I. Voir Morin, Révélation, etc., p. 65 et s
SOUVENIRS DU COMTE DE SEMALLÉ. l4
Provence et le comte d'Artois ayant eu des gardes du corps attachés à leurs personnes, Monsieur voulut rétablir les compagnies de ses gardes. On réorganisa de même les chevau-légers et les mousquetaires.
Je voulais rentrer dans les chevau-légers, avec lesquels j'avais fait la campagne de 1792, comme sous-maître d'abord, puis comme aide de camp de M. le comte de Glarac. C'est M. Etienne de Durfort qui en fut nommé le commandant. Mais on me répondit qu'on avait disposé de toutes les places, et que Monsieur, à qui j'avais écrit, se chargerait probablement de me pourvoir. Effectivement, M. des Gars, commandant d'une compagnie des gardes de Monsieur, me fit dire que j'étais porté pour un emploi de sous -lieutenant surnuméraire dans sa compagnie. Cette place n'était pas faite pour me flatter : elle équivalait au grade de chef de bataillon, alors qu'auparavant j'avais reçu celui de colonel, qui m'avait été donné, ainsi qu'à M. de Polignac, en quittant Monsieur à Vesoul. Je fis dire à M. des Cars, par sa fille, M'"^ de Bréon, que je ne pouvais me prononcer sur l'acceptation d'un emploi que je regardais comme n'étant en rapport ni avec mes services, ni avec mon âge, ni avec mon grade antérieur. Deux jours après, je reçus avis que le brevet de colonel m'était donné, pour prendre rang à partir du 5 mars 1814, date à laquelle j'avais été réellement nommé i.
Malheureusement, de jour en jour je m'apercevais que le Roi, poussé par les étrangers et par les hommes de la Révolution, faisait fausse route, et qu'on le menait fatalement à une catastrophe. Aussi, ne prévoyant que trop que mes services pourraient bientôt redevenir utiles, je
I. Le brevet ne fut délivré que le i5 janvier i8i;j : il est signé par le duc de Feltre.
fis faire runiforme des gardes du corps de Monsieur, et parus aux Tuileries avec les épaulettes de colonel, pour assister à la messe. Le Roi et Madame se montrèrent très gracieux à mon égard. Monsieur me dit en rentrant : « Je suis bien aise, mon cher Semallé, de vous voir porter l'uniforme de ma maison. » On m'a raconté plus tard que Louis XVIII avait trouvé mauvais que je me fusse adressé à son frère, et non à lui, pour obtenir une place.