‹ Souvenirs du comte de Semallé, page de Louis XVIChapitre 26 sur 60 · I. MM. de Garbonnières et Driget du Cluzeau · texte numérisé non relu

I. MM. de Garbonnières et Driget du Cluzeau

sollicitude royale. Ils réclamaient des chirurgiens et de la paille. Je confiai ce soin à mes ordonnances ', qui recoururent à la municipalité et la trouvèrent très bien disposée. Plusieurs habitants s'offrirent en même temps pour prendre des blessés chez eux.

Je réussis alors à retrouver une trentaine de soldats ou officiers du lo^ de ligne ; je les fis sortir et les passai en revue pour les diriger sur Alost. Il était temps ; car on allait les embarquer sur le canal pour les transporter en Angleterre. J'appris qu'un nouvel embarquement se préparait sur le port. J'y courus à cheval; j'arrêtai le convoi et réclamai tous ceux du lo®. L'officier anglais me dit, en murmurant : « Les balles de ces gens-là nous tuaient tout comme celles des autres. » Il dut cependant obéir à

I. Ils m'écrivirent de Bruxelles, le 22 juini8i5, à une heure et demie :

« D'après les ordres que vous avez bien voulu nous donner ce matin, de la part de S. M. Louis XVIII, nous avons l'honneur de vous rendre compte de leur exécution.

« Nous nous sommes transportés à la municipalité de cette ville, pour avoir l'autorisation de nous procurer, en les payant, les moyens de transport suffisants aux besoins des Français blessés. L'adjoint maire, après avoir communiqué une délibération du conseil, nous aprévenus que l'objet de cette mission était hors de ses attributions, et nous a priés de mettre notre demande par écrit ; ce que nous avons fait, avec les ménagements et les égards dus à l'autorité locale.

« Le sous-intendant est venu nous répondre, de sa part, que notre mission paraissait être sans objet, attendu qu'il l'avait prévue, puisque, depuis avant-hier, des commissaires particuliers par lui délégués, outre l'inhumation des cadavres, s'occupaient de l'enlèvement des blessés français ; que déjà, une grande partie était déposée à un hôpital provisoire dans une ferme, hors de la porte de Flandres, et que, sans doute, le restant y arriverait dans la journée.

« Nous pensons, en conséquence, que notre mission, devenant inutile sur le champ de bataille, pourrait être avantageuse dans l'hôpital provisoire ; car nous ne pouvons nous dissimuler, d'après le rapport que ces messieurs nous ont fait, que les secours d'urgence sont absolument indispensables. Nous nous empresserons de remplir vos intentions, ainsi que vos ordres, sitôt que vous nous les aurez fait connaître.

« P. S. — M. de Villeheuse, sous-intendant, et M. d'Anéthan, intendant, se sont transportés sur les lieux, pour faire relever les blessés et leur prodiguer tous les secours possibles. »

l'ordre écrit que je lui présentai, et je retirai encore de ce convoi une vingtaine de soldats. Parmi eux se trouvait M. Bonjoin du Vivier, ce jeune soldat que j'avais renvoyé à Bruxelles le soir de la bataille. Le malheureux avait été assailli par des Prussiens, qui l'avaient frappé brutalement. Un de ses yeux était presque sorti de la tête ; il était devenu méconnaissable. — Voyant qu'on faisait droit à mes demandes, le général Lobau, qui se trouvait là, me pria d'obtenir qu'il restât à Bruxelles, où il s'était marié. Mais je répondis que malheureusement mes pouvoirs n'allaient pas aussi haut que son grade.

Le prince de Gondé, qui était rentré à Bruxelles, informé de ce que je faisais, fit donner une pièce d'or à tous les hommes que j'avais délivrés ; puis il me dit qu'il souhaiterait aussi de voir en liberté les hommes de son ancien régiment. Sur sa demande je me rendis aussitôt dans son cabinet et je rédigeai pour le prince régent d'Angleterre une lettre, que le prince de Gondé se chargea de faire porter. Depuis, à Paris, j'ai su, par une visite de remerciement des officiers de ce régiment, que le prince régent, faisant droit à notre demande, avait remis une guinée à chacun de ces soldats et les avait fait reconduire gratuitement, par un transport anglais, sur les côtes de France.

Le lendemain je reçus un courrier de M. de Blacas, qui m'invitait à suivre le Roi en France et m'indiquait que pour mon œuvre, désormais toute de bienfaisance, j'étais remplacé par le comte Edouard de Dillon.

Je me rendis d'abord à l'hôtel de ville, et je proposai, de la part du Roi, d'acquitter toutes les dépenses faites pour les soins donnés aux blessés français. Le bourgmestre et les membres du corps municipal me remercièrent, et m'assurèrent que la ville de Bruxelles prenait

tout à sa charge. Je fis alors mes préparatifs de départ.

A ce moment survint le colonel Dubourg-Butler, dont j'ignorais encore les étranges aventures i. Il arrivait de Gand et était en quête d'un logement. Je lui proposai le mien, qu'il accepta ; mais à Nivelles je fus assez surpris de le voir revenir. Il prétendait avoir été dévalisé dans mon appartement à Bruxelles, et, comme conclusion de ce récit peu vraisemblable, me demandait six cents francs pour rentrer en France.

Je me rendis d'abord à Mons, avec la marquise de Brancas. De son côté, le Roi avait quitté Gand pour revenir à Paris, où je devais le rejoindre ^.

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