‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 35 sur 205 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tenant de la légion de l'Isère, colonel de Perrégaux (1), puis (17 février 1816) lieutenant dans la légion des Pyrénées- Orientales où m'appelaient les désirs obligeants de son nouveau chef, le comte de Gramont d'Aster, sous-lieutenant sortant des gardes du corps et neveu du duc de Gramont.

Sauf que j'aidai pendant quelque temps le chevalier de Vautré dans l'organisation de la légion de l'Isère, corps de nouvelle formation, je ne fis point de service militaire après ma sortie des gardes. Avec mon assentiment, le duc de Richelieu venait de m'inscrire à son ministère des affaires étrangères comme candidat à un poste d'attaché de légation et, sur ces entrefaites, le marquis de Bonnay, cessant ses fonctions de ministre de France à Copenhague, pour passer à la légation de Berlin, venait d'arriver à Paris. Je lui fus présenté par le marquis du Roure de Beauvoir et le chevalier de Rivière, écuyer cavalcadour et inspecteur des écuries du comte d'Artois. M. le marquis de Bonnay se souvint alors de la recommandation du vieux chevalier de Bouflers et voulut bien m'adresser ces paroles : « Si vous en êtes digne, monsieur le chevalier, peut-être pourrez-vous m'accompagner à Berlin comme attaché à la légation de Sa Majesté. »

Le « Si vous en êtes digne » n'était pas un propos en l'air. Maigre comme un ascète, long comme un jour sans pain, avec un visage aux traits fins et distingués mais d'um- pâleur de cire, le marquis de Bonnay était un homme réservé, froid, presque glacial, et d'allures peu engageantes et même cassantes visà-vis des personnes qu'il ne connaissait point ou qu'il soupçonnait d'être d'opinions politiques contraires à la sienne. Toutes les paroles qu'il prononçait touchant le service du Roi

et les regrets de ses chefs et l'amitié de ses camarades, et qu'il a toujours montré un dévouement absolu pour l'illustre cause de notre Roi légitime.

o En foi de quoi nous nous faisons un vrai plaisir de lui délivrer le pr certificat pour servir et valoir ce que de raison. « Saint-Germain-en-Laye, le 1er mai 1816.

« Signé : Comte de Pellav

(1) Le colonel de Perrégaux sortait des gardes du corps, compagnie du duc de Raguse, où il avait le grade de sous-aide-maj<>r. [Note de Fauteur.)

étaient mûrement pesées. Il me le fit bien voir. Le lendemain même du jour où MM. de Beauvoir et de Rivière m'avaient présenté, je me trouvais à table chez le duc de Richelieu en compagnie du duc de Feltre, ministre de la guerre, et du marquis de Bonnay. Après que notre amphytrion m'eut nommé à ses invités, le duc de Feltre me dit quelques mots aimables, mais le marquis de Bonnay affecta de m'ignorer et, malgré les généreux efforts du duc de Richelieu, il ne m'adressa point la parole de tout le repas. Ce n'est qu'au moment de prendre congé que le marquis m'interpella brusquement en ces termes :

— « Qu'êtes-vous par rapport à feu le chevalier Marc- Antoine de Cussy-Bligny ?

— Son petit-fils, monsieur le marquis.

— Vous êtes bien le petit-fils de ce Gussy qui servit la cause du malheureux prince Charles-Edouard? (1)

— Oui, monsieur le marquis.

— En ce cas, deux mots encore, monsieur le chevalier. Vous avez combattu les ennemis de la France, vous avez servi dans les gardes de Sa Majesté, vous avez même rossé un homme qui parlait mal de votre souverain... Pour les sentiments de votre famille et les vôtres, voilà de bonnes références... mais cela ne sufïit pas. Venez demain à mon bureau, je verrai quelles sont vos aptitudes au service diplomatique. »

Ici, je tiens à ouvrir une parenthèse. Dans les premiers temps de la seconde Restauration, les révolutionnaires et les bonapartistes avaient répandu le bruit que, lors du séjour de Louis XVIII à Gand, pendant les Cent-Jours, les royalistes, en se réunissant dans une salle de l'hôtel Hava, dénommée la « Rotonde (2) », répétaient ce que — selon les bonapartistes — ils avaient déjà dit pendant l'émigration des Français combattant dans les armées impériales : « Ce ne sont que des brigands. » Or, en rappelant ma campagne dans les rangs de

(1) Plus loin j'aurai l'occasion de dire' quelques mots des faits auxquels le marquis de Bonnay faisait ici allusion. (Xote de l'auteur.)

(2) Ces! dans ce salon de la « Rotonde » que Louis XVIII recevait les sadeurs étrangers accrédités prés de lui pendant les Cent-Jours.

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