‹ Souvenirs du comte de Semallé, page de Louis XVIChapitre 57 sur 60 · M. DE SEMALLÉ A LA « REVUE BRITANNIQUE · texte numérisé non relu

M. DE SEMALLÉ A LA « REVUE BRITANNIQUE

Paris, 6 novembre 1826 i.

Je viens de lire, dans une des dernières livraisons de la i?evue britannique, IP année, n° i3, p. 5o, un article traduit de l'anglais, intitulé : « Voyage de Napoléon à l'île d'Elbe. » Get article pourrait donner lieu, de ma part, à des réflexions bien sévères ; mais il n'est pas ou ne paraît pas être d'origine française, et cela me suffît pour que je me borne aujourd'hui à m'occuper des passages qui s'appliquent essentiellement à moi, soit personnellement, soit comme ayant rempli des missions de la plus haute importance.

Voici l'un de ces passages et celui auquel les autres viennent

I. Cette lettre a été insérée dans le n* 16, qui a paru le 20 novembre i8a(j.

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en grande partie se rattacher : « M. de.... venait d'être nommé inspecteur du trésor de la couronne, et le comte de Semallé était une des créatures de M. le duc de Blacas, sans aucun moyen d'existence, qui, dans ces derniers temps, avait reçu le titre, beaucoup trop prodigué, de commissaire du Roi. »

Sans doute, ce n'est pas un tort reprochable de se trouver sans aucun moyen d'existence, et c'était à peu près le sort réservé à cette multitude de Français les plus respectables, des différentes classes de la société, que la Révolution avait entièrement dépouillés, en leur laissant quelquefois, et comme par hasard, la vie. Je n'étais point dans cette catégorie, et quoique ma famille eût fourni des victimes aux fureurs de ces temps, quoique la majeure partie de la fortune de la famille de ma femme eût subi le sort commun, toutefois, les débris de cette fortune et la mienne, sauvés comme par miracle, me plaçaient à cette époque et me placent encore parmi les riches propriétaires de France.

Cependant, cet homme, supposé sans aucun moyen d'existence, « avait reçu le titre beaucoup trop prodigué de commissaire du Roi. »

Il me semble que, même en m'attaquant sous le rapport des pouvoirs dont j'avais été revêtu, on aurait dû mettre, si ce n'est plus de vérité, au moins plus de mesure dans les expressions. Voici ma réponse : Je n'ai connu que moi, de commissaire de S. M. Louis XVIII à Paris, avant le 3i mars 1814. Les pouvoirs les plus étendus et les plus précis m'avaient été donnés à Vesoul, le 5 de ce mois, par S. A. R. Monsieur, lieutenant général du royaume. Ces pouvoirs, confirmés de la main même du prince, qui daigna me les faire parvenir à Dijon, me prescrivaient, entre autres choses, de faire proclamer roi, à Paris, S. M. Louis XVIII, et d'y faire arborer les couleurs antiques de la France.

La journée et les événements du 3i mars 1814, que j'avais préparés et organisés depuis le 16 du môme mois, en ma qualité de commissaire du Roi, témoigneront à perpétuité si j'ai rempli, autant qu'il était en moi, au milieu des difficultés les

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plus graves, le mandat sacré dont j'avais été honoré^ et je me plais à en appeler au témoignage des royalistes qui formèrent, dans la soirée du 3i mars, la réunion que j'avais convoquée chez M. de Mortfontaine, et où je donnai publiquement la connaissance, en quelque sorte officielle, des pouvoirs en vertu desquels j'agissais.

Ce n'est qu'après cette journée que M. le comte de Polignac, arrivant de Nancy, porteur également des pouvoirs de S. A. R. Monsieur, lieutenant général du royaume, se réunit à moi, et nous fîmes partir, pour les départements les plus agités, de simples délégués munis de pouvoirs spéciaux. Leurs efforts ne furent pas sans succès.

Nos devoirs, alors, et ceux de ces délégués étaient hérissés de dangers et menaçaient nos têtes. Ce ne fut que vers la fin du mois d'avril, lorsque Mgr le comte d'Artois eut repris les rênes de l'État, que de nouveaux commissaires i furent envoyés sur les divers points de la France, pour en connaître la situation et en faire leur rapport. Mais il est faux et inconvenant tout à la fois, je le répète, de dire que ce titre et ces missions furent prodigués.

Cet article n'est encore qu'une continuité d'attaques qui frappent sur des hommes dévoués et fidèles, à qui on ne devrait pas contester une gloire bien légitime, en voilant ou en dénaturant les faits sur lesquels elle repose. J'ai gardé jusqu'à présent, et par devoir, le silence à cet égard : il m'est permis de le rompre aujourd'hui, et je vais m'occuper de restituer à l'histoire toute la vérité sur cette partie des événements de i8i4 et de i8i5, à laquelle j'ai directement concouru. Mais j'ai dû commencer par détruire, par des dénégations précises et par des preuves sans réplique, les assertions hasardées, pour ne rien dire de plus, auxquelles vous avez donné refuge dans votre ouvrage périodique; et c'est l'objet direct de cette lettre.

I. Les rédacteurs de la Revue ont ajouté ici les mots « bien dignes de la confiance de cet auguste prince. »

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