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Souvenirs du comte de Plancy (1798-1816)

Le mouvement d'études qui s'est porté depuis vingt ans sur la période impériale, le goût que le public a pris aux témoignages authentiques, la mode même ({ui s'en est mêlée, ont fait sortir des archives publiques et privées un grand nombre de témoignages, la plupart dignes d'intérêt et capables de fournir quelques traits à l'histoire générale. Toutefois, c'est pour le militaire que la contribution a été le plus abondante, et encore n'a-t-elle guère été profitable que pour les dernières campagnes, Espagne, Autriche, Russie, Allemagne et France. Sur les guerres de l'an XIV et de 1806, il n'est encore presque rien sorti et il est douteux que les Souvenirs se rendent beaucoup plus abondants. Ce fut dans les années qui suivirent la Restauration que les officiers de l'Empire ont aimé

VI INTiiODUCTlON

à se raconter. De ceux des premières campagnes, combien en restait-il alors?

Pour le civil, — et quel champ immense I — on demeure presque au même point qu'il y a cinquante ans. Presque pas de nouveaux témoignages apportés par des dignitaires, des ministres, des ambassadeurs, des directeurs généraux, des préfets, des ingénieurs, des fonctionnaires de tous ordres, des sénateurs, des députés, des évêques, des prêtres, sur ces campagnes pacifiques qu'a menées l'Empereur, sur l'organisation nouvelle qu'il a donnée à la France, sur la conception et l'exécution des grands travaux publics, la perception de l'impôt, les formes de la justice, l'aménagement des domaines et des forêts, les délibérations et les factions des assemblées nationales ou départementales, les débats et la vie de l'Eglise. On n*ignore pas qu'il en existe quelques-uns, mais des scrupules de famille en arrêtent la publication^ et bien que, parfois, des communications gracieuses en aient été faites à des historiens contemporains, les éléments qu'ils en ont tirés ne sauraient remplacer les textes même et laissent toujours des doutes à l'esprit.

Rien de moins probant que ces demi-publications ; rien de plus suspect que ces réserves. Si l'on s'acquiert par là la bienveillance de ceux qui ont contracté ainsi une dette de gratitude, c'est qu'on redoute l'entière sincérité de ceux qui, étudiant et analysant le document devenu public, n'auraient personne à ménager et ne rendraient point service pour service. On craint les rapprochements des faits, les comparaisons des récits,

INTRODUCTION Vil

les concordances des dates, les coïncidences fâcheuses, les généalogies précises, et, se liant à l'ignorance trop commune où l'on est, après un siècle, des relations sociales ou politiques qui ont uni certains êtres, on se llatte qu'en les dissimulant on les cachera à l'histoire.

Cela réussit un temps; mais le jour arrive où, de quelques lointaines archives, un document sort qui brutalement fait la lumière et force à prononcer une condamnation sans appel. On ne voit plus les circonstances qui pourraient atténuer le crime, l'ambiance, les précédents, mais le fait nu et sans phrases et, pour avoir prétendu tout sauver, l'on perd jusqu'à l'espérance de fournir des excuses à des actes qui, présentés par leurs auteurs sous un certain jour, eussent peutêtre, grâce à une apologie éloquente, passionnée, ou insidieuse, pris un air de patriotisme, de dévouement ou d'abnégation.

Le système de cette demi publicité, de ces communications intermittentes que l'on place adroitement à gros intérêts, n'est pas plus utile à l'histoire qu'il ne l'est à la mémoire de ceux dont on cherche la réhabilitation ou l'apologie. Qu'on en prenne son parti : il faut tout dire ou tout taire, et les demi confidences ne peuvent plus passer que pour de complets mensonges.

En se déterminant à publier les mémoires laissés par le comte Adrien de Plancy, son grand-père, le baron Georges de Plancy apporte à l'histoire une contribution notable. Des souvenirs de préfets de l'Empire, ayant exercé en France leur magistrature, on ne sait guère, jusqu'à présent, que ceux, publiés.

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