INTRODUCTION XIX
quarante ans après les événements, ces Mémoires présentent parfois une chronologie fautive. Des noms y sont orthographiés d'après le son qu'ils présentent à Toreille, des faits y sont confondus et inexactement rapportés. Sauf quelques noms rétablis, je me serais fait scrupule de conseiller qu'on touchât au texte. Le corriger eût été détruire le caractère de sincérité que doivent présenter de tels témoignages. La partie la plus importante pour l'histoire, celle relative aux années 1814 à 1815, est plutôt un recueil de documents, une analyse et une publication de correspondance qu'elle n'est un récit suivi. Là, les dates etles faits se trouvent établis avec une précision absolue. Ailleurs, les pièces justificatives redressent les erreurs de mémoire et les esprits sagaces n'auront pas de peine à rétablir la concordance des événements. Il est sans exemple que des Mémoires ne présentent point de telles défaillances, lorsqu'ils n'ont point été rédigés d'après un journal tenu quotidiennement. Or, en de tels cas, on sent le guide, et la sincérité en est amoindrie. Ce qui importe, c'est l'esprit général, c'est le témoignage personnel, c'est le fait vécu, c'est le détail vu. Les Souvenirs particuliers, lorsqu'ils apportent à l'iiistoire une telle contribution ont largement rempli leur but. Ils ne sauraient en aucun cas fournir la trame, mais ils y jettent des couleurs, ils y portent des nuances, ils précisent les contours, ils donnent, des personnages, le geste vrai, le mot entendu, le quelque chose de vivant qui ne se rencontre point dans la sécheresse formelle des documents officiels.