CONSEILS GÉNÉRAUX EN PERMANENCE
» Ayez toujours présents à l'esprit les nobles et » puissants motifs du zèle que je vous recommande, » la gloire du trône, le salut de la patrie, la foi de vos » serments. »
On se rappelle les ordres qui avaient été donnés par le gouvernement royal pour que les armes et les munitions, qui, à la suite des événements de 1814, traînaient un peu dans toutes les mains, fussent rassemblées et versées dans les dépôts de l'Administration de la guerre. La prudence qui avait dicté ces mesures commandait aujourd'hui d'en prendre de tout à fait différentes.
Les" Conseils généraux en permanence avaient décidé de recueillir ces armes pour les réparer en cas de besoin, et afin d'en munir la garde nationale, qui devait être mise partout sur pied de guerre, et même des corps de volontaires qu'on se proposait de former. Ces dispositions motivent la correspondance ci-après.
A Monsieur Planson, ex- lieutenant de la Compagnie
de réserve.
Melun, le 14 mars 1815.
« Monsieur, un certain nombre d'armes de guerre » existe en ce moment dans une ou plusieurs pièces » de la caserne de la gendarmerie royale à Melun. » La plupart sont en mauvais état : il importe de les » réparer promptement. Je vous charge de diriger cette » opération dont vous voudrez bien vous occuper sur- » le champ. Vous appellerez le nombre d'ouvriers qui » sera nécessaire et vous les mettrez dès demain à » l'ouvrage. Ils seront payés sur des états que vous
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» me présenterez, avec des fonds qui sont à ma dis- » position.
» M. Piot, ex-lieutenant de gendarmerie, a la garde » et la surveillance du dépôt de ces armes. Vous » vous adresserez à lui pour qu'il les mette à votre » disposition.
» Mais il faudra prendre, de concert avec M. Piot, » les précautions convenables, conserver les indices » propres à faire reconnaître les personnes qui ont » fait la remise de ces armes, afin qu'elles puissent » être payées d'après l'estimation qui en sera faite » avant la réparation : quelques-unes ont été estimées » par M. le chef de bataillon Sylvani, chargé de cette » mission, mais celles qu'il n'a pas estimées devront » l'être par vous, d'après le tarif de Son Exe. le Minis- » tre de la Guerre que je vous communiquerai, s'il » n'est pas entre les mains de M. Piot. »
Aux Sous-Préfets de Coulonnaiers et de Provins.
Melun, le 14 mars 1815.
« Monsieur, les armes de guerre qui ont été remises » par les particuliers ne faisant point partie de la » garde nationale n'ont pas encore été envoyées de » votre arrondissement au dépôt général établi à Me- » lan. Ce n'est pas le moment de les y faire parvenir : » il est plus pressant et plus convenable de vous oc- » cuper sans aucun délai de la réparation de celles » qui en ont besoin. Confiez cette opération à une » personne intelligente et active dans chacun des » lieux où ces armes existent : elle pourra disposer
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» des armuriers et les mettre sur-le-champ à l'ouvrage. » Les ouvriers seront payés sur des états qui vous » seront fournis par vos commissaires et que vous » me transmettrez : j'ai des fonds dont je puis dispo- » ser pour cette dépense.
» Ces armes portent sans doute, conformément à » mon arrêté du 15 décembre, les marques indicatives » de la demeure et du nom des personnes qui les » ont remises. Je vous invite à m'accuser réception » de cette lettre et à m'informer successivement des )) progrès de cette opération dont vous sentez l'ur-
» gence. »
Au Sous-Préfet de Fontainebleau.
« Melun, le 15 mars 1815.
j) Moubieur le comte, le Conseil général du dépar- » teinent et moi avons décidé que les armes de Guerre » récemment envoyées par vous à Melun, en vertu » des ordres de Son Exe. le Ministre de la guerre, » vous seraient renvoyées de suite, pour armer la garde » nationale de votre arrondissement, sur les points où » elle sera nécessaire, ainsi que vous le demandez » par votre lettre d'hier.
» M. le comte de Bothe, major de la garde natio- » nale du département, est chargé de vous faire eiîec- » tuer cet envoi. Vous mettrez, à la suite de la lettre » de voiture que le conducteur vous présentera, le » reçu des armes qu'il vous aura remises : cette pièce » me sera nécessaire pour les faire payer.
» Je compte sur votre sagesse et votre discernement » pour la distribution de ces armes. »
Au comte de Bothe, major de la Garde nationale.
Melun, le 15 mars 1815.
« Monsieur le comte,
» M. le sous-préfet de Fontainebleau demande, par sa lettre d'hier, le renvoi des armes qui ont été recueillies dans son arrondissement d'après les ordres de Son Excellence le Ministre de la Guerre, et que, conformément à mon arrêté du lo décembre dernier, il avait envoyées au dépôt général à Melun ; il se propose de mettre ces armes entre les mains de la Garde nationale sur les points où cela sera nécessaire.
» Le Conseil général et moi, nous avons décidé que ces armes seraient envoyées de suite à M. le sous-préfet pour en faire l'usage auquel il les destine. Je vous invite, Monsieur le Comte, à faire effectuer sur-le-champ ce renvoi. Les ouvriers et voituriers qui seront employés à cet elfet seront payés sur les certificats que vous me présenterez, avec des fonds que j'ai à ma disposition. Le voiturier devra de plus me rapporter sa lettre de voiture et au bas le reçu de M. le sous-préfet. » M. Piot, ex-lieutenant de gendarmerie, est chargé du dépôt de ces armes, établi à la caserne de gendarmerie. Cette lettre, que vous voudrez bien lui communiquer, sera pour lui un ordre de vous remettre les armes dont il s'agit, »
Comme je l'ai raconté plus haut, un véritable com-
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plot se préparait pour renverser le roi Louis X\'1II et le remplacer par le duc d'Orléans avant même le débarquement de l'Empereur au golfe Juan. Les chefs de ce complot étaient le comte Lefebvre-Desnoettes, commandant l'ancien régiment des chasseurs à cheval de la Garde, devenus les Chasseurs royaux, les deux frères Lallemand, dont l'un était général d'artillerie et l'autre commandait le département de l'Aisne : au nombre des conjurés était aussi le général Drouet-d'Erlon. Mais si ces personnages se préparaient en secret (ils le croyaient du moins), ils semblaient hésiter à agir ouvertement : Fouché, voulant brusquer les choses, leur fit savoir que, la Cour étant au courant de leurs projets, il allait être pris des mesures contre eux, et qu'ils n'ayaient plus qu'à marcher sur Paris, s'ils voulaient sauver leur vie. Le lendemain même de cet avis, le général Lallemand partait en toute hâte pour Lille, afin d'en revenir à la tête des troupes qui s'y trouvaient.
Aussitôt, le Roi lançait une proclamation au peuple de Paris, dans laquelle il dénonçait le complot.
Le débarquement de l'Empereur étant venu sur ces entrefaites à sa connaissance, il en lançait une seconde, dans laquelle Napoléon était menacé du sort qu'on réserve habituellement aux traîtres. Louis XVIII menaçait d'ailleurs tout le monde de mort à tort et à travers, accusant de trahison des personnages qui n'y avaient jamais songé.
Il se hâta d'envoyer le duc d'Orléans rejoindre le comte d'Artois à Lyon, afin de l'écarter : il convoqua extraordinairement la Chambre des Pairs et celle des Députés, et prescrivit des mesures sévères, dont
une des premières fut l'ordre d'arrestation immédiate des frères Lallemand et de leurs complices.
L'arrestation fut rapidement opérée, comme on le verra par les lettres ci-dessous.
■Au Maréchal Soult, ministre de la Guerre.
Melun, le 15 mars 1815.
» J'ai reçu ce matin la lettre de M. le sous-préfet de Meaux, dont j'ai l'honneur d'envoyer copie à Votre Excellence, et qui annonce l'arrestation, à La Ferté- Milon, la détention à Meaux, puis la conduite à Paris, du général Lallemand, du colonel son frère, de deux aides de camp et d'un domestique. Trois autres individus, le général Lefebvre-Desnoëttes et deux aides de camp, voyageant avec eux, sont parvenus à s'échapper. Je me suis empressé de communiquer cette lettre au Conseil général. Le dévouement et le courage des gendarmes de La Ferté lui ont paru mériter une récompense, et, quoique cette brigade n'appartienne pas au département de Seineet-Marne, le Conseil même n'en a pas moins cru de voir exprimer le vœu qu'il forme pour qu'il soit accordé, au nom du Roi, une somme de 'iOO francs à chacun des gendarmes qui ont concouru à cette importante arrestation.
» Je fais mettre aussi, d'après la décision du Conseil général, à l'ordre du jour de la Gendarmerie royale de mon département, le récit de l'événement dont je viens de rendre compte à Votre Excellence
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» et le vote de ce conseil en faveur des braves gen- » (larmes qui se sont signalés. »
Au Capitaine de la Gendarmerie.
Melun, le 15 mars 1815.
« Monsieur le capitaine, je viens de recevoir, de M. le sous-préfet de IMeaux, une lettre qui m'annonce que le général Lallemand, le colonel son frère, qui avaient cherché à entraîner leurs régiments dans leur défection à La Fère, deux aides de camp et un domestique, ont été arrêtés à La Ferté-Milon par la brigade de gendarmerie de cette résidence, quoique ces traîtres fussent tous à cheval, armés de pistolets et de poignards; qu'ils sont arrivés le 13 mars au soir à Meaux, où ils ont passé la nuit dans la prison, d'où ils ont dû être conduits le lendemain à Paris.
» Le Conseil général du département en permanence à Melun, en vertu de l'ordonnance du 11 de ce mois, a exprimé le vœu au gouvernement qu'il soit accordé une somme de cinq cents francs à chacun des braves gendarmes qui ont concouru à cette arrestation, pour les récompenser du courage et du dévouement qu'ils ont montrés dans cette circonstance aussi importante que périlleuse, en attaquant, au nombre de cinq seulement, huit hommes à cheval armés de pistolets et de poi^i^nards. » Le Conseil vous cliarge de mettre cet événement et le vote auquel il a donné lieu de sa part à Tordre du jour de toutes les brigades de votre compagnie : il désire que cet exemple encourage de
» plus eu plus le zèle des fidèles geudarmes qui sout » sous vos ordres.
» Je ne dois pas vous laisser ignorer que le général » Lefebvre-Desnoëttes et deux aides de camp, qui » étaient au nombre des huit individus, sont parve- » nus à s'échapper. Vous devez les chercher avec » activité, ainsi que tous ceux qui partageraient leur » rébellion. »
Au Sous-Préfet de Meaux.
Melun, le 15 mars 1815.
« Monsieur, je me suis empressé de mettre sous les yeux du Conseil général en permanence la lettre que vous m'avez écrite le 13 de ce mois pour m'annoncer l'arrestation du général Lallemand, du colonel son frère, de deux aides de camp et d'un domestique. Le Conseil m'a chargé de vous remercier, et je vous remercie avec lui de votre empressement à me faire connaître cet événement.
» Vous êtes prié de me faire passer promptement, par une estafette qui sera payée à Melun, toutes les nouvelles qui seraient de quelque intérêt et qui parviendraient à votre connaissance.
» Le Conseil général a voté une récompense de 300 francs pour chacun des gendarmes qui ont concouru à cette arrestation et a décidé que cet événement, ainsi que son vote, seraient mis à l'ordre du jour dans toutes les brigades du département. »
On comprend que de pareils incidents nécessitaient des mesures de prévoyance de toute sorte. Nul doute