ET DANS LES GÂROLINES
qu'à UQ chef aimé autant qu'estimé de ceux aux-^ quels il ordonne de tels sacrifices. Cornwallîs était adoré des siens : ceu3(-ci étaient TéUte des vieille^ bandes de l'armée anglaise qui avaient combattu et triomphé $ous lui à Trentoriy à German^T(Mfn et à Brandy-^Vine. Ils Je suivin^t avec une aveugle confiance, forcèrent le passage du Catawhawj faiblement défendu par les milices, et vinrent occuper Sali3burg dans le haut pays de la Caroline septentrionale.
Le général Green , qui avait remplacé le géné-^ rai Gates, se trouvait alors avec un corps de troupes régulières américaines et quelques bataillons de milice sur la rive orientale du Pidée dans la Caroline méridionale, entre Campden et CharLes-Town. Dés qu'il eut connaissance du mouvement du lord Cornwallis, il se dirigea à marches forcées sur les établissements moraves dans la Caroline du nord. Trop faible encore pour entreprendre d'arrêter les progrès des trou^ pes britanniques , dont il retardait sans cesse la marche par la destruction des ponts qu'il rencon** trait sur sa route, il passa le Dan. Il n'était alors qu'à une journée de marche en avant de l'ennemi, et coupait sa n>ute. Lord Cornwallis n'os^ l'attaquer, parce qu'il manquait déjà de subsistances et craignait que le général Green, soutenu par les milices de la province de Virginie, ne lui
48 OPÉRATIONS EN VIRGINIK.
opposât des forces trop supérieures. Le général anglais préféra donc de rétrograder sur Hillsboroug, et d'y prendre position. Ses proclamations ranimèrent d'abord le parti des loyalistes. Il réussit à en attirer quelques-uns dans les rangs de son armée, mais deux cents de ces malheureux transfuges, surpris et enveloppés par un détache* ment de troupes légères américaines, furent sans pitié passés au fil de l'épée. Cet exemple refroidit le zèle des partisans de la Grande-Bretagne , et l'armée anglaise ne rencontra plus que des
amis timides ou des ennemis opiniâtres.
Lord Cornwallis ne put tenir plus longtemps dans la position de Hillsboroug; le manque de subsistances le força de l'abandonner et de porter son camp sur la crique d'AIlamance. Le général Green , de son côté , ayant reçu les renforts en hommes et en munitions qu'il attendait de la Virginie, alla prendre position à Guildford court house. Lord Cornwallis, voyant ce mouvement offensif, se décida à engager une action, du succès de laquelle il n'espérait rien moins que le soulèvement général des loyalistes et la soumission des deux Carolines. Le r3 mars, il vint camper à Quakee-Merting^ presqu'à la vue de l'armée américaine. Celle-ci, bien postée sur une hauteur entourée de bois et d'épaisses broussailles, était rangée en bataille sur trois lignes :
ET DA.NS LES GA.ROLTNES. /\g
la première se composait de la milice de la Caroline du Nord y avec deux pièces de canon; la seconde , des milices de la Virginie , et la troisième, des troupes continentales de cet État et du Maryland. Les deux ailes étaient soutenues par des détachements de dragons et d'infanterie légère, à la droite, sous les ordres du colonel Linck et du lieutenant colonel Washington , à la gauche, sous le commandement du lieutenantcolonel Lee. Le général Green attendit dans cet ordre l'attaque des Anglais. Ils se présentèrent sur deux colonnes : celle de droite, conduite par le général Leslie, était formée du régiment de Bosc et du soixante-onzième, et soutenue par le premier bataillon des gardes. Celle de gauche, commandée par le brigadier général O-Ara, était composée des a3® et 33* régiments, et soutenue par les grenadiers et le second bataillon des gardes. Les chasseurs hessois et l'infanterie légère étaient postés dans un bois pour soutenir l'artillerie ; la cavalerie était en réserve. La force effective de l'armée américaine était de 49^00 hommes, dont les milices formaient la plus grande partie ; celle de l'armée anglaise de 5,ooo hommes de troupes réglées. Le feu commença, du côté des Américains, par une vive canonnade. Pendant que l'artillerie anglaise y répondait, lord Cornwallis fit former trois colonnes d'attaque. Avant
5o OPBRA.TIOIirS EN VIRGINIB
qu'elles eussent abordé la première ligne américaine, les milices qui la formaient prirent la fuite. La seconde ligne, composée des milices de la Virginie, soutint assez longtemps le feu meurtrier des Anglais, mais elle plia et fut enfoncée; enfin la troisième ligne fit meilleure contenance; le choc fut rude et le combat sanglant : accablée par le nombre et tournée par sa gauche, cette troisième ligne fut rompue. La brigade de Virginie fut enveloppée et très-maltraitée ; deux pièces de canon tombèrent au pouvoir des Anglais. Le général Green voyant son aile droite menacée d'une attaque semblable à celle qui avait ruiné son aile gauche, ordonna la retraite : elle fut cou* verte par les deux corps d'observation qu'il avait placés sur ses ailes , et qui chargèrent si vigoureusement l'armée anglaise, qu'ils lui reprirent les deux pièces de canon dont elle s'était emparée. Les troupes continentales continuèrent leur retraite en bon ordre; après avoir passé le Reedy^ Fork, à trois milles du champ de bataille , elles prirent position sur la rive opposée , et le lendemain allèrent camper à Iron^ff^orks , dix milles plus loin.
Le champ de bataille était resté aux Anglais ; mais leur perte fut plus considérable que celle des Américains. Le manque absolu de provisions de bouche et l'excessive fatigue des troupes ne
ET DANS LES GAAOLIIfES. 5l
permirent pas à lord Comwallis de poursuivre les Américains. Après cette inutile victoire, il fut obligé de se rapprocher de la mer et de rétro* grader jusqu'à Wilmington, sur le cap Féar, à la distance d'environ cent cinquante milles , pour pouvoir communiquer avec Cbarles-Town.
Débarrassé d'un si formidable ennemi , le gé* néralGreen, ayant rallié ses troupes, pénétra sans obstacle jusqu'à Campden, poste assez fort et hors d'insulte où le général Rawdon s'était retranché. Il s'y défendit avec vigueur contre les forces supérieures de Green , qui ne put l'assié* ger, faute d'artillerie, mais l'obligea à l'évacuer. Il en lut de même du fort Waisoh^ Ôl Orange^ bourg et d'autres points fortifiés, tels que Molt Grauhfy Augusta et Ninet/ Six y qui, n'ayant que de faibles garnisons, tombèrent successive* ment au pouvoir des Américains. Le général Green délivra ainsi les deux Carolines et fit replier sur Charles^Town les troupes anglaises qui s'y , étaient disséminées, après leur avoir fait 5oo prisonniers.
Cependant l'éloignement du général américain ayant laissé la Virginie à découvert, lord Comwallis se hâta d'en profiter : il traversa sans obstacle la Caroline septentrionale, s'empara èiHaU^ fax y et pénétra jusqu'à Pétersburg^ où il rejoi* gnit les troupes britanniques que lé général
5^ ExpÉDiTion d'aknold.
Clinton avait envoyées de New-York , sous les ordres d'Arnold, pour porter le ravage dans cette belle province. Ce traître , devenu odieux à toute l'armée anglaise depuis la mort funeste du major André , avait obtenu le grade de brigadier général, et sir Clinton avait saisi l'occasion de l'éloigner de New-York en lui donnant le commandement de cette désastreuse expédition. Il débarqua le 4 janvier 1781 avec 1,800 hommes, la plupart transfuges comme lui, à Westover, dans le haut de la rivière James, et alla détruire à Richemond les magasins de vivres et munitions que les Américains y avaient formés. Il continuait ses déprédations, lorsque le rassemblement de différents corps de milice menaça de l'envelopper. Redescendant alors la rivière de James , il se retira à Port-Mouth, ville située au fond d'une crique, vers l'entrée de la Chesapeak, pour y attendre les renforts qui devaient lui être renvoyés de New-York. Aussitôt que le général Washington fut informé de l'expédition d'Arnold et du danger dont la Virginie était menacée , il proposa au comte de Rochambeau d'y porter un prompt secours, et d'attaquer le traître dans le poste où il s'était retranché. C'est à l'occasion des rapports que les deux généraux en chef eurent relativement à cet objet, que je fus dépéché par M. de Rochambeau au général Washington. Son quar-