MORET
» M. Le Vieux était maire de Moret. Les circons- » tances qui ont eu lieu lors du passage de Madame » à Moret l'ont engagé à donner sa démission; on lui » reprochait d'avoir, au commencement de la Révolu- » tion, fait arrêter Mesdames, tantes du Roi, ce qui » lui attira quelques désagréments, et lui fit sentir » qu'il ne pouvait pas faire le bien d'un pays, dans » lequel le chef de l'Etat le voyait avec peine, en rai- » son de la circonstance indiquée ci-dessus, occuper » une place à laquelle il ne pouvait plus convenir. Il » a été remplacé par M. Clément, notaire, homme » sage, attaché au gouvernement actuel. Je pense
» que, pour le moment, on peut le laisser on fonc- » tions. Je craindrais que le rappel de l'ancien maire » n'exaspérât quelques esprits et ne déplût à la ma- » jorité des habitants, attendu que ses opinions dans » les premiers temps de la Révolution ont été exagé- » rées. Le préfet propose la confirmation du S'" Clé- » ment dans la place de maire.
» Melun.
» M. Fargues, sous-préfet actuel, a été nommé par » le Roi en remplacement de M. de Noaillat, que l'Em- » pereur, sur ma demande avait fait mettre en juge- » ment. M. de Noaillat est indigne de la confiance du » gouvernement. M. Fargues, auditeur au Conseil » d'Etat, ancien intendant en Illyrie, fils du séna- » teur Fargues décédé, et de plus fort attaché au gou- » vernement actuel, mérite d'être conservé : en con- » séquence je propose sa confirmation.
)) Provins.
» M. Moreau de la Rochette a été nommé par le Roi » sous-préfet de Provins en remplacement de M. Si- » mon décédé. Les anciens services de M. de la Ro- » chette, auditeur au Conseil d'Etat, commissaire de » police à Caen, et son dévouement à la personne de » Sa Majesté, le rendent digne de la place qu'il oc- » cupe, je propose sa confirmation.
» Me AUX.
» M. de Terrebasse a été nommé par le Roi en rem- » placement de M. Godart, ancien sous-préfet. Depuis » fort longtemps, j*avais demandé que M. Godard chan •
DISPOSITIONS DKS FONCTIONNAIRES 341
geât de sous-préfecture, parce que j'avais été peu satisfait de mes rapports avec lui et du peu d'exactitude des renseignements que je lui demandais sur toutes les parties de l'administration. D'ailleurs, né à Meaux et y ayant toute sa famille, j'ai pensé qu'il ne pouvait que très difficilement administrer un pays où il rencontrait à chaque pas des obstacles à l'exécution de ses ordres. Je dois dire néanmoins que son attachement à Tordre de choses actuel ne peut pas être équivoque d'après les principes qui Tout dirigé depuis 1789.
» M. de Terrebasse me paraît animé des meilleures intentions, d'un caractère doux et conciliant, et je dois espérer que son administration marchera avec méthode et activité. Il est parent très proche de M. le duc d'Albufera.
» J'étudierai son administration, car il n'y a pas assez longtemps qu'il est en place pour que j'aie une opinion formée sur son compte. Son arrondissement est fort difficile à conduire.
» M. Picault, directeur des Droits réunis de mon département, homme très estimable^, et dont l'attachement à l'Empereur n'est pas équivoque, administrateur intègre, actif, intelligent, et dont je fais le plus grand cas, parce qu'il fait assurer la rentrée des droits sans trop exercer de rigueurs envers les contribuables, a été envoyé à Laon et remplacé par M. Breban, qui était chef de la division des sels à l'Administration générale, et qui n'avait jamais été directeur, lorsque, le 16 janvier dernier, le Roi lui a fait délivrer la commission de directeur du département de Seine-et-Marne.
» Je pense que, dans les intérêts de la chose pu- » blique, M. Picault devrait être replacé à Melun. Ce » rappel serait d'autant plus convenable que je sais » que M. Breban lui-même n'est pas disposé à rester » dans cette place. .
» Le capitaine de gendarmerie Thomé a été mis à » la retraite ainsi que le lieutenant de Melun, Pest. » Le premier a été remplacé par le sieur Renaud, an- » cien officier de gendarmerie; son activité, son intel- » ligence et ses principes méritent la confiance du » gouvernement actuel.
» Le deuxième a été remplacé par M. Guibourg. Ce- » lui-ci a servi dans les gardes nationales, mais n'a » rien de ce qu'il faut pour être conservé dans le mo- » ment actuel. Le capitaine de la gendarmerie a fait » un rapport à M. le duc de Heggio au sujet de ce mi- » litaire. Son Excellence va sans doute le faire rem- » placer incessamment. »
C'est à démêler toutes ces questions de personnes que se passèrent les premiers temps de mon administration depuis la rentrée de l'Empereur, car on doit bien comprendre que, si Napoléon avait été accueilli avec enthousiasme, comme je l'ai raconté plus haut, par une grande partie des Français, son retour inattendu dérangeait trop de combinaisons personnelles, basées sur l'ambition ou l'intérêt, pour qu'il ne se manifestât pas, dans les départements, une opposition ouverte ou dissimulée, pleine de dangers. Ma correspondance à cette époque n'a donc trait en quelque sorte qu'à cet ordre d'atïaires.