CHAPITRE XVI
jusqu'au bout, malgré la défection de son armée à Leipzig, il a payé sa constance par la perte d'une partie de ses Etats, que le Congrès de Vienne a morcelés au profit de la Prusse, et par celle du grand-duché de Varsovie, que l'on a commis l'énorme faute de remettre, sous la dénomination de royaume, à l'empereur de Russie. C'est ainsi que, désormais, la Russie fait pointe jusqu'au centre de l'Europe, ayant la main droite sur la Prusse et la main gauche sur les Etats autrichiens. Puisqu'on ne voulait pas rendre une nationalité aux Polonais, en faisant de leur pays un royaume indépendant, mieux eût valu cent fois, ou laisser ce grand-duché à la Saxe ou le donner à la Prusse.
Le roi de Saxe est un monarque vertueux, mais que les vicissitudes de l'existence ont rendu morose et éteint. Il bat froid à la légation française, toujours pour l'affaire de Leipzig, et cette froideur s'est notablement accentuée depuis l'extradition du professeur Cousin (octobre 1824). On dit qu'il s'est toujours intéressé aux arts; et, d'un autre côté, on raconte cette chose incroyable, qu'il n'aurait jamais mis les pieds dans les merveilleux musées de Dresde. De son mariage avec la princesse Marie-Amélie-Auguste des Deux-Ponts qui, dit-on, fut compromise dans sa jeunesse par le duc de Lauzun, il n'a eu qu'une fille, la princesse royale Auguste, âgée aujourd'hui (1826) de quarante-quatre ans, ayant depuis longtemps coiffé Sainte-Catherine.
Le prince Antoine, frère du Roi, n'a pas d'enfants, quoiqu'il ait été marié deux fois. Si jamais il monte sur le trône, on pourra, sans crainte de se tromper, dire de lui « un pauvre sire » (1). Sa plus grande occupation consiste à faire distribuer le Nouveau Testament à des Juifs qu'il espère convertir. Ceux-ci acceptent avec joie le livre, à cause de la reliure, et le vendent. Malgré ses soixante et onze ans, cet excellent prince ne manque pas, au bal, une contredanse. Sa petite taille, ses cheveux poudrés, sa barbe de deux jours fort sou-
(1) I/c prince Antoine a régné de 1827 à 1836.
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vent, ses deux chaînes de montre qui descendenl fort bas mains gantées de blanc, les « incj doigts de chaque main toujours écartés, ses yeux de louche..., tout cola fail un ensemble vraiment comique à voir danser.
Fort religieux, le prince Antoine lit voeu, lors d'une maladie, de se rendre à pied à Jérusalem. Rétabli, el i mu vaut le voyage quelque peu pénible, voici connue il s'en tira, avec les ressources de son petit esprit. 11 fil évaluer le nombre de pieds séparant Dresde du tombeau «le Jésus-Christ, puis mesurer le pourtour d'une des salles «lu château royal: et il lu! convenu que. pour être relevé de son vœu, le prince ferait, à genoux, dans un espace de temps fixé, le uombre de tours de cette pièce, qui, additionnés ensemble, présenteraienl la longueur de la route de Dresde au Saint-Sépuli re.
J'en demande bien pardon à ce bon et borné prince; mais. positivement, il ressemble à un singe habillé. Bien que -l'une taille assez élevée, sa femme, l'archiduchesse d'Autriche, Marie-Thérèse, est quasi aussi laide que lui, avec son goitre e1 son œil unique.
Le second frère du Roi est le prince Maximilien-Marie* Joseph, qu'on nomme généralement le prime Max. Il est veuf depuis 1804 d'une princesse de Parme, et, comme s< fils, les princes Frédéric-Auguste et Jean, n'ont guère d'espoir de postérité, le catholique roi de Saxe et la Cour de Rome ont eu la crainte de voir disparaître, au nord de l'Allem igné, toute protection aux catholiques romain-, au moment, surtout, où l'on voit le roi de Prusse, très religieux, s'appliquer à donner beaucoup de consistance au protestantisme. Dans l'intérêt de la dynastie et de la religion catholique, on a donc songé à un second mariage pour le prince Max. Malgré ses répugnances, celui-ci a dû céder et la Cour de Rome a arrangé son mariage avec la jeune, agréable et jolie princesse Louise de Lucques, sœur du duc régnant de Lucques. M. de Kœnnevitz, chambellan du roi d< Saxe. « p »usa, le 15 octobre ÎN'J.V par procuration, la jeune princesse de Lucques qu'il l'amena à Dresde.