‹ Souvenirs du comte de Montgaillard: agent de la diplomatie secre?te pendant la Re?volution, lChapitre 7 sur 19 · VER6ENNES, GALONNE, BRIENNE · texte numérisé non relu

VER6ENNES, GALONNE, BRIENNE

Le crédit de l'accoucheur de la reine, Vermond, avait porté M. de Brienne à la tête des affaires; cet archevêque mérite quelques détails :

M. de Loménie de Brienne, destiné à l'état ecclésiastique, obtint l'évêché de Condom, d'où il passa à l'archevêché de Toulouse; sa réputation politique commença dans cette dernière ville. C'était un homme de beaucoup d'esprit, de peu d'instruction et d'un orgueil excessif; il avait une conception prompte, vive, impétueuse; pétri de despotisme et de légèreté, il se croyait et se faisait passer, sans façon, pour homme de génie ; il possédait au plus haut point la manie et le talent des intrigues, était galant, philosophe, ecclésiastique et athée, tout cela sans s'inquiéter un instant de l'opinion publique.

A peine arrivé dans son archevêché, M. de Brienne se fit remarquer par une prodigieuse activité dans l'administration du Languedoc; il acquit bientôt une grande influence; le crédit dont il jouissait à Versailles et la protection, hautement déclarée, dont la reine l'honorait, finirent par le rendre à peu près omnipotent. On l'avait cru sur parole un grand homme d'État et dès qu'il eut mis la main aux affaires de la province, on le dit un génie supérieur. M. de Brienne ne laissait pas reposer l'admiration des Languedociens, s'occupait sans relâche de l'administration des finances, de l'assiette des impôts, des grandes routes, des ponts et chaussées, de l'embellissement des villes à évêché, du cadastre, des états provinciaux. Les Toulousains étaient ravis, enchantés de la haute capacité de l'archevêque ; ils lui devaient, à la vérité, de belles promenades, des quais magnifiques et plusieurs établissements d'utilité publique. Ce prélat avait des connaissances politiques fort médiocres mais rehaussées par l'éclat d'une représentation inconnue jusqu'alors à Toulouse : M. de Brienne y tranchait du souverain dans toute l'acception du mot.

S'il administrait avec une activité et un arbitraire sans bornes les affaires temporelles, M. de Brienne gouvernait dans les mêmes principes les affaires spirituelles de son diocèse, le fournissait de rituels, de catéchismes et d'instructions pastorales.

visitait les grandes paroisses, lisait les mandements revêtus de sa signature et passait en conséquence, dans l'esprit de ses cinq ou six cents curés, pour un prélat dévoué aux intérêts de la religion, quoiqu'elle l'intéressât fort peu.

M. de Brienne tenait cour à Toulouse ; il y régnait. Son séjour dans la capitale du Languedoc fut marqué par des fêtes somptueuses, et le palais archiépiscopal devint le temple de la dissipation et des plaisirs mondains ; ses nièces en étaient les grandes prêtresses ; les plus jolies femmes de la province s'y donnaient rendez-vous, et on pouvait se croire à Paris en fait de galanterie. Jamais cependant la pompe des offices ne fut mieux ordonnée; Cardaillac retentissait sans cesse (1).

Lors de l'élévation de M. de Brienne au principal ministère, on crut que Richelieu allait reparaître, mais les vices et les intrigues ne suffisaient plus dans un tel poste; il fallait du génie pour empêcher l'État de s'écrouler, et Tarchevêque n'avait que de l'esprit de cour et des idées vagues et superficielles; il fallait encore une grande force dans les principaux ressorts du gouvernement, et on en était aux faiblesses de la Fronde et aux dissolutions de la Régence : la cour ne vivait plus que d'abus et de désordres; les ministres ne savaient ni résister avec énergie, ni céder avec noblesse. L'archevêque se flatta de régir l'État comme il gouvernait son diocèse, et on se persuada à Ve^^sailles que le prélat débauché et bel esprit rétablirait le crédit et l'autorité que l'assemblée des notables n'avait pu lui rendre.

On se ferait difficilement une idée juste de la violence et de la faiblesse, de l'inconséquence et de la précipitation, de la légèreté,

(1) On désignait ainsi la cloche de Saint-Étienne. Cette cloche, donnée par un arche v^'que de Toulouse du nom de Cardaillac, étadt en haute estime et dévotion ; on avait gravé sur sa rotondité ces vers toulousains :

Cardaillac je m'appelle, Cinquante mille je pèse, Et qui ne le croira, S'il veut me pèsera.

On ne frappait Cardaillac que dans les grandes solennités et dans les circonstances extraordinaires.

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