‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 70 sur 205 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

due et la duchesse de Cumberland; le chambellan prince Henry XLIV de Reuss, etc.

Mais je m'aperçois que, jusqu'ici, j'ai passé sous silence — presque complètement du moins — les Berlinoises; je vais donc essayer de réparer quelque peu cet oubli. Il y avait d'agréables réunions chez la comtesse Pauline de Néal, Mlles de Wildenbrach et de Sartoris — cette dernière était descendante de Lefort, l'ami de Pierre le Grand — dames d'honneur de la princesse Antoine de Radziwill, fdle du prince Ferdinand de Prusse; de même que chez Mlles de Bischofswerder, de Hagen et de Zeuner, dames d'honneur de la feue Reine. L'on se rencontrait encore beaucoup chez Mmes de Crayen et Solmar, la princesse Sangusko, la vieille comtesse de Golowkin, mère de la comtesse de Papenheim et de Mme de Tronchin, née de Hagen.

Dès le premier hiver de mon séjour à Berlin, on organisa des représentations théâtrales en français dans les salons, et j'ai pris part à toutes les pièces qui ont été jouées successivement.

Ce fut d'abord chez la comtesse de Goltz, à l'occasion de sa fête. On représenta le Mari de circonstance. Pozzo di Borgo, chargé d'affaires d'Espagne, la très belle Mme de Maltzahn, nouvelle mariée et fdle de la comtesse de Goltz, et moi-même, nous remplissions les principaux rôles. Puis ce fut chez une autre fdle de la comtesse de Goltz, la comtesse de Hardenberg, qui avait, elle-même, deux fdles charmantes. Puis, enfui, chez l'aide de camp du lieutenant-général de Tauenzien, le major de Tronchin, qui organisa dans un immense grenier de sa maison un théâtre charmant, parfaitement décoré, qui ne laissait soupçonner aucunement la nature du local. Comme je i rois l'avoir dit plus haut, jamais le Roi et sa Cour n'ont manqué à aucune des représentations données par le major do Tronchin. On y jouait toutes les trois semaines environ, répétant, chaque fois, l'une des deux pièces de la représentation précédente. Pour mon compte, j'ai figuré, notamment dans la Revanche, les Héritiers ou le Naufrage, les Rendrz-

cous bourgeois, V Incognito ou le Dîner cV auberge, la Jeunesse d'Henry V, etc.

Chez la baronne de Perponcher, ancienne dame d'honneur de la grande-duchesse Nicolas de Russie, et femme du ministre des Pays-Bas, j'ai joué cinq ou six fois la comédie, de concert avec le duc Charles de Mecklembourg-Strélitz. La fête théâtrale que donnèrent les Perponcher, en 1821, à l'occasion du séjour du grand-duc et de la grande-duchesse Nicolas, fut particulièrement brillante.

J'ai encore joué dans des comédies de salon chez la jolie comtesse America de Bernstorfï, et chez sa non moins jolie belle-sœur, la comtesse Elise, femme du comte de Bernstorff, ministre des affaires étrangères; mais, ici, c'était en plus petit comité, et la Cour n'y vint pas.

Il y eut aussi deux comédies données, pendant l'hiver de 1821, chez la duchesse de Cumberland (1). J'y jouai dans le Dîner de Madelon ainsi que dans le Ci-devant jeune homme, vaudevilles dans lesquels le duc Charles de Mecklembourg- Strélitz remplit des rôles importants, d'une façon vraiment bien insuffisante. J'ai expliqué pourquoi ce prince tenait à être acteur. Ces deux représentations furent données, en quelque sorte, pour M. de Chateaubriand, que Mme la duchesse de Cumberland distinguait beaucoup et honorait de ses bontés. Elles furent précédées de tableaux vivants, dont les sujets étaient tous tirés de l'histoire de France. Quelles jolies et fraîches jeunes femmes y ont représenté la belle Ferronnière, Gabrielle d'Estrées, Diane de Poitiers, Agnès Sorel et Mlle'de la Vallière!... Si François Ier, Henri IV ou Louis XIV étaient apparus en 1821 chez la duchesse de Cumberland, je crois bien qu'ils eussent préféré à leurs favorites des anciens temps' les splendides Mmes d'Alopéus et de Partana, ou les charmantes femmes de MM. de Maltzahn, de Martens et de Minck-

(1) Née princesse Frédérique de Mecklembourg-Strélitz. Veuve du prince Louis de Prusse, puis du prince de Solms-Braunfels, elle avait épousé en 1815 le duc de Cumberland, quatrième fils du roi George III. et devenu en 1837 roi de Hanovre.

Page 1