur. Dans un endroit tout-à-fait à l'écart on apercevait des monuments travaillés avec goût, élevés à la mémoire de défunts dont le souvenir était précieux. L'un de ces mausolées avait été érigé à l'épouse du bailli, et un autre à son jeune fils, sous rinïtiative de C. Schmid. L'obscurité profonde qui régnait en ce lieu, les saules pleureurs dont il était ombragé, rappelaient, au milieu de ce ravissant séjour, les devoirs de la vie, la pensée de la mort et de l'éternité.
Du sommet d'une des collines les plus élevées de ce jardin, on apercevait la vallée du Mindel se dé-
rouler dans une magnifique perspective. On découvrait de là la ville de Mindelhein, l'antique abbaye d'Ursberg, le château de Kischheim appartenant aux comtes de Fugger, et une foule de charmants villages avec les clochers de leurs églises. Tout au fond s'élevaient les vertes montagnes de FAllgau, dominées à leur tour par les sommets neigeux des Alpes du Tyrol. C'est dans ce jardin vraiment anglais que C. Schmid aimait à passer ses heures de loisir, soit en se promenant seul à travers les allées ombragées, soit en compagnie de quelques amis intimes qui s'y réunissaient souvent pendant la belle saison, et y organisaient de petites fêtes musicales. Schmid y conduisait souvent les enfants de l'école, mais seulement ceux de la classe du dimanche.
Un dimanche, comme il s'y promenait pendant l'après-midi, au moment où il passait devant un berceau de verdure, il entendit lire à haute voix, S'étant approché de plus près, il aperçut plusieurs de ses élèves du dimanche assises l'une à côté de l'autre; l'une d'elles faisait la lecture, et quelquesunes versaient des larmes. Afin de s'assurer quel était le sujet de leur lecture, Schmid se glissa sous le berceau, à la grande surprise de la petite société qui ne l'avait pas aperçu, et demanda quel était le contenu du livre. On le lui présenta. C'était l'histoire de la comtesse Geneviève, qui fut tant de fois vendue
à des marchands. Ce maître si aimant demanda le petit livre pour quelque temps, refit l'histoire sous une forme plus convenable pour des enfants , l'apporta en classe après l'avoir remaniée, et en fit la lecture.
En sa qualité d'ami de la nature, C. Schmid contribua lui-même beaucoup à l'embellissement de ce parc, qui depuis longtemps, hélas ! a dû ouvrir son sein à la bêche et à la charrue. Il composa une petite idylle, dans laquelle il décrivit en détail les beautés de ce jardin. Elle parut à Augsbourg, à la librairie Wolf, sous ce titre : le Jardin anglais de Thannhausen, sur le Mindel, visité par un étranger. Les amis de la poésie qui liront cette idylle ne pourront s'empêcher de rendre hommage au magnifique talent poétique de l'auteur des OEufs de Pâques. C. Schmid terminait ainsi :
c< Jardin enchanteur, asile des purs sentiments, continuez, quand la terre nous aura recouverts, à fleurir pour la génération future. Je vous salue toutes, âmes nobles et sensibles, dont le sentiment des beautés de la nature a embelli ce séjour. Heureux celui qui, sur le sein d'une mère riche et aimante , oubliant ses soucis et calmant ses fatigues, découvre dans les magnificences du monde le temple de la divinité, et, prosterné sur la tombe d'un ami, espère en un monde meilleur. »
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SCHMID QUITTE THANNHAUSEN, ET DEVIENT CURÉ D'OBERSTADION, DANS LE WURTEMBERG.
C. Schmid passa près de vingt années dans les utiles et salutaires occupations dont nous venons de parler. Pendant ce temps, on lui avait proposé la place de professeur de pédagogie et d'esthétique à Dillingen. Mais comme sa santé était alors fort affaiblie, et qu'il était convaincu qu'en écrivant pour la jeunesse il rendrait plus de service à sa patrie, il ne put se décider à se rendre à cette invitation. A cette époque, les paroisses et bénéfices de la Bavière étaient grevés d'impôts considérables, et le petit bénéfice de première messe de Schmid, qui jusqu'alors en avait été exempt, fut chargé de contributions excessives. Ses travaux littéraires lui fournissaient bien une petite compensation ; mais ils ne suffisaient point à couvrir ses frais, d'autant qu'il avait à soutenir une mère pauvre et plusieurs frères et sœurs dont l'éducation n'était pas achevée. Il se vit donc forcé de résigner sa place de Thannhausen et d'en chercher une plus lucrative. Il se présenta pour une paroisse, et en demanda une qui tut peu considérable; mais chaque fois sa prière fut rejetée. Cette circonstance fit sensation. On savait que n . 9
Schmid était Fauteur de l'Histoire sainte adoptée dans les écoles de la Bavière, et que son institution avait été élevée au rang d'école modèle.
On soupçonna quelque motif secret; mais la cause unique était un article de gazette, rédigé sur de faux renseignements. Voici le fait. Le nouveau plan scolaire, qui avait été dressé par le conseiller ecclésiastique Wissmayer, ayant été publié, plusieurs personnes, surtout dans le nord de l'Allemagne, le trouvèrent inadmissible. Le célèbre philologue Voss, appelé en Bavière, avait refusé la place qu'on lui avait offerte, parce que, disait-il, il lui était impossible de conformer son enseignement au nouveau plan scolaire. De son côté, Schmid avait été nommé professeur de pédagogie et d'esthétique à Dillingen, mais il avait refusé ce poste pour les raisons indiquées plus haut. Or, on publia dans les journaux que ce n'était point à cause de sa santé, mais parce qu'il n'approuvait pas le plan d'études, que Schmid refusait d'accepter. Cette nouvelle avait blessé le conseiller Wissmayer, surtout dans l'embarras où il s'était vu. Il avait été jusqu'alors très-favorable à Schmid, autrement il ne l'aurait pas invité à plusieurs reprises d'accepter cette place de professeur ; mais dès ce moment ses dispositions envers lui furent toutes difféîentes , et dans la situation où se trouvaient à cette époque les affaires de la Bavière, il fut impossible à Schmid de se relever.
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Un soir, comme il était assis dans sa chambre , réfléchissant sur sa position, le facteur lui apporta une lettre. Elle venait de M. de Jaumann, curé de Rottenbourg, dans le Wurtemberg, qui lui annonçait que le curé d'Oberstadion venait de mourir, et l'engageait à s'adresser au comte de Stadion, chargé de la collation de cette cure importante, pour la lui demander. Il assurait à Schmid qu'il serait partout bien accueilli dans le Wurtemberg. Schmid, dont le frère Martin était employé au bureau des finances du comte d'Oberstadion, vit en cela une disposition de la Providence. Il répondit à M. de Jaumann qu'il était disposé à se présenter pour cette place, mais qu'il y avait là un côté fâcheux, celui d'être obligé, conformément aux lois du pays, de se soumettre à un examen, qu'on appelait le concours des curés. M. de Jaumann écrivit aussitôt au conseiller ecclésiastique Werkmeister, à Stuttgard, et celui-ci assura positivement qu'on n'exigerait point d'examen de Schmid. Après bien des hésitations et des délais, Schmid adressa une supplique au comte de Stadion, qui se trouvait alors sur ses propriétés de Bohême.
Plus de vingt demandes furent faites en vue d'obtenir cette cure; celle de Schmid, rédigée sous la forme d'une lettre ordinaire, arriva la dernière. Sitôt que le comte de Stadion l'eut parcourue, il envoya à Schmid sa nomination, sans même ouvrir les autres suppliques. Schmid demanda alors ses
148 SOUVENIRS DÛ CHANOINE SCHMlî).
lettres dimissoriales et les obtint. Le 5 janvier 18i6, sa nomination fut confirmée par le roi de Wurtemberg.
ce La nouvelle du départ de ce maître, de cet ami si vénéré et si aimé de la jeunesse, de ce bienfaiteur de la paroisse, qu'il avait secourue dans ses besoins spirituels comme dans ses nécessités corporelles, cette nouvelle, écrit son élève, retentit comme un coup de foudre à Thannhausen, où pendant près de vingt années il avait produit tant de bien. Dans toutes les réunions on se demandait avec douleur si, par des prières et des promesses, il n'y aurait pas possibilité de retenir cet homme si hautement respecté. Malheureusement, des motifs trop puissants empêchaient Schmid de se rendre à cette prière. »
Lui-même abandonnait avec peine un poste où il avait travaillé si longtemps, car il y était étroitement ' attaché. Il se voyait sur le point de délaisser la semence qu'il avait cultivée avec tant d'ardeur et qui commençait à lever, pour aller fertiliser ailleurs un champ ingrat peut-être. En attendant, il prit toutes les mesures possibles pour que l'œuvre de l'instruction et de l'éducation de la jeunesse qu'il avait commencée fût continuée dans le même esprit. Avant son départ, il écrivit au président du comité scolaire de Munich, M. Muller, la lettre suivante :
« Avant de quitter Thannhausen, je vous offre encore une fois la main et vous remercie de tout
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mon cœur pour la bonté ineffable que vous m'avez témoignée comme supérieur et ami. Je suis trop ému pour dire beaucoup de paroles. Ma consolation est que votre affection et votre estime m'accompagneront. Vous comprendrez aisément qu'en quittant Thannhausen j'ai particulièrement à cœur l'école de ce lieu, et que j'apprendrais avec plaisir qu'elle est maintenue en bon état. Je la recommande donc particulièrement à votre attention et vous prie, lors de votre prochain voyage, de ne point oublier Thannhausen. Je sais par expérience que vos visites raniment toujours l'ardeur des maîtres et des élèves.
» Il est encore un désir que je me permettrai de vous exprimer. M. le curé, moi ainsi que toute la commune de Thannhausen souhaitons que mon covicaire, M. Singer, puisse me remplacer.
» M. Singer étant un partisan et un ami de l'enseignement, pour lequel il possède les plus éminentes qualités, il n'est personne qui soit plus capable de bien diriger cette école. Si, comme il arrive pour de semblables bénéfices, cette place était confiée à un homme âgé et hors de service, M. le curé commençant à vieillir, et, dans ce cas, le vicaire ayant suffisamment à faire dans une paroisse de seize cents âmes, c'en serait fait de cette institution. Je vous prie donc instamment de prendre en considération les intérêts des enfants, et de faire tout ce qui dépendra de vous pour accéder à mon désir. »
C. Schmid adressa aux curés et aux instituteurs de son district la lettre suivante :
« Très-respectables et très- vénérés messieurs, » très-chers instituteurs,
» Le soussigné, inspecteur scolaire du district, étant sur le point d'abandonner ses fonctions, remercie, le cœur profondément ému, messieurs les curés pour les nombreux témoignages de respect et de confiance dont ils l'ont honoré; il exprime sa satisfaction à messieurs les instituteurs pour la bonne volonté et le zèle sincère avec lesquels ils se sont efforcés de perfectionner leurs écoles.
» Il recommande à la tendre sollicitude de MM. les curés et instituteurs, les enfants au milieu desquels il a passé les heures les plus agréables, les priant de se souvenir de ces paroles du divin Ami des enfants : « Ce que vous ferez à l'un de ces petits, c'est à moi » que vous le ferez. » Il adresse à MM. les curés et les instituteurs, sans oublier les enfants, le plus cordial adieu, et il termine en protestant que, quoique éloigné, il les portera toujours dans son cœur, et se souviendra constamment d'eux avec estime et affection.
» Que le Dieu tout-puissant, et Jésus-Christ Notre- Seigneur et Sauveur vous bénisse tous !
» Thannhausen, le 3 mars 1816. »
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C. Schmid donna en souvenir plusieurs centaines d'exemplaires de son Histoire sainte aux écoles de son district , et aux maîtres quelques ouvrages de pédagogie.
Il prit congé de la paroisse de Thannhausen dans le dernier sermon qu'il y prononça. Nous citerons quelques passages de ce discours si simple et si onctueux. On y verra quelles étroites relations existaient entre Schmid et cette paroisse. Il débutait ainsi :
« Il y a près de vingt ans, c'était en 1796, le jour de Noël, que j'entrai pour la première fois dans ce lieu sacré, et vous adressai cette salutation affectueuse : « Je vous annonce une grande joie, etc. » De combien de choses n'avons-nous pas été témoins depuis ce jour! Combien, parmi ceux qui alors entendirent mon salut, ne sont plus aujourd'hui! Hélas! nous ne sommes ici-bas que des pèlerins; nous n'y avons point de demeure permanente; tout y est périssable. Que pouvons- nous faire de mieux que d'élever nos regards vers Celui qui seul subsiste à jamais, et de mettre en lui notre confiance? » Puis il expliqua à ses auditeurs les trois vertus fondamentales du christianisme, la Foi, l'Espérance et la Charité, et s'adressant ensuite aux différents âges : « Chers enfants, continua-t-il, je vous recommande au divin Ami de la jeunesse, à Jésus-Christ; c'est en vous qu'il met sa plus grande joie. Il vous aime
de l'amour le plus tendre. Oh! restez dans sa compagnie et demeurez-lui à jamais fidèles ! Soyez aussi soumis à vos parents et honorez-les. Soyez laborieux en classe, et suivez les enseignements que vous avez reçus de moi, et ceux que vous recevrez encore. Conservez vos cœurs purs de toute espèce de mal ; veillez sur votre innocence : elle est votre plus précieux trésor. Jésus-Christ, le divin ami de la jeunesse, vous aidera à la protéger. Restez constamment bons et vertueux, afin qu'un jour vous soyez pour vos parents et pour tous les gens de bien un sujet de consolation.
» Et vous, jeunes hommes et jeunes filles, ne pouvant vous répéter aujourd'hui tout ce que vous avez déjà tant de fois entendu de ma bouche, je vous résumerai en ces quelques mots mes avertissements et mes désirs : C'est vous que j'ai instruits dès votre plus tendre jeunesse. Il n'est certainement aucun de vous qui ne se rappelle que j'ai fait tout mon possible pour vous conduire au céleste Ami de l'enfance. Souvenez-vous du jour de votre première communion! combien j'étais alors touché de vos larmes! Elles m'étaient une preuve de la piété de vos cœurs et de votre amour pour le Seigneur. Rappelez- vous tant de saintes émotions ! Vous êtes maintenant au printemps de la vie; votre âge est celui où les tentations sont le plus violentes et le plus dangereuses. Vous vivez à une époque où la
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débauche , l'impudicité , les actions déshonorantes régnent en souveraines. Oh ! ne vous laissez pas^éduire aux charmes du péché; préservez- vous de la tentation ! Plusieurs d'entre vous, surtout parmi les vierges, sont encore purs et innocents. Restez fidèles à votre divin Sauveur; devenez de jour en jour meilleurs, conservez vos cœurs purs et immaculés. Dites à la passion impure : Vous n'êtes point ce qu'il me faut, je connais quelque chose de plus excellent, je veux dire l'innocence ? la pureté et la paix du cœur. Qu'elles soient votre héritage et votre parure. Soyez et demeurez bons; alors aussi vous serez et resterez heureux ! Demandez tous les jours le don de la persévérance dans le bien, et priez aussi pour ceux qui marchent dans les sentiers de l'erreur, afin que le bon Dieu daigne les ramener dans la droite voie. Il est grand parmi vous le nombre de ceux que j'ai instruits; Dieu veuille qu'aucun ne soit perdu ! Je vous le répète une dernière fois : conservez mes enseignements ? devenez des chrétiens tout-à-fait bons; alors vous serez la joie de Dieu, la joie des anges, la joie de vos parents et de tous les hommes de bien!
» Parents chrétiens, je vous répète aujourd'hui une dernière fois ce que je vous ai dit si souvent : Elevez vos enfants dans la crainte de Dieu et dans la doctrine du salut; surveillez-les et les mettez en garde contre les pièges de la séduction; ne les laissez point ii. 9*
errer à l'aventure, crainte qu'ils ne s'égarent dans de jnauvaises compagnies ; envoyez-les assidûment à l'école et au catéchisme, sans néanmoins croire que cela suffise. Vous devez encore les former, établir dans leurs cœurs un bon et solide fondement; c'est seulement alors que vous en pourrez faire des hommes vertueux. Je vous recommande tout particulièrement ces enfants; ils sont le plus grand trésor que le ciel vous ait confié. Conservez-les pour le ciel, et avant tout donnez-leur le bon exemple. Vivez ensemble dans la charité et la conéorde, et rétablissez la paix là où règne la discorde. Souvenezvous de la fidélité que vous vous êtes mutuellement promise à la face de Dieu; tendez- vous la main, et jurez-vous de nouveau l'union, la fidélité et l'amour. Alors seulement la bénédiction descendra sur vous et sur vos enfants.
)) Serviteurs et servantes, soyez soumis à vos maîtres; soyez fidèles et sincères, gardez-vous de rien soustraire à vos supérieurs; comportez -vous comme des enfants de la maison !
» Et vous, maîtres et maîtresses, ne soyez point durs et cruels envers vos serviteurs; songez aux nombreuses fatigues qu'ils supportent; traitez-les avec bonté et douceur ; intéressez-vous non-seulement à leur bonheur temporel, à leur nourriture et à leur salaire, mais encore au bonheur éternel de leur âme; considérez-les comme vos propres enfants!
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» Pour vous, vieillards, dont, sans doute, je ne reverrai plus la figure vénérable, voici les paroles que je vous adresse : Si peut-être vous aviez consacré non à Dieu, mais au monde, la plus belle partie de votre existence, ne différez pas plus longtemps; commencez dès aujourd'hui à vous donner à Dieu sans réserve, afin qu'un jour vous puissiez dire avec Siméon : « Maintenant, Seigneur, vous renvoyez en » paix votre serviteur ! »
» Que nul d'entre vous, mes chers auditeurs, n'oublie jamais les dernières paroles que je viens de vous adresser !
» Je remercie publiquement toutes les personnes qui m'ont fait du bien; je vous remercie surtout de l'attention avec laquelle vous avez écouté ma parole, des preuves d'affection que vous m'avez données, principalement pendant les derniers instants de mon séjour au milieu de vous. Dieu veuille vous rendre tout au centuple! Je sens parfaitement que j'aurais pu faire beaucoup plus de bien, et tel eût été aussi mon désir; mais, vous le savez, la surveillance d'une multitude d'écoles ne me permettait point de vous consacrer toutes mes forces. Si donc des affaires extérieures m'ont fait négliger l'un ou l'autre devoir, soyez indulgents envers moi. Je ne laisserai pas, quoique éloigné, d'agir encore sur vous, et les livres que j'ai écrits continueront de parvenir à vos enfants. Il en est plusieurs parmi vous qui m'ont
accordé une confiance illimitée et dont j'étais le directeur; le bon Dieu continuera de s'intéresser à eux.
» !3'il en était parmi vous que j'eusse blessés involontairement et à mon insu, je leur demande ici publiquement pardon. Quant à ceux qui m'auraient offensé, je leur ai depuis longtemps pardonné. Mon cœur ne connaît point le ressentiment. Nous voulons nous séparer dans la charité et dans la paix. Gardezmoi dans votre souvenir et priez pour moi, comme à mon tour je prierai pour vous. Oh ! combien je serai heureux quand, éloigné de vous, j'apprendrai que vous êtes encore pieux et bons. Quelle ne serait pas, au contraire, ma désolation si j'étais condamné à entendre que tant d'avertissements de vos pasteurs ont été inutiles, et que vous êtes tombés dans le péché ! Dieu veuille prévenir un semblable malheur !
» Et maintenant, vivez heureux et recevez une dernière fois ma bénédiction sacerdotale.
» Bénissez, Seigneur, ces enfants, et conservez leur innocence !
» Bénissez tous ces jeunes gens, afin qu'ils vivent dans la pureté et la chasteté !
» Bénissez les parents, afin qu'ils élèvent chrétiennement leurs enfants !
» Bénissez les vieillards, afin qu'un jour ils meurent consolés!
» Bénissez toute cette paroisse !
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» Bénissez ce zélé pasteur et son digne confrère !
» Bénissez les autorités civiles !
» Bénissez le roi, le comte, la Bavière tout entière, qui, jusqu'à ce jour, fut ma bien-aimée patrie; bénissez toute l'Allemagne! Que Dieu ait pitié de vous et vous pardonne vos péchés ! Que le Dieu tout-puissant et miséricordieux, Père, Fils et Saint- Esprit, vous bénisse, ainsi soit-il ! »
•Le lendemain, C. Schmid partit. « Lorsque la voiture fut prête, écrit son élève, tous ceux d'entre les jeunes gens de Thannhausen qui étaient capables de conduire un cheval se rassemblèrent. Deux voitures étaieiït préparées pour les fonctionnaires religieux et civils qui attendaient C. Schmid afin de l'accompagner, eux et les jeunes gens à cheval, jusqu'à Krumbach, situé à deux lieues de là. La dernière visite de Schmid fut faite à l'école, où il dit à mon père et aux enfants un dernier adieu, puis monta en voiture. En ce moment, tous les enfants se mirent à pleurer et à pousser des cris, et prièrent mon père de les laisser partir. Toute la place qui s'étend devant la demeure de C. Schmid fourmillait d'enfants et de jeunes gens. Plusieurs d'entre eux, versant des larmes et sanglottant, coururent longtemps après la voiture, jusqu'à ce qu'enfin elle disparut dans le lointain. »