CHAPITRE II
le prouver, en en faisant une avec l'un des cercles tracés par son compas :
— « Volontiers. Quel sujet?... Choisissez.
— Faites le portrait du roi Louis XVIII.
— Vous me ménagez. C'est ce qu'il y a de plus facile. »
Et Gérard qui, depuis, a fait d'admirables portraits de Louis XVIII, produisit presque instantanément un portraitcaricature, fort ressemblant en vérité, quant à la tournure. C'est le roi, vu par derrière, et tout à la fois la représentation d'un éléphant.
Dernièrement, j'ai fait bien rire mon chef, le comte de Rumigny, en lui montrant ce petit croquis que je conserve précieusement. Le grand peintre, qui, dans les premiers temps de la Restauration, était en délicatesse avec les Bourbons, avait trouvé piquant de faire hommage de cette caricature au garde du corps présent lors de sa production. Depuis, Gérard est rentré en grâce près du Roi; on lui a confié l'exécution des plus importants travaux et il a peint bien des personnages marquants de la Cour.
Au mois de juin 1823, quand je le vis à Paris, Gérard voulut bien me proposer de faire mon portrait : « Je veux que vous acceptiez cela en ami, me dit cet excellent homme. Il ne peut entre nous être question d'une somme que vous ne seriez pas en mesure de me payer; je demande très cher de mes portraits et un attaché d'ambassade n'est pas riche. » Le grand artiste commença en effet mon portrait en uniforme de premier secrétaire de légation; malheureusement l'ophtalmie dont il était depuis longtemps atteint le força d'interrompre ce travail qu'il confia aux soins de l'une de ses meilleures élèves, Mlle Henriette Desbordes, nièce du bon chevalier de Saint-Projet. Je me consolai de ce contre-temps et de l'incontestable diminution artistique de mon portrait (1), par le plaisir que j'eus à regarder mon peintre, cette jolie et douce Henriette Des-
(1) C'est ce portrait qui ii«^ur«- en tête du présent ouvrage. [Note cL leur.)
bordes donl les attraits onl fail battre bien des cœurs (1). Du temps ou je servais aux gardes du corps, Gérard m'emmena en compagnie de < | m 'lques amis dans la forêl de Montmorency. Nous dînâmes chez Le sieur Le Duc, aubergiste-restaurateur, ;'i l'enseigne du Cheval blanc, sur la grande place où se tiennent les ânes qui transportent promeneurs et promeneur à i ravers les mille sentiers de la forêt. Cette enseigne d'auberge étail un des souvenirs favoris de Gérard. Quelque dix ans auparavant, Gérard, faisant une excursion à Montmorency avec ses amis Gros et Isabey, s'était arrêté pour déjeuner à l'auberge du sieur Le Duc. A la fin du repas, Le Duc s'approchele l'onnet à la main, et dit à ses hôtes : « Excusez, messieurs, mais vous pouvez me rendre un grand service. Mon enseigne du Cheval blanc tombe en pièces, tant elle est vieille. Est-ce que vous ne voudriez pas, comme paiement de votre repas, m'en faire une, car j'ai bien reconnu à vos discours que vous êtes de jeunes barbouilleurs? » Les trois amis rient beaucoup de la requête et de l'épithète; ils tirent au sort, et c'est Gérard à qui échoit l'honneur de combler les vœux du sieur Le Duc. Gros et Isabey partent pour la forêt; Gérard reste à l'auberge et produit en quelques heures un magnifique cheval blanc. L'aubergiste commença par faire la moue, trouvant que le cheval n'était pas assez grand, que le barbouilleur avail ménagé ses couleurs, et que cela ne le payait point de son écot... Quelques jours après, quand le sieur Le Duc sut de quel pinceau sortait sa nouvelle enseigne, il eut vite fait de changer d'avis. Il ne put se décider à suspendre son cheval blanc exposé à toutes les injures de la température. Et l'enseigne ne paraît plus que -"us un ciel pur, el les jours de fête. Pour les autres jouis, le sieur Le Duc a fail exécuter une copii par un vrai barbouilleur de la contrée.
(1) Perseval de Frileuse el Ferdinand de Wegmann onl demandé en nia- Mile D( sbordes, qui a eu I de les r< ruser. Bile eûl bit n bouîferl des infidélités probables de ces hommes i bonnes fortuit . Cette jolie jeune Bile est morte sans s'être marii I Ile qui a servi de modelée i Bon tableau d'Ourika, el aussi pour la s. uni. I • l'infirmerie fondéi par Mme de Chateaubriand. [Note </< fauteur, 1843.)