Voir le mémoire de Tilly (p
[Le duc à M. de Semallé]. — 5 heures et demie [9 octobre 1799].
La méfiance étant extrême, les précautions sont complètes.
Dites à T[illy] ce que vous me mandez devoir lui dire : [que] j'ai l'adresse; que je ferai mon possible pour aller en toute confiance le trouver.
Je n'espère rien d'ici à après-demain ; et puis, après que vous avez dit à cet ami de ces messieurs, que c'était pour trois I (ils le savent sûrement, car tout cela leur aura été mandé par la bavarde), ils diraient que c'était une histoire. L'homme qui garde a peur. Je l'ai tenté : c'est un bavard, et c'est tout. Il promet les plus belles choses du monde, et puis, au fait et au prendre, il recule. Il y a des ordres de donnés à deux surveillants de veiller. Je le sais par l'un d'eux, et Fontaine 2 ne le sait pas.
Dites à T[illy] que ma parole était engagée avec le commandant : c'est bien vu.
Je n'entrevois point de possibilité maintenant. La confidence 3 a tout détruit. C'est un malheur qui me donne la rage, car j'ai la fièvre en pensant à ce tissu de bêtises et d'inconséquences.
Fon[taine] est là. Je vous quitte et embrasse.
[Le duc à M, de Semallé]. — Ce mercredi soir, 8 heures [9 octobre 1799].
Je vous ai tout de suite répondu un mot, à cinq heures et demie. Rien n'aurait été plus facile que de vous aller joindre, sans cette confidence et aveu de cette demoiselle, et les bêtises de ces messieurs ; mais comme on a été tout dire au
1. C'est-à-dire que le projet d'évasion du duc devait profiter aussi à MM. de Montmorency et de Vibraye.
2. Ce Fontaine paraît avoir été soit le geôlier, soit un des surveillants dans les casemates.
3. L'indiscrétion de la demoiselle, qui est qualifiée plus haut de « la bavarde. »
commandant, et les moyens et les endroits par où on pouvait monter, et les personnes qui serviraient, etc., il a pris ses mesures secrètement en conséquence. Tous les endroits indiqués sont gardés ; tout est regardé aux portes ; les conscrits mêmes sont consignés ; un homme qui nous connaît est exprès placé aux portes, avec un ordre secret de prendre garde à tout. Fontaine lui-même, dont il se méfie, n'a plus la clef de rien, ne peut plus venir dès qu'il fait nuit, et je sais que deux hommes sont chargés de le surveiller. Il n'en sait rien. Le commandant ne dit rien. Il ne fera de tort à personne ; mais comme on lui a tout dit, jusqu'aux plus petits détails, il s'est arrangé en conséquence.
Il faut ne point embrasser de chimère; il faut voir de quelle manière se fera le voyage. Sans cette histoire, nous serions déjà aux frontières avec vous. Jugez! Ces messieurs ne me parlent de rien. Ils sont toujours à chuchoter entre eux deux, comme deux enfants qui ne savent pas conduire la moindre petite chose. Je les laisse faire : mais il n'y a jamais rien à faire avec des parleurs et des étourdis, ayant en tiers une bavarde. Sans eux, il y a beau temps que je ne serais plus ici. Mais partons du point où nous en sommes.
Vous me dites que je puis me livrer absolument à T[illy]. Bon; je le ferai. Vous me dites d'aller, comme votre cousin et ami, chez le citoyen M., à Brux[elles]. Bon; je le ferai.
Faudra-t-il leur dire mon nom ? Faudra-t-il leur dire d'aller chercher en secret T[illy]? Faudra-t-il dire à T[illyJ mon nom?
Votre passeport militaire peut-il m'être laissé chez M"^® Jo- [séphine] en cas que, m'échappant, je puisse le lui faire demander?
Votre projet de dire à T[illy] la raison de ma parole d'honneur est bon. Autre chose le ferait réfléchir, et ceci lui montre au contraire la fidélité dans les promesses.
Je vois que nous nous entendons bien.
Donnez à M'"^ J[oséphine] une adresse pour moi à Tournay, en cas de besoin.
Si je ne dis pas mon nom au citoyen M., à Brux[elles],
quel nom faut-il que je prenne? Car, quoique cousin et ami, il faut un nom.
Allez; croyez qu'il m'en coûte cruellement de vous voir partir seul. Cette indiscrétion est une horreur.
Bonsieur. Adieu. Si l'ordre i se retardait, la vigilance s'affaiblirait et tout pourrait se renouer à votre retour.
Tout à vous, à jamais, de cœur, d'opinion et d'âme.
Je crois que Souvorov a eu un avantage en Helvétie.
[Le duc à M. de Semallé]. — 2 heures [24 octobre IJ99]. Pour le cousin 2.
Font[aine] m'a dit que vous étiez ici. J'ai reçu votre lettre avant-hier. Je ne vois pas encore bien clair à cette capitulation 3. Tout cela me paraît obscur.
Font[aine] propose que vous vous adressiez au commandant pour me voir. Mais le commandant vous a vu à.... 4, et alors plus de « cousinage » pour lui; car il dirait: « Pourquoi, ce jour-là, un mystère? »
Combien restez-vous de temps ici? Je crois que si Fontaine voulait, je pourrais vous voir le matin ou dans la journée. Il a peur. Mais, s'il faut passer par le commandant, vous iriez chez lui et lui diriez : « Je connais beaucoup M™^ deChoiseul, tante de M. de Choiseul. Je voudrais lui dire que j'ai vu son neveu; la rassurer sur lui. Permettez que par Font[aine] je puisse le voir dix minutes, et vous aurez fait une chose bien agréable pour M"'® de Choiseul. » Je crois que cette manière franche aurait du succès. Enfin causez-en avec M^^ de Resb[ecq] 5. Adieu. Tout à vous.