CHAPITRE III
Raideur de la duchesse d'Angoulême. — A l'hôtel de Gramont. — Les Duras. — Mme Récamier. — Le colonel de la Bédoyère. — Le chevalier de Bouflers. — Le soir du 19 mars. — Départ précipité du Roi. — A Saint- Denis. — Le retour de Napoléon. — Le duc d'Otrante. — Les Cent- Jours. — Demi-solde et Voltigeurs de Louis XIV- — Le retour de Gand. — Caricatures. — Napoléon à bord de la Saale.
Dresde, janvier 1825.
Aucune fête aux Tuileries. Le Roi respectait la douleur éternelle de la morose duchesse d'Angoulême. De notre bureau de l'état-major j'ai aperçu plusieurs fois cette princesse se promenant dans le jardin des Tuileries. Dieu! quelle figure sévère! quel air hautain! quelle raideur dans la démarche! quel manque de grâce, enfin!... Certes, la dame qui l'accompagnait, personne a l'air fort distingué, déjà âgée — Mme de Sérent, je crois — eût préféré être ailleurs. Elle tenait les yeux fixés sur la duchesse qui lui donnait ses ordres par gestes impérieux et saccadés, parlant peu, redoutant sans doute de faire entendre sa voix désagréable et rauque. C'est de cette princesse que Napoléon a dit qu'elle était « le seul homme de la famille (1) ». Paroles cruelles et peut-être injustes pour les Bourbons! En tous cas, Mme la duchesse d'Angoulême n'ayant aucune des grâces de la femme, il semble équitable qu'elle ait l'énergie d'un homme.
Tant qu'il demeura aux Tuileries, le duc de Gramont ne reçut point: mais étant allé dans la suite occuper son bel hôtel <lc la rue de Grenelle-Saint-Germain, il se rattrapa. Je ren-
(1) C'est en apprenant l'énergie que déploya à Bordeaux la dui h d'Angoulême, lors de son retour de l'Ile d'Elbe, que Napoléon prononça ces paroles. (Note de l'auteur.)