CHAPITRE XVI
Le coucher de la mariée est chose curieuse à la Cour de Saxe et l'a été plus encore en cette circonstance (7 novembre J825). La princesse est dans son lit, assise au milieu. Le marié s'introduil par la ruelle et se met dos à dos avec la mariée. Alors entre la Reine, avec toutes les dames de la Cour. Sa Majesté récite à haute voix toutes les litanies de la Sainte Vierge; el ce Q'esl qu'au dernier Amen que le marié peut se retourner vers sa femme. Au moment où cet Amen final est prononcé, toutes les assistantes, la Reine à leur tête, s'enfuient à toutes jambes de la chambre (1).
L'héritier présomptif de la couronne de Saxe est le prince Frédéric-Auguste, fils aine du premier lit du prince Max. Marié depuis 1819 à une fille de l'empereur d'Autriche, il n'a pas encore eu de postérité. Sa femme est sans esprit, assez jolie, et possède une très douce physionomie. Malheureusement elle est atteinte d'épilepsie et, dans ses crises, a des accès de colère terrible, déchirant ses vêtements et distribuant des soufflets à ses femmes (2).
Le deuxième fils du prince Max, le jeune prince Jean, est in-truit, sérieux et beaucoup plus capable, dit-on, que l'héritier présomptif. Il ne jouit pas d'une bonne santé et professe des opinions que l'on trouve trop libérales dans sa famille. Sa femme, la princesse Amélie de Bavière, sœur jumelle de la princesse royale de Prusse, n'a peint eu d'enfants et n'en aura probablement jamais (3).
Je ne parlerai que d'une seule des quatre filles du prince Max, de la princesse Marie, grande-duchesse douairière de Toscane (4). C'est une belle et gracieuse femme que — cir-
(1) La princesse Max n'a point eu d'enfants. Devenue veuve, elle a épousé un romte Rossi, frère du mari de Mlle Sontag. (Note de 1849.)
(2) Cette princesse mourut, en 1832. Son mari épousa l'année suivante une princesse de Bavière, sœur de sa belle-sœur, la princesse Jean. Frédérii - Auguste II avait succédé depuis 1836 à son oncle Antoine.
(3) A l'étonnement général, cette princesse Jean de Saxe, dont la stérilité prolongée avait été ta cause du mariage du prince Max, s'est mise à donner !•• jour à de fort nombreux enfants. [Note de 1841.)
('•) Elle avait épousé en 1821 le grand-duc de Toscane Ferdinand III, ■ t devint veuve en 1824. Elle devint belle-mère de sa sœur; son beau-fils,
■ onstance assez peu connue — le vieux roi Charles X a eu un instant l'idée d'épouser, pour rendre un peu de gaitr- à lur. Mais l'intrigue s'esl jotée à la traverse; les partisans /< lés de la duchesse d'Angoulême se sont émus, à la pensée que la fille de Louis XVI, belle-fille du roi régnant, n'aurait plus que le second rang à la Cour de France. Quoi qu'il en Boit, 1<" roi Charles X. qui nourrissait l'idée d'appeler sur son trône la grande-duchesse douairière de Toscane, fit donner l'ordre au comte de Rumigny, son ministre à Dresde, d'offrir une fête à cette princesse, lors de son dernier voyage en Saxe ( 1 ^25). Cette fête fut fort bien entendue et des plus brillantes.
En voilà assez sur cette assez terne famille royale d'un ■ royaume; et je vais maintenant passer rapidement en revue le corps diplomatique de Dresde.
France. — Le ministre qui porte le titre d' « envoyé extraordinaire », est l'excellent comte de Rumigny, gendre du maréchal duc de Trévise.
A la légation, j'ai eu, d'abord, comme collaborateur, Léonce Laborie, puis le baron Frédéric Portai, fils de l'ancien ministre de la marine, charmant jeune homme, fort instruit, que j'aime beaucoup, et dont, sans doute, le nom reviendra souvent dans ma narration. Il n'est resté à Dresde qu'un an environ, et partit pour la Russie afin d'assister au couronnement de l'empereur Nicolas.
Grande-Bretagne. — A mon arrivée, l'envoyé extraordinaire était l'aimable sir Morier (1), possédant une agréable famille. Malheureusement sir Morier a été remplacé par l'insignifiant M. Chad.
Espagne. — J'ai vu là. "d'abord, comme ministre, le sot et ridicule chevalier d'Acosta, qui voyage toujours, ayant,
le grand-duc Léopold II ayant épousé, en 1817, la prinoosse Marie- Anne, autre fille du prince Max de Saxe.
( 1 ) Bien que le chevalier de Cussy ne nous le dise pas, il est probable que ce Morier n'est autre que James Morier né en 1780, qui fut, m 1810, chargé d'affaires d'Angleterre en Perse, homme non moins distingué par ses talents diplomatiques que par sa connaissance de^tous les idiomes de l'Orient. (Note, de l'éditeur.)