‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 11 sur 96 · COMBAT DE MER · texte numérisé non relu

COMBAT DE MER

bâtiments seulement au vent et à une lieue de nous 9 les frégates qui nous éclairaient signalèrent des voiles bâbord à nous qui couvraient les amures à tribord , et qu'elles ne tardèrent pas à reconnaître et signaler forces supérieures. Le général ordonna aux vaisseaux le Neptune et V Éveillé d'appuyer la chasse ; en même temps il fit signal au reste de l'escadre de tenir le plus près, et au convoi de passer sous le vent. Les vaisseaux chasseurs découvrirent bientôt six voiles de guerre, dont cinq vaisseaux et une frégate ; ils se replièrent sur l'escadre : et les ennemis chassant sur nous, nous dûmes présumer que les bâtiments du convoi qui étaient fort au vent, avaient été aperçus par eux avant l'escadre, et qu'ils s'étaient engagés à chasser sans connaître la force de l'escorte.

Alors le général fit former la ligne de bataille ; les ennemis couraient à bords opposés, et, étant au vent à nous, nous restaient hors de portée. Un seul de leurs vaisseaux, qui, sans doute, avait chassé trop de l'avant , était fort éloigné des autres, et pouvait être coupé et séparé de son escadre par le Neptune et le Jason^ vaisseaux de tête de notre ligne. Le convoi était alors bien rassemblé et couvert par nos frégates ; et si le soin de le protéger ne l'avait pas emporté sur toute autre considération, on aurait désiré que L 3

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le général eût ordonné aux vaisseaux de tête de chasser vivement le vaisseau séparé, tandis qu'il aurait retenu et combattu avec les cinq autres vaisseaux de sa ligne, les quatre vaisseau^ anglais. Ceux-*ci, voyant qu'un des leurs était engagé et près de tomber sous le vent , virèrent de bord et, en se rapprochant de lui, se trouvèrent par notre travers.

Le général, s'attachant à bien former sa ligne, et contrarié sans doute par le vaisseau la Provence qui, ne tenant pas le vent, ne put venir prendre son poste dans les eaui^ du Ja^oti^ fit signal aux deux vaisseaux de tête de diminuer de voile , afin de remplir plus tôt le trop graud intervalle qui se trouvait entre eux et lui. Dès ce moment il se décida à prendre son poste avant la Provence. Pendant ces dispositions, le vaisseau anglajus vira de bord et se dirigea sur la tête de la ligne anglaise, qui avait viré vent devant pour le joindre. Chaque instant nous ôtait l'espérance de le couper; à peine le général fut-il dans nos eaux qu'il fit le signal de forcer de voiles et peu après celui d'engager le combat. Le Neptune et le Jason étaient alors à demi-portée du dernier vaisseau anglais , qui reçut successivement la volée de tou$ les vaisseaux de notre ligne ; les autres, quoique plus éloignés, le protégèrent par leur feu jusqu'à ec qu'il eût atteint la queue de la ligne. Aprè^

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cetle canonnade 9 les ennemis tenant le plus près^ le général fit signal de virer de bord, vent devant par la contre-marche; alors nous courions à. bords opposés; les Anglais s'éloignant de nous, nous Xirâmes à toute volée; le même vaisseau serre-file nous passa plus près que les autres, et nous nous aperçûmes qu'il avait beaucoup souffert dans ses manœuvres.

Les enpemis ne tardèrent pas à s'éloigner de nous; à peine entendions-nous les coups de canon de leurs signaux, Nous fîmes route à brume de nuit pour rallier le convoi. Le général fit signal de gouverner au nord toute la nuit, et fit passer Tordre de former la ligne de front.

Au poiqt du jour, ne découvrant plus Tennemi, l'escadre reprit l'ordre de marche sur deux colonnes , et nous continuâmes notre route.

Ce combat, ou plutôt cette rencontre, ne dura guère plus d'une heure et demie; nos pertes furent peu considérables; un seul des vaisseaux anglais fut très-maltraité t il fut reconnu par le Neptune, qui en était le plus près, pour être le vaisseau le Rubis y de 74 canons. On s'épuisait en conjectures : quelle était donc l'escadre que nous avions rencontrée ? Était-ce celle d'Arbutnoth? était-ce une partie de celle de l'amiral Graves? Cette escadre était^le détachée, et faisait-elle voile pour les Antilles, ou devions-nous

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