‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 59 sur 85 · LE DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LE DUC D'ORLÉANS

reur; la Chambre des Pairs et celle des Députés furent convoquées exlraordinairement.

D'autre part le découragement et la stupeur furent à leur comble parmi ceux qui se llattaient d'établir en France une monarchie constitutionnelle avec le duc d'Orléans pour roi, lorsqu'ils virent les masses se montrer au contraire favorables à l'Empereur, et qu'ils se rendirent compte d'avoir travaillé pour un autre que leur prétendant.

En effet, dès que la nouvelle du débarquement de Napoléon fut connue, tous les anciens souvenirs se réveillèrent : il se manifesta dans toute la population une joie secrète, et la défection devint générale, aussi bien dans l'armée que parmi les fonctionnaires. Ce fut au point que les autorités ne pouvaient plus obtenir le plus petit rapportécrit, ni même aucun renseignement verbal, en sorte que le moindre citoyen était mieux instruit des événements que le préfet luimême.

La gendarmerie, cette troupe si active et si vigilante, au courant des plus légères rumeurs, gardait le plus profond silence, prétendant ne rien savoir et n'agissant plus.

J'envisageai de suite toute la gravité des circonstances, et compris que la lutte qui allait s'engager serait fatale à beaucoup d'administrateurs.

Aussi, à la première nouvelle du débarquement de l'Empereur, j'envoyai ma démission, à mon beaupère, pour qu'il la fît parvenir au ministre. Je faisais observer au prince que la position délicate dans laquelle j'allais me trouver me commandait cette résolution, car étant préfet du Roi, je ne pouvais adnii-

nistrer pour l'Empereur, et j'ajoutais que, placé entre deux prétendants qui viendraient probablement se disputer le pouvoir à Fontainebleau, dans mon département, je ne pouvais manquer d'être écrasé par l'un ou par l'autre.

La réponse de M. Le Brun fut que les préfets avaient pour mission de faire les affaires de l'Etat et celles des citoyens, et non de faire des rois ; qu'avec de la prudence et de la sagesse, on se tirait de toutes les situations ; que, dans tous les changements de gouvernement, les fonctionnaires devaient être à leur poste, et qu'il y en avait beaucoup en France qui étaient en exercice depuis 1790.

Ayant remarqué, en elfet, que j'étais entouré de vieux administrateurs du temps de la République, je ne donnai pas d'autre suite àmon projet de démission.

D'ailleurs, un grand nombre de personnages très liaut placés me semblèrent convaincus que les Bourbons de la branche aînée ne reparaîtraient plus, et que, si Napoléon ne pouvait pas se soutenir, toutes les probabilités étaient en faveur du duc d'Orléans, qui serait appelé au trône par ses nombreux partisans.

Enfin, ce qui me décida à rester en fonctions, c'est que ma démission fut généralement désapprouvée.

Le 11 mars, l'autorité royale, pour seconder les préfets dans les mesures qu'il y aurait à prendre en raison de la gravité des circonstances, et peut-être plutôt pour placer à côté d'eux des surveillants, rendit une ordonnance déclarant les Conseils généraux on permanence. Je ne pense pas que cette précaution servit beaucoup la cause royale, mais elle eut du moins l'avantage de mettre quelque peu à couvert la respon-

Page 1