CHAPITRE VI I
gêne, pendant l'émigration, le marquis deBonnay fut ministre de la maison du Roi à Mittau et à Varsovie, puis représentait de Louis X Y i 1 1 à Vienne. C'est là où le trouva la Restauration de 1814.
D'un premier mariage, le marquis a eu une fille et un fils. La fille a épousé un bon gentilhomme du nom de Dorât; !>■ fils, qui n'a pas émigré, est un homme d'une intelligence tellement au-dessous de la moyenne que son père a, depuis longtemps, pris des arrangements pour que ce soit son petit-fil-. Louis de Bonnay, qui lui succède à la Chambre des pairs (1). De son second et tardif mariage avec Mlle O'Niell, le marquis de Bonnay n'a point eu postérité. J'ai dû dire plus haut les potins auxquels donna lieu cette union, ainsi que la réflexion de M. de Chateaubriand, en réponse aux propos attribués au marquis de Bonnay sur Mme Récamier (2).
En 1820, quand le marquis de Bonnay quitta la mission de France à Berlin, où il fut remplacé par le vicomte de Chateaubriand, il fut fait ministre d'Etat et gouverneur du château de Fontainebleau, où il passait l'été. Pour la dernière fois, l'an dernier, j'ai été durant plusieurs semaines son hôte dans cette résidence princière. Le souvenir des séjours que j'ai faits au château de Fontainebleau m'est maintenant doublement cher. Après les promenades du jour, c'étaient, le soir, d'agréables réuni' >ns intimes autour de la marquise de Bonnay. chez qui on voyait presque toujours le sous-préfet, M. de M'iilan, et ses deux délicieuses filles, mon cousin, le chevalier de Saint- Amand, <!ief d'escadrons des lanciers, M. de Caumont, officier du même corps, et sa femme, forl jolie Russe, née, je crois, Lapoukine. Très souvent se trouvaienl là d'anciens el fidèles amis, tels que le bon chevalier de Saint-Projet, ]>• comte de Modène et le duc de Rauzan. Ah! Quelles douces et infini' - causeries, au coin du feu! Le vieu.x marquis n'était
(1) Cela s'est passé ainsi. En 1830, Louis de Bonnay, fidèle au culte des Bourbons, u'a pas voulu prêter Berment. Il est marié et y, je crois, ;
Le lils des Dorai est mort [Note de 1833.)
(2) Voir chap. m et iv.
plus le rigide et ponctuel chef de légation, mais seulement un ami affectionné el dévoué. Là, il oubliail volontiers sa baute situation, pour nous parler à cœur ouvert du temps de sa jeunesse el nous conter, r il savait le faire i ent anecdotes puisées dans sa mémoire.
A la fin du siècle dernier, époque spirituelle et de mœurs faciles, le marquis de Bonnay avait marqué sa place. Il avait fort sacrifié à l'amour (1) et avait été aimé par des femmes qui
s'appelaient Sophie Arnould, Mme d'Epinay et .Mi le
Grayen (2), de même que ses amis et ses rivaux en amour avaienl nom Bouflers, Ligne ou Richelieu. A propos d'un duel a l'espadon que j'avais eu en 1817 à Berlin avec le capitaine d'Engelhart pour la jolie actrice Caroline Seidler, li marquis de Bonnay nous dit un soir, qu'étant aux gardes du corps, il s'était battu avec le baron Grimm pour les beaux yeux de .Mme d'Epinay, alors que celle-ci avait près de cinquante ans. Comme Saint-Amand se récriait, disant qu'une femme, à cet âge, n'est plus séduisante, le marquis rappela I" cas de Ninon de Lenclos, inspirant encore des passions amoureuses à soixante-dix ans, et nous affirma tenir du chevalier de Bouflers, que celui-ci avait obtenu les faveurs de Jeanne Gaussin en 1765. A cette date, la célèbre actrice comptait tout au moins cinquante-quatre ans et pronon< ;<it toujours aussi ingénument le mot fameux qu'on a attribué à tant de pécheresses : « Que voulez-vous?... Cela leur fait tant de plaisir et me coûte si peu!.. (3) »
(1) Le 1er novembre 1792, les commissaires de la Convention, de retour des perquisitions faites chez le marquis de Bonnay, en rapportent une forte liasse de papiers contenus dans un portefeuille sur lequel est inscrite La mention : « Pour être brûlés après mon décès, sans qu'il en reste de vestige. •'•• !'• <I<-Mi;ni<lt' p.ir le respect dû aux morts. » Le tyrannicide Merlin de Thionville, lui-même, supplia la Convention de respecter ce vœu. Ce fut en vain, Les papiers passèrent à L'examen du comité de sûreté générale et le tarou< h<
• onventionnel Manuel déclara à l'Assemblée que les papiers mystérieux n'étaient autre qu' a un portefeuille de l'amour ». [Note de Fauteur.)
(2) Plus loin, je parlerai longuement de Mme de Crayen. [Note de l'auteur.) M. Joseph Mil haud, le Bavant historien, a, je crois, écril q i<
pari que en mot est un de cas mille mots soi-disant historiques et n'appartenant qu'à la légende». Malgré tout, je m'en tiens au récit du marquis