‹ Souvenirs du comte de PlancyChapitre 84 sur 85 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

A monsieur Henry de Lessert, chef de la maison de Lessert Will et C'^, à Ouchy-sous-Lauzanne.

« Paris, le 26 juin 1815.

» Mon cher Henry,

)) La présente te sera remise par M. d'Aucour, mon ami particulier, qui va faire une tournée dans nos contrées.

» Je viens te le recommander de la manière la plus pressante, te priant de lui rendre tous les services qui pourront dépendre de toi en contribuant à l'agrément de son séjour dans nos environs. Je te serai bien reconnaissant, mon cher cousin, si tu veux bien en outre munir mon ami, M. d'Aucour, de lettres de recommandation pour tous les endroits, tant de Suisse que de l'étranger, sur lesquels il compterait diriger son voyage.

» Tout ce que tu voudras bien faire en faveur de mon ami sera regardé comme fait à moi-même : je compte sur ton amitié pour moi dans cette circonstance, mon cher Henry, et te renouvelle l'assurance de ma bien vive et tendre affection.

» Ton dévoué cousin.

)) Signé : Gabriel de Lessert. »

Monsieur de la Hochette au comte de Plancy.

« Provins, le 16 juillet 1815.

» Mon cher comte et ami,

» La Gazette officielle, qui me parvient à l'instant, me confirme ce qui m'avait déjà été annoncé : vous n'êtes plus mon préfet. Moins surpris qu'affligé de cet événement, je ne vous offrirai point des consolations, parce que votre caractère qui m'est bien connu me donne la certitude que vous n'en avez pas besoin, mais je vous dirai, dans l'amertume de mon âme, combien je suis désolé de perdre en vous un chef qui était mon ami. C'est une triste récompense pour moi, après tant de tribulations administratives, de me voir séparé de celui dont l'exemple et les conseils m'ont seuls encouragé à porter le fardeau jusqu'à la fin !

» Quoi qu'il en soit, sûr de l'estime et des regrets de tous ceux de vos administrés qui savent apprécier la droiture et l'honneur, vous nous quittez satisfait de vousmême, et nous moins heureux, nous restons sans savoir si le public et notre conscience nous rendront un jour le même témoignage.

» Privé de votre direction, je compte plus que jamais sur votre intérêt. Je ne vous fais aucun adieu parce que je vous verrai souvent à Paris, et ici, lorsque vous irez à Plancy. J'espère à présent surtout que vous ne descendrez pas ailleurs que chez moi. Ma mère et ma sœur dont l'affliction répond à la mienne, me chargent de vous

en olfrir l'expression, et j'y joins celle de l'attachement aussi tendre que respectueux avec le(iuel je suis, » Mon cher comte et ami, » Votre très humble et très obéissant serviteur.

ï>Signé: M . de la Rochette. ))

M. Perraud, au comte de Plancy.

(( Monsieur le comte,

» J'ai appris aujourd'hui à Melun que nous vous perdons. Il vous importe sans doute fort peu de savoir ce que j'en pense, mais moi, qui ai eu d'abord à me plaindre de votre manière de me considérer et qui vous ai vu ensuite me rendre justice, je me fais un devoir de vous exprimer que je crois perdre en vous un administrateur sage, bon, et qui mérite cette estime qui flatte les âmes généreuses.

» Je vous prie, monsieur le comte, quoi qu'il arrive et dans tous les temps, de me ranger dans la classe des hommes libres qui n'écrivent que d'après le sentiment de leur cœur, et c'est dans cette disposition que je me déclare,

» Votre très dévoué serviteur.

(( Signé : Perraud. »

Le comte de Plancy ^ à M. de la Rochette.

« Je vous remercie, mon ancien collaborateur et ami des marques d'intérêt que vous me donnez.

» Je ne suis pas fâché de quitter l'administration : je regrette seulement de l'abandonner dans un moment où je pouvais peut-être encore faire du bien et être utile. Ce sont là les sentiments qui seuls m'ont animé en tout temps et principalement dans nos convulsions.

» Je compte aussi sur la paix. Cette paix est nécessaire au monde entier : les familles en ont besoin et la société la demande. La diversité des opinions a brisé tous les liens de parenté et d'amitié : on ne s'estime que selon ses opinions et l'on poursuit à mort ceux qui n'ont pas les mêmes que vous.

» En ce triste état de choses, je vais vivre dans la retraite qui fut toujours l'objet de mes désirs, et quand il y aura une réconciliation, je viendrai aussi faire ma paix.

» Conservez- moi votre amitié et comptez sur la mienne.

Le comte de Platicy^ à M. Perraud.

« Monsieur, je vous remercie d'avoir su apprécier les sentiments qui m'animaient dans mon administration. Je n'ai cherché qu'à être juste et à faire le bien : mais, si j'ai été parfois sévère, c'était encore pour atteindre ce but.

» J'espère que les habitants du département me conserveront un peu de reconnaissance: pour eux, ils peuvent compter sur mon constant désir de leur être utile.

(( J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint la lettre concernant la sauvegarde que vous aurez la complaisance de faire parvenir à son adresse.

» Je doisvousobserver que le prince de Schwarzenberg est attendu à Paris et que, d'après toute vraisemblance, le comte Radetzky ne tardera pas à le suivre.

(( Signé : Comte de Rechberg. »

PIÈGES JUSTIFICATIVES- - CHAPITRE Vill b')l

Lettre anonyme adressée au comte de Plancy.

(( Convaincu qu'il y a des temps où la prévoyance ne saurait être trop étendue ni trop scrupuleuse, on croit devoir vous instruire de ce qui suit :

» Jusqu'àla promulgation de la loi sur l'amnistie, qu'on ne s'empresse pas de faire, les agents administratifs et judiciaires peuvent faire finir les procès de ceux contre qui les poursuites sont commencées, et mettre en jugement ceux qu'ils croiront devoir y faire passer pour faits politiques graves.

» Cette réticence secrète peut avoir d'autant plus d'effet que la promulgation sera plus ou moins différée et que les agents d'exécution seront plus passionnés, mais il paraît qu'il n'y aura plus rien à craindre, si rien n'est commencé lorsque la loi sera au bulletin.

A Dieu ne plaise que je vous donne cet avis dans la confiance qu'il vous soit nécessaire, et, quoique honoré de votre bienveillance, je n'ai pas voulu le signer, tant de peur de vous déplaire, s'il vous parvient bien fidèlement, que d'être compromis dans le cas contraire.

» Ce n'est pas, Monsieur, que je me croie coupable d'une bien grande indiscrétion : mon intention est toute pure et se justifie par la nature de ce qui en est Tobjet.

Le duc Decazes au comte de Plancy .

« Le Gibaud, 14 juin 1820.

» J'ai beaucoup tardé, cher monsieur, à vous remercier de votre obligeant souvenir : je vous prie de croire

cependant que j'y ai été extrêmement sensible. Veuillez en agréer tous mes remerciements et croire aux sentiments les plus distingués de considération et d'attachement avec lesquels je suis votre très humble et très obéissant serviteur.

» Signé : Decazes.

« Paris, le 15 avril 1851.

» Mon cher comte, j'ai reçu de vous un souvenir dont j'ai été bien touché et dont j'ai besoin de vous remercier. Je l'eusse fait plus tôt sans le pauvre état de ma santé. La vôtre n'est pas bonne non plus, et nous payons tous deux le tribut du travail et des années dont le poids est lourd à porter.

» Je suis bien reconnaissant que vous vous souveniez des circonstances que vous voulez bien me rappeler. Qu'il y a loin des assises de la préfecture de Melun, de notre rencontre en i Si 5 et du bonheur que j'ai eu peu après de vous être bon à quelque chose, aux déplorables luttes auxquelles noiOs assistons 36 ans après!

)) Ce long intervalle ne vous a pas empêché de garder la mémoire de nos rapports d'amitié dont je n*ai pas conservé moins précieusement le souvenir, croyez-le bien. Nous avons cherché tous les deux de la distraction aux affaires et à la politique dans l'agriculture où l'esprit et le cœur trouvent des dédommagements et des consolations aux mécomptes et aux déceptions que chacune peut trouver sur son chemin si fréquemment pendant les révolutions incessantes dont nous avons été les jouets et les témoins. C'est une sympathie de plus entre nous dont je me réjouis. Là aussi, on n'échappe pas aux mécomptes, mais ils sont sans amertume, et ils ont toujours la compensation d'une jouissance de tous les moments, indépendante des calculs d'intérêt et de la satisfaction du bien que l'on répand autour de soi par les

PIÈGES JUSTIFICATIVES. — CIIAPlTaK VllI 5ÔÎ)

bons exemples et par le bien-être dont on fait jouir ce qui vous entoure.

» Adieu, mon cher comte, conservez-moi vos bons sentiments et ne doutez pas de la sincérité de ceux <{uc je vous ai voués.

)) Signé : Decazes.

Le comte de Plancyau Grand Chancelier delà Légion d'honneur.

« Le 30 octobre 1817.

» Monseigneur,

» J'ai reçu avec la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneurde m'adresser, le 15 septembre dernier, la confirmation par Sa Majesté du grade d'officier dans l'Ordre Royal de la Légion d'Honneur que Son Altesse Monsieur m'avait accordé.

» Gomme c'est;, je n'en doute pas, à votre bienveillance pour moi, Monseigneur, que je dois cette prompte confirmation, je la prie d'agréer tous mes remerciements, et je crois que Votre Excellence me connaît assez pour être assurée que je me conduirai toujours en bon Français qui aime sincèrement son Roi et son pays.

» Votre Excellence trouvera ci-joint mon serment revêtu de toutes les formalités.

)) J'ai l'honneur d'être,

Monseigneur,

de Votre Excellence,

le très humble et très obéissant serviteur.

ï) Signé : Comte de Plancv.

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