CHAPITRE XIII -in
de Prusse, qui figurait le connétable de Bourbon, s'était affublé, à cette occasion, du grand cordon de la Légion d'honneur qui avait appartenu au prince Ferdinand, son père!
Peu après, je fus nommé officiellement second secrétaire de la légation, et le vicomte Maurice de Flavigny arriva, me i-'-uiplaçant en qualité d'attaché.
C'est, je crois, dans cette même année 1819, qu'eut lieu la rentrée en France de Méhée de La Touche. Banni de France par l'ordonnance du 24 janvier 1816, cet énergumène était iixé à Kœnigsberg, sous la surveillance de la police prussienne, recevant une pension alimentaire, qu'il croyait accordée par le gouvernement de Frédéric-Guillaume III, mais qui, en réalité, était payée par la France, sur les fonds secrets, car je me souviens avoir été plusieurs fois chargé de rembourser les avances faites par le gouvernement prussien. C'est entre mes mains que Méhée de La Touche prêta serment de fidélité au Roi de France, et qu'il promit formellement de ne plus se mêler d'affaires politiques. Il signa le procès- verbal que je dressai de son serment et de ses promesses, et, après avoir reçu du marquis de Bonnay l'argent nécessaire pour faire sa route, il partit pour Paris et je n'ai plus entendu parler de lui.
Homme à violentes passions, d'une taille colossale, à la figure farouche, aux vêtements peu soignés, Méhée de La Touche restera dans mon souvenir comme ces brigands de grand chemin, qu'on voit surtout dans les romans d'aventures. Certes, ce colosse hirsute devait avoir un terrible aspect, quand, à la tribune du club dont il faisait partie (1), il demandait « si jamais quelque chose de semblable à un Roi se montrait en France, que la nation lui fit l'honneur de le choisir pour aller lui plonger le poignard dans le cœur ». Quand on rapprocha de ces paroles grandiloquentes et sanguinaires la clémence employée par le roi vis-à-vis de ce tigre, on doit trouver que Louis XVI II lit, rnvi-r* Méhée de La Touche, preuve de bonté.
(1) Les Jacobins.
i. ib
Je tiens de personnages bien informés, tels que le duc de Rovigo, le marquis de Bonnay et M. de Chateaubriand, les détails suivant sur Méhée de La Touche. S'étant échappe. eo 1803, de l'île d'Oléron, il passa en Angleterre où il devint agent secret du ministère britannique. Celui-ci l'envoya à Munich, et, de là, à Paris, où il rendit compte au ministre do la police française de la mission secrète qu'il avait acceptée. Autorisé par notre gouvernement, l'infâme Méhée entretint plus régulièrement que jamais une correspondance avec le ministre anglais Drake, qui, le croyant fidèle à ses engagements envers le cabinet britannique, lui répondait exactement.
\ Magdebourg vivait à cette époque un autre exilé français, mais que l'on ne saurait mettre, en aucune façon, sur la même ligne que le sieur Méhée, bien qu'il ait été frappé d'exil par la même loi qui a expédié hors de France ce méprisable individu. Je veux parler du général Carnot, devenu comte pendant les Cent-Jours, alors qu'il était ministre de l'intérieur. Malgré qu'il ait voté la mort du roi Louis XVI, le général Carnot est un homme intègre et à sentiments nobles, qui sein placé par l'histoire parmi les grands citoyens de son époque car, comme membre du Directoire, comme sénateur, comme homme d'Etat, aussi bien que comme général, il a rendu de grands services à son pays. Ce général Carnot est mort en exil à Magdebourg, dans le mois d'août 1823. Il écrivait à certain' époques à notre légation, pour réclamer le « certificat de vie » nécessaire pour faire toucher en France sa demi-solde (1).
J'ai déjà dit, qu'en dehors de mes fonctions de secrétaire de
(1) Le général Carnot a laissé deux fils. L'aîné, Sadi, est mort du choléra en 1832; le second, Hippolyte, est un républicain à l'esprit morose et d< sombre aspect qui, sous le gouvernement provisoire de 1848, cette pauvn machine gouvernementale, a été ministre de l'instruction publique. Dans les mémoires de cette ridicule, niaise et désastreusi époque, il sera curieux de lire, un jour, que le ministre de l'instruction publique écrivit aux divers fonctionnaires de son administration, pour leur recommander de diriger, autant qu'il pouvait dépendre d'eux, le choix '1rs él. ■> leurs pour envi
mblée constituante des illettrés.. Où prétendait donc nous conduire ce misérable gouvernement provisoire, «mi voulanl ne faire nommer que des illettrés à l'Assemblée constituante! [Note de 1851.)