CHAPITRE VIII
en 1818, mourut d'une façon foudroyante, par la faute d'un pharmacien qui, pour une potion contre la fièvre, avait composé un mélange contenant une trop forte quantité d'opium. Soil dit en passant, cette circonstance fournit au soupçonneux cabinet espagnol, dont l'imbécile et malintentionné M. de Pezzaro était alors le chef (1), l'occasion de laisser sup- : que la légation de France, une des légations « de famille (2) », avait profité d'une catastrophe subite pour s'empresser de lire la correspondance espagnole.
Tous les amis du chevalier de Landabura garderont de lui un souvenir ému, car c'était un bien digne homme, nonobstant »on peu d'instruction et sa vulgarité. L'ignorance et les manières communes du chevalier étaient en opposition criante avec le savoir et la distinction de son frère puîné, le colonel de Landabura qui, après être resté quelques mois en simple voyageur à Berlin postérieurement au décès du chevalier, a péri lui-même de mort violente, victime d'un assassinat à Madrid, au cours d'une émeute.
Le chevalier de Landabura avait été élevé en France, qu'il iravait quittée qu'à l'âge de vingt-deux ans, ayant alors absolument oublié l'espagnol. Quand il arriva à Berlin, âgé d'une quarantaine d'années, il avait totalement oublié le français. Il estropiait ces deux langues de la manière la plus atroce et c' tait bien le cas de dire qu'il parlait le français comme les v n lies l'espagnol. S'étant chargé assez imprudemment de traduire en français un document fort important pour les '•niants d'un ministre d'Espagne mort à Saint-Pétersbourg, il avait écrit que ces enfants étaient « fils naturels et légitimés », au lieu de '< fils naturels et légitimes ». De là, longueurs, procès, difficultés de toute nature. A cause de ce malencontreux accenl aigu, dont le chevalier de Landabura ignoi.ut la valeur, il fallu! que l'empereur Alexandre el Kerdi-
szaro, qui avait été autrefois à la tête de la légation de Berlin, ilors ministre des affaires étrangères d'Espagne. (Note de routeur.) ri) L'autre mission de famille étail la légation Baxonne, une fille 'lu prince Max de Saxe étant alors l'épouse de Ferdinand VII. (Note de l'auteur.)
180 SOUVENIRS DU CHEVALIER DE CUSSl
dand VII intervinssent pour déclarer formellement que le ministre d'Espagne en question était marié avanl la naissance de ses enfants. Un jour, le bon chevalier de Landabura donne, comme il suitj rnnnaissance au corps diplomatique de l'heureuse délivrance de la reine d'Espagne : « J'ai l'honneur de vous annoncer que l'Auguste Majesté de la Reine ma maîtresse adorée, a daigné accoucher d'un enfant qui a reçu les noms de... » Une autiv fois, il annonce en ces termes l'arrivée à Berlin de l'infant don François de Paule : « L'infant don François de Paule est arrivé, hier, en bonne santé. On peut voir Son Altesse Royale à l'hôtel de..., de midi à 2 heures. » On n'annoncerait pas autrement la venue d'un boa ou d'un rhinocéros.
Au reste ce don François de Paule fut pris, une fois au moins dans sa vie, pour un animal. Voici comment : Un jour que le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, se trouvait àGharlottenbourg, entouré de ses enfants, dont le jeune prince Albert, qui n'avait alors que huit à neuf ans, un chambellan ouvre la porte et crie : « Monseigneur l'Infant! » Le roi de Prusse ordonna de faire entrer, mais le petit prince Albert se sauva, effrayé à l'idée de voir un éléphant pénétrer dans l'appartement.
La manière naïve qu'avait adoptée le chevalier de Landabura pour annoncer les couches de sa souveraine, me rappelle une scène assez comique qui eut lieu lorsque la duchesse de Cumberland mit au monde le prince George. Le due. son époux, envoya immédiatement chez le roi de Prusse, l'un de ses aides de camp, le capitaine John, qui avait la prétention de s'exprimer en notre langue ainsi qu'un Parisien, mais, en réalité, parlait fort mal le français, car il prononçait à la manière anglaise les a comme des c et les u comme iou.
— « Sire, dit-il, médème la diouchesse est accouchée d'ioune fil.
— Comment?... D'un fils?...
— YeSj Sire, d'ioune fil.
— En un mol . est-ce un mâle?
— Yès, Sire, ioune lil mêle.
Le roi Frédéric-Guillaume dul renoncer à être mieux in-