‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 58 sur 85 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Premiers symptômes de mécontentement contre le gouvernement royal. — Le duc d'Orléans. — Arrestation des frères Lallemand. — Débarquement de l'Empereur au golfe Juan. — Son arrivée à Fontainebleau. — Le maréchal Brune. — Le comte de Sussy. — Nouveaux appels d'hommes, de chevaux et d'argent. — Agitation contre le gouvernement impérial. — Assemblée du Champ de mai. — Départ de l'Empereur pour l'île de Sainte-Hélène. — Condamnations et proscriptions. — Le duc Decazes.

La fin de l'année 1814 s'était tout entière passée à organiser le gouvernement de Louis XVIII ; au commencement de 1815, il régnait un ordre, un calme apparents dont les Bourbons se félicitaient et qui inspirait une pleine confiance dans l'avenir de lem^ dynastie.

Cet heureux état fut de courte durée, car, dès la fin du mois de février, des symptômes de mécontentement commencèrent à se manifester assez ouvertement.

Le mécontentement , vivement ressenti par ceux

qui désapprouvaient la marche réactionnaire du gouvernement royal, était entretenu par les adversaires des Bourbons, au nombre desquels on comptait les hauts fonctionnaires de l'Empire écartés par le nouveau régime, les colonels en demi-solde et même beaucoup d'officiers de l'armée active. Il était de plus attisé en sous-main par le duc d'Orléans, qui, reprenant le rôle joué par son père en 1789, flattait le peuple et la bourgeoisie, espérant faire tourner à son profit la restauration monarchique en France. Peu s'en fallut même que Louis XVIII ne fût renversé par un mouvement politique que ce prince avait provoqué un peu avant le 20 mars 1815.

Il était tout indiqué aux adversaires du régime bourbonnien de se servir pour le renverser de l'armée, qui, tout entière, se montrait mécontente et n'aspirait qu'à rappeler l'Empereur : d'ailleurs, les Bourbons étaient odieux au peuple, aussi bien qu'aux militaires, parce qu'ils s'étaient imposés à lui par l'invasion.

Fouché, à qui la monarchie ne pardonnait pas le rôle qu'il avait joué en 1793, et qui était tenu par elle à l'écart, allait d'un groupe à l'autre excitant chacun à agir.

De son île, l'Empereur épiait le mouvement, au courant duquel il était tenu par des émissaires et se tenait prêt à en profiter. Quand il crut le moment favorable, le 26 février, il s'embarqua avec quelques hommes et débarqua au golfe Juan le 1^' mars 1815.

Pour le coup, la confiance des Bourbons se changea en terreur : le comte d'Artois se rendit à Lvon en toute hâte, dans l'espoir de couper la route à l'Empe-

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