‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 5 sur 205 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sadeur de France à Saint-Pétersbourg, le marquis de Bonnay, pair de France, ministre d'Etat, gouverneur du château de Fontainebleau, sous les ordres duquel j'ai débuté dans lacari ière diplomatique à Berlin, le baron Pasquier, le comte d'Hauterive, conseiller d'Etat, le marquis d'Audiffret, directeur général de la comptabilité du royaume, le baron Prévost, setire du Roi, le comte de Noé, pair de France, le colonel vicomte de Rumigny, aide de camp de M. le duc d'Orléans, le baron Mounier, pair de France, le comte Eugène d'Harcourt, le marquis d'Escayrac, l'abbé duc de Rohan, le duc de Gramont, mon ancien capitaine des gardes du corps, le général baron de Reiset, lieutenant commandant dans la même compagnie, le chevalier de Rivière, écuyer cavalcadour du Roi, le général baron Janssens, le lieutenant-général de Gersdoriï, etc.. Gomme je l'écris plus haut, le cas échéant, toutes ces personnes seraient, j'en suis persuadé, autant de protecteurs pour moi.

Je m'en voudrais de clore cette liste sans inscrire avec reconnaissance les noms de ceux qui ne sont plus : le regretté dur de Richelieu et le fameux chevalier de Bouflers, hommes aimables et infiniment spirituels qui ont bien contribué à mon entrée dans la carrière diplomatique et que j'ai rencontrés plusieurs fois chez le duc de Gramont et chez le marquis de Bonnay. Eux présents, chacun faisait silence pour les entendre raconter, comme ils savaient le faire, les événements auxquels ils avaient été mêlés. Le chevalier de Bouflers, presque octogénaire, s'attardait dans les récits de ses bonnes fortunes, et moi, dans la naïveté de mes vingt ans, j'étais gêné de voiries dames l'écouter avec admiration... Mais n'anticipons pas sur les événements.

Donc ces pages ne seront pas des mémoires. Elles ne seront pas non plus un journal. Je suivrai les temps jusqu'il l'époque actuelle, franchissant, bondissant, revenant sur mes pas, parlant d<' moi e1 des autres, des événemenls publics et particuliers, au fur et ;i mesure que mes Bouvenirs refléteront les faits passés. Plus tard, de temps en temps, j'ajouterai quelques

lignes nouvelles. Ce seront des notes à l'usage, au profit et pour l'amusement de mes enfants — si je me D jamais — et ces notes seront pour moi, dans mes vieux jours, comme autant de jalons placés sur la route de ma vie pour aider ma mémoire affaiblie, mes pensées incertain'-. à remonter la route jusqu'au point du départ. Les vieillards vivent dans le passé. Je veux, dans le présent, préparer les jouissances d'un âge qui n'en a plus d'autres que celles des souvenirs.

Quand on écrit le livre de sa vie, il faut bien commencer par mentionner un détail, pompeux sans doute pour qui n'est pas un grand homme. Je ferai comme les autres et je noterai pour mémoire que je suis né à Saint-Etienne-de-Montluc (Loire- Inférieure), le 27 frimaire an IV, c'est-à-dire, en style chrétien et compréhensible, le 18 décembre 1795.

Mes souvenirs les plus anciens sont, comme tous ceux de la première enfance, sans grand intérêt. C'est, à Nantes, la maison paternelle, rue Franklin, à l'angle de la place de l'Orme; ce sont les premières écoles fréquentées, les noms de quelques vieux serviteurs de la famille, comme Jean Besson, ancien chouan, dont tous les parents avaient péri dans la déroulf de Savenay, et ceux de quelques jeunes camarades du premiei âge. Ce sont quelques faits, sans beaucoup do valeur, de l'intérieur de la famille. Par exemple, je vois encore mon péri cherchant sous un parquet et dans la boiserie d'une fenêtre quelques pièces d'or qu'il avait jetées avec empressenu'i,! dans cette cachette improvisée, pour soustraire ce qui était alors toute sa fortune en numéraire aux visites domiciliaires des sicaires de l'époque. Je le vois aussi, plaçant dans son cabinet de travail une gravure représentant, en pied, le néral Bonaparte, après son retour d'Egypte en 1799, couronni par une victoire.

J'ai conservé très clairement dans ma mémoire les traits fins et distingués de nos co-locataires et amis, le colonel de La Vigne et sa sœur, Mme de La Cour. Pendant la Terreur,

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