CHAPITRE VII
devenue compagnie de Gramont; mais, nommé ministre de Louis XVIII à Copenhague, le marquis de Bonnay n'a point fait alors deservice aux gardes, et je ne l'ai connu qu'au retour de sa mission en Danemark et peu de mois avant de le suivre à Berlin.
Nommé député de la noblesse du Nivernais aux Etats-généraux, le marquis de Bonnay entra à l'Assemblée constituante, dont il fut trois fois le président. Le 14 juillet 1789, il prononça le premier serment qui fut répété par tous les fédérés civils et militaires. Au mois d'octobre de cette même année, il prit la parole pour défendre la conduite qu'avaient tenue les gardes du corps dans les journées des 5 et 6, à Versailles, répondant avec un réel talent et une rare énergie au discours du député Chabroud : « ... Je garderais le silence, dit-il, sur un rapport qui m'a paru, je l'avoue, un modèle de plaidoyer pour les grands criminels, si l'apologie des assassins n'eût pas été mêlée d'outrages contre les victimes. Pardon, ô mes nobles amis, pardon, ombres généreuses des martyrs de cette journée, si j'ai cru nécessaire de vous venger à cette tribune! Mais ne craignez pas, du moins, que j'élève pour vous de timides accents. On vous accuse d'avoir suscité de grands malheurs par un repas militaire, donné selon les usages du corps; on vous accuse d'avoir donné des témoignages d'amour au Boi, à la Beine, à la famille royale!... Malheureux que nous sommes d'avoir assez vécu pour voir le temps où c'est un crime en France d'aimer le Boi, d'être reconnaissant, d'être fidèle, d'être intrépide!... Oui, nous avons osé bénir, dans un repas plein de cordialité, le Boi que vous avez béni seize ans, que vous devriez bénir toujours, et aujourd'hui plus que jamais... On accuse mes héroïques compagnons d'avoir été les agresseurs dans la fatale matinée du 6 octobre! Juste ciel! Ils auraient été assez insensés pour provoquer un combat contre la pin- épouvantable multitude qui se soil jamais soulevée, chez aucun peuple, contre des hommes déjà teints du sang de leurs compatriotes!... Eh! a'ont-ils pas manifesté l'excès même de leur obéissant . en laissant enchaîner leur courage, en ne le
réservant que pour arracher la il 1 1 « * de Marie-Thérèse à la mort la plus certaine el la plus affreuse, pour prévenir un crime dont nous porterions un deuil éternel!...
Ces nobles el généreuses paroles, bien dignes du chevaleresque marquis de Bonnay, ne sont pas les seules qu'il ;iit prononcées dans des circonstances analogues. Le 23 juin 17!U. accusé par le comité des recherches d'avoir été instruit du départ du Roi, le marquis s'écria : « Si le Roi m'avait demandé mon avis, je ne lui aurais pas conseillé ce départ, mais s'il m'avait choisi pour le suivre, je serais mort à ses côtés e1 je me glorifierais de cette mort. »
Le marquis de Bonnay fut le président de l'Assemblée constituante qui montra le plus d'indépendance, d'énergie de talent et d'impartialité. Nommé pour la troisième fois président, il avait décliné d'abord cet honneur, qu'il n'accepta, m'a-t-il dit lui-même, que sur les instances de la Reine.
Quand il vit qu'il était désormais sans utilité pour le R<»i qu'il restât en France, mais en novembre 1792 seulement, alors que l'on avait déjà perquisitionné chez lui et que sa tête étail mise à prix, sur la demande d'un député du Nivernais, le marquis émigra et partit pour Bruxelles avec le comte Pozzo di Borgo, passé plus tard au service de la Russie et devenu ambassadeur de cette puissance à Paris.
C'est à cette époque que le marquis de Bonnay cessa de jouer. Avant la Révolution, il avait beaucoup joué à la Cour i >ù il avait très fréquemment l'honneur de faire la partie de la Reine et de Mme de Polignac. La chance au jeu le favorisait presque constamment; aussi, quand il vit que, ruiné par les événements politiques, ses gains à la bouillotte ou au réversy pourraient lui faire un mauvais renom, le marquis préféra vivre dans la gêne et ne tint plus les cartes que pour la partie de boston des douairières. Ed 1820, j'ai entendu le due de Richelieu répéter ce qu'avail déjà «lit devant moi le duc de (ira ut en L815, que o ç'avaienl été là des craintes chimériques; l'honorabilité el la loyauté légendaires du marquis eussenl Beules suffi à repousser toute insinuation, i Malgré sa