‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 24 sur 96 · LES ÉTATS-UNIS REFUSENT UNE PAIX SÉPARÉE · texte numérisé non relu

LES ÉTATS-UNIS REFUSENT UNE PAIX SÉPARÉE

du général Carleton (ce généra) avait remplacé lord Clinton dans le commandement de Farmée anglaise) la proposition du gouvernement anglais de reconnaître, sans restriction, l'indépendance des États-Unis , sous la condition de renoncer à Falliance avec la France. Il refusa d'admettre le négociateur qui en était chargé. Les états déclarèrent unanimement qu'ils considéreraien t comme haute trahison toute proposition tendante à faire une paix séparée. Ces ouvertures, l'armistice demandé par le commandant de Cfiarles - Tawn et refiisé par le général Green , prouvaient assez que , malgré leur dernier succès dans les Antilles, les Anglais renonçaient enfin à soumettre leurs anciennes colonies. Les Américains avaient soif de la paix, mais ils montraient la plus grande fermeté et prouvaient leur reconnaissance envers la France, en se disposant à de nouveaux sacrifices , afin d'obtenir cette paix à des conditions aussi honorables pour leurs alliés que pour euxmêmes. De son côté, le gouvernement français ne discontinuait pas d'envoyer de nouveaux secours. Deux frégates , la Gloire et f Aigle , sous le commandement du capitaine de vaisseau la Touche- Tréville, furent expédiées de Rochefort, le i5 juillet 1782. Le baron de Vioménil, k comte de S^ur, le prince de Broghe, le chevalier Alexandre de Ijameth, le comte de Ricci, et phi-

lOO MARCHE SUR PHILADFXPHIE.

sieurs autres officiers, furent embarqués sur ces frégates, chargées d'argent et d'effets.

Après le combat du la avril, où le comte de Grasse fut fait prisonnier , le marquis de Yaudreuil, qui avait pris le commandement, reçut Tordre de se rendre à Boston pour y réparer son escadre. Sur l'avis qu'il en donna au ministre français, M. de la Luzerne, M, ^e Rochambeau sentit la nécessité de rapprocher son armée des provinces du Nord. Les chaleurs excessives et l'insalubrité du climat de Virginie avaient causé beaucoup de maladies. D'ailleurs les préparatifs que faisaient les Anglais pour évacuer Charles^ Town rendaient superflue une plus longue station des troupes françaises pour protéger les États du Sud. Ces motifs déterminèrent donc notre général en chef à les mettre en marche sur Philadelphie, où il invita le général Washington à venir conférer avec lui sur les nouvelles circonstances.

Le mouvement rétrograde de l'armée se fit par terre, lentement, le soldat marchant la nuit et se reposant le jour. Le général en chef avait pris les devants et laissé au chevalier de Chastellûx et au comte de Viomesnil le soin de conduire les troupes avec les sages précautions qu'il avait ordonnées. On leur accorda quelques jours de rafraîchissement et de séjour à Baltimore, d'où

POSITION SUR l'hUDSOW. IOI

les troupes filèrent par bataillons pour éviter l'encombrement au passage de la Susquhana, dont je fus encore chargé.

Les deux généraux en chef réunis à Philadelphie venaient d'apprendre que Savannah avait été évacuée 9 et que la garnison avait été en partie laissée à Charles-Townet en partie transportée à New-York. Le marquis de Vaudreuil inforn^ait M. dé Rochambeau qu'il faisait voile pour Boston avec douze vaisseaux de ligne , et qu'il était suivi de prés par la flotte anglaise , sous les ordres de l'amiral Pigot, qui avait remplacé l'amiral Rodney. En conséquence, il fut convenu que l'armée américaine et l'armée française reprendraient leurs anciennes positions sur la rive de l'Hudson j pour observer la garnison de New- York.

Le gouvernement anglais , depuis le changement du ministère qui amena M. Pitt à la tête des affaires, avait décidé l'évacuation de New- York et de Charles-Town , dont les garnisons devaient être transportées aux Antilles. Le général Carleton, qui se préparait à exécuter cette opération, fit répandre la nouvelle de la reconnaissance de l'indépendance américaine par les deux chambres du parlement, et tenta de nouveau, mais aussi inutilement que la première fois, de négocier avec le congrès. M. de Rochambeau pressa la marche de l'armée; nous traversâmes Philadel-

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