XVIII INTRODUCTION
per la gorge avec un rasoir, il s'était précipité du haut de la tourelle de son château. Arrêté dans cette terrible chute par les branches d'un arbre, il était arrivé sur le sol, sanglant, les membres brisés, mais vivant. On l'avait transporté par eau à Paris où les soins du docteur Chomel lui avaient conservé la vie, sans lui rendre ni la santé, ni son ancienne verdeur ; il vécut désormais dans une retraite absolue, s'occupant de cultiver son domaine, où l'invasion avait laissé de terribles traces de son [passage. Ce fut là que, en 1845, il rédigea ses Mémoires, là qu'il mourut, dix années plus tard, le G septembre 1855, dans la complète solitude et dans l'ignorance entière des événements politiques. »
Ces Mémoires valent d'abord par la véracité de l'autear ; il écrit sans apprêt au courant des souvenirs et avec une sincérité que viennent confirmer les précieux documents recueillis par son petit-fils. Celui-ci qui, après une belle carrière aux Atfaires Etrangères, où j'eus l'honneur de le connaître et de l'apprécier, occupe ses loisirs par des études historiques où il porte une rare assiduité, a déjà publié une monographie du marquisat de Plancy qui fut accueillie avec faveur par le public choisi auquel il l'adressait. Nul doute qu'il ne trouve, près d'un public plus nombreux, un accueil encore plus empressé, lorsqu'il leur livrera ces Mémoires dont il a soigneusement préparé la publication.
Peut-être est-il opportun d'indiquer que, rédigés dans les conditions qu'on vient de voir, trente ou