‹ Souvenirs du chevalier de CussyChapitre 95 sur 205 · CHAPITRE VF II · texte numérisé non relu

CHAPITRE VF II

formé par le capitaine John et prit le parti d'expédier un de ses aides de camp au palais du duc de Gumberland.

L'arrivée du chevalier de Vallejo refroidit nos rapports avec la légation espagnole. Ce successeur du bon Landabura n'était qu'un sot personnage, bavard et ennuyeux, qui nous donna aussitôt la mesure de sa suffisance. Au moment où je lui remis Ifs archivesd'Espagne, sur lesquelles le scellé était restédepuis la mort de son prédécesseur, le chevalier de Vallejo se crut obligé de tenir au secrétaire de la légation de Saxe et à moi, représentants des deux missions de famille, un long et endormant discours se terminant par « l'assurance qu'en pareille circonstance la légation d'Espagne se ferait un vrai plaisir de rendre le même service aux légations de France et de Saxe ». Je trouvai cette assurance d'amitié et de bon vouloir si plaisante que, m'armant de tout le sérieux possible, je me levai et entamai, à mon tour, une harangue sur la bonne harmonie qui existait, à notre époque, entre tous les cabinets, et que, Dieu aidant, et tous les cabinets aussi, en employant des hommes du mérite de M. le chevalier de Vallejo, on verrait durer toujours. Et j'achevai, en remerciant le ministre d'Espagne de ses bonnes dispositions envers les missions de France et de Saxe, tout en le priant de croire que les personnes qui les composaient feraient tous leurs efforts pour ne point en profiter, quelque persuadés, d'ailleurs, qu'ils fussent, de leur sincérité.... Pendant cet échange de bons procédés verbeux, les secrétaires de la légation espagnole étaient groupés derrière le chevalier de Vallejo et pouffaient du sérieux, de l'air 'l'importance et du discours de leur chef, autant que de la gravité que j'observai moi-même. En sortant de la légation d'Espagne, je fus rendre compte de cette remise d'archives au marquis de Bonnay. Je n'ai jamais vu autant rire le grave marquis qu'en m'entendant lui conter la scène et lui débiter la réponse emphatique et sarcastique que j'avais faite au discours du chevalier de Vallejo, discours préparé sans doute depuis plusieurs jours, et qui dura, très certainement, prés de deux heures.

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