DÉPART DE CANDIE
peuple alarmé demandait que je fusse arrêté et qu'il fallait me faire partir par mer; il était fort tard quand je reçus cette réponse , et le chevalier de Laidet, bien instruit par ses espions , ju« gea qu'il importait à notre sûreté réciproque que je m'éloignasse sans délai; à peine m'étais-je retiré que je fus éveillé par une rumeur du peu* pie dont le consul ne douta pas que nous ne fussions l'objet. Nos paquets étaient prêts, j'avais déposé tous mes papiers chez M. de Laidet , et pendant que ma petite troupe se disposait à partir, nous nous barricadâmes et nous allâmes aux écoutes avec beaucoup de précautions. Un incendie affreux qui éclata bientôt dans une maison voisine nous expliqua le motif des cris que nous avions entendus, mais ne rassura pas mon guide , qui savait trop bien que ces sortes d'événements servent fréquemment de prétexte à cette populace effrénée. Nous passâmes donc toute la nuit en armes, sans répondre aux hurlements dont nous étions assaillis et sans être tentés d'aller porter des secours aux incendiés. Heureusement les guides grecs que j'avais demandés, et les trois janissaires d'escorte que le pacha m'avait promis quelques jours auparavant , étaient déjà rendus chez le consul; je les avais gagnés avec des piastres et du vin. Le lendemain, dès la pointe du jour, nous sortîmes en force et au plus grand
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train de nos chevaux de la maison consulaire. Lorsque nous fumes à uîie petite distance, le chevalier de Laidet, qui conduisait bravement la petite caravane, crut qu'il était plus sage de sortir de la ville au pas et bien rassemblés. Nous rencontrâmes quelques groupes de janissaires auxquels notre bonne contenance en imposa. J'eus bien quelque joie de me voir hors des murs, mais elle était fort modérée par l'inquiétude que j'avais sur le retour du consul. Nous nous séparâmes après avoir combiné notre marche dont lui seul avait le secret. 11 me promit de me donner de ses nouvelles à différents points de la route que j'allais tenter, et de venir lui-même me rejoindre à la forteresse de Spina-Longa, dont il connaissait le commandant, dans le cas où il jugerait que j'eusse pu faire sans danger la tournée que je me proposais avant d'y arriver. J'ai su depuis qu'il avait été très-exposé , et qu'à son retour chez lui il avait été insulté par les janissaires, que sa fermeté seule , et le pavillon de France arboré sur sa maison, avaient pu contenir. C'était beaucoup d'être sorti de la ville de Candie, et je me hâtai d'en donner la nouvelle au comte de Bonneval. Mais mon voyage était à peine commencé, et à mesure que je m'éloignais davantage du mouillage de la frégate, j'avais de plus grandes difficultés à vaincre. A la première halte, à une lieue