‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 4 sur 205 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Mées qui ont guidé la rédaction de ces notes. — Premiers souvenirs. — Le vieux capitaine Séguin. — En Hallande. — A Mézières. — Le général Janssens. — Nous sauvons la vie au comte de Saint-Priest. — En campagne. — Le capitaine Jajenski. — « Embrassez-la et que ça finisse! ». — Le matin du 20 mars. — Nous quittons l'armée. — Déclin de l'Empire. — Capitulation de Paris. — Entrée djs alliés dans la capitale. — Scènes du 1er avril. — Sur la place Vendôme. — Hostilité des femmes envers Napoléon.

— M. Poussielgue à l'armée d'Italie. — Episode du congrès de Châtillon.

— Projet de partage de la France. — L'écharpe blanche et le rétablissement des Bourbons.

Bains de Schandau, août 1824;

C'est dans la délicieuse et calme vallée de Schandau que je commence cet écrit, ce mémorial de ma vie. Après le bain du matîn et les courses dans la campagne avec mon ami et compagnon, le chevalier Joachim de Campuzzano, ancien ministre d'Espagne à Dresde, et en attendant les promenades du soir dans la pittoresque Suisse saxonne avec d'autres amis de; Dresde, tels que le comte Antoine de Palfly (1), ministre d'Au-: triche en Saxe, sa femme, l'aimable, gaie, spirituelle et jolie' comtesse Léopoldine de Palfiy, née comtesse de Kaunitz (2),'

(1) Le comte de Paliïy, aujourd'hui prince, a eu le malheur de tuer son' frère à la chasse. (Note de 1843.)

(2) La comtesse de PalfTy est la fille du comte de Kaunitz, ancien ambassadeur 'l'Autriche à Rome, el petit-fils lui-même du prince de Kaunitz. le célèbre diplomate de l'impératrice Marie-Thérèse. Elle est aussi la propre nièce de la comtesse Eléonore de Kaunitz, épouse du fameux prince de Ifetteraich. [Note de 1843.)

et la non moins charmante comtesse de Schulenbourg, il me sera agréable de consacrer quelques heures, chaque jour, à cette promenade rétrogressive de ma pensée à travers mes

Je ne donnerai point aux pages qui vont suivre le nom de mémoires. Jusqu'à présent, rien n'a été assez mémorable dans ma vie pour justifier ce litre et, si j'ai le talent de manœuvrer ma nacelle en la maintenant au milieu du chenal que je d< lui voir suivre, mes jours, je le pense, s'écouleront sans qu'aucun fait réellement mémorable vienne leur donner de l'éclat.

J'aime le bien-être, une vie intelligente et occupée, de douces affections, un petit cercle d'amis, les distractions aimable- di la bonne compagnie; je désire occuper dans la société un rang honorable, sans tenir toutefois à arriver aux premières charges de l'Etat. Est-ce avoir de l'ambition?...

Agé actuellement de vingt-huit ans, me voici chevalier de la Légion d'honneur et premier secrétaire d'ambassade, et assez heureux pour compter parmi les personnes qui m'honorent de leur amitié des protecteurs dont l'appui ne serait pas vain. Donc, si je le voulais, peut-être pourrais-je franchir les degrés du temple de la fortune politique?... Mais je ne I cherche point. Moins d'éclat, plus de bonheur.

Au nombre des personnages qui m'ont toujours témoigné de l'amitié ou tout ou moins de l'intérêt, je nommerai avec plaisir le grand-duc Nicolas (1) et son aide de camp le comte de Modène (2), le baron Portai, pair de France, le vicomte de Chateaubriand dont j'aurai bien des fois à prononcer le nom, le vicomte de Martignac, ministre d'Etat, le comte de Chabrol, pair de France, le général duc de Rovigo, le maréchal duc de Trévise, le duc de Rauzan (Henry, comte de Chastellux), M. de Rayneval, ministre de France à Berlin, le comte Hippolyte de Rumigny (3), le comte de La Ferronnays, ambas-

(i) Devenu empereur de Russie le 12 dé© mbre 1825, par suite de la renonciation au trône de son frère aîné Constantin.

(2) Gentilhomme français, émigré, ayant pris du service en Russie.

(3) Ministre de France en Saxe de 1822 à 1828. Qendre du maréchal duc

<le Trévise.

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