GIRA-PETRA
de celle d'Hiera-Pitna, Tune des plus considérables de rîie de Crète; elle est au bord de la mer et à Textrémité d'une plage très-étendue. Elle se trouve sur la péninsule et dans l'endroit le plus étroit de l'île. Un vallon bien ouvert communique à la cote du nord y qui n'est distante que de trois lieues. La ville d'Hiera-Pitna était très-heureusement située ; elle avait un port fort grand pour l'espèce de bâtiments des anciens y mais qui est aujourd'hui totalement ensablé , et ne pourrait servir qu'à retirer de très-petits bateaux. Les ruines, ou plutôt les traces d'Htera-Pitna, s'étendent fort au loin dans la plaine; la nouvelle ville n'occupe que la langue de terre à l'extrémité de laquelle est bâti un mauvais château. Elle a été entièrement renversée il y a peu d'années par un tremblement de terre ; plus de deux cents personnes y ont péri, et cependant les habitants ont relevé leurs maisons sur ces fondements ébranlés. On peut juger par ces fréquentes et terribles révolutions combien de richesses doivent être enfouies sous les ruines d'une ville autrefois si florissante. Je fis demander parmi les Grecs si quelqu'un d'eux avait trouvé quelques pierres ou quelques médailles; ils m'en apportèrent quelques-unes du Bas-Empire qui n'avaient aucune valeur. Je regrettai qu'un minotaure gravé sur un beau grenat eût été mis en pièces
322 DJÊPART DE 6IRA-PETRÂ.
par un Grec, qui Taviiit cassé pour vendre le métal de la monture de cette bague antique et précieuse. Je trouvai encore quelques entailles d'une médiocre beauté , et que je regardai comme des indications de ce qu'on pourrait espérer des fouillas. Mais les Grecs n'oseraient creuser plus avant que le soc de leur charrue , et ce n'est pas à la surface de la terre que les richesses de la ville d'Hiera-Pitna, si souvent détruite et rebâtie, pounTîaient se trouver.
. Le bon accueil du bey de Gira-Petra, auquel je fis quelques présents, me persuada que le pacha de Candie ne m'avait pas fait suivre : je me trompais; je sus depuis que ses émissaires, mal instruits ou trompés par notre marche, nous poursuivaient vainement dans la partie du nord. Je séjournai à Gira-Petra pour me donner le temps de mettre en ordre mes brouillons, et j'en partis le 17, en prenant le chemin qui conduit par le bord de la mer au cap Salomon. Nous avions à notre gauche les montagnes de Cavoutsci qui occupent toute la partie de l'est de l'île de Candie. Notre première halte fat au bord d'une rivière sous des platanes encore verts. Là, nous fîmes la rencontre de quelques bergers grecs qui s'enfuirent à notre approche en poussant de grands cris; Les Turcs de notre escorte se précipitèrent àleur poursuite, et ce ne fat
RUINES d'ÉRITHRIR £f d'ÉTIA. SI^S
qu'après bien des eflforts que je parvins à sauver ces pauvres bergers de ta fureur de ces barbares^.
Un peu plus loin , en suivant toujours la côte, nous trouvâmes les ruines d'Érithrie, dont lé port devait être Tun des plus considérables de la côte du sud. Tout le Talion est encore au-des-^ sous du niveau de la mer; mais les ensablements ont formé une plage élevée, ce qui a changé en* tièrement le rivage. On n'y peut soupçonner la place de Fancien port que par les ruines d'un fort qui le dominait : ce port fut appelé par les Bo*^ mains Pulcker Portas.
La position de l'ancienne ville d'Étia, dont un canton a conservé, le nom, m'arrêta aussi quelques instants. Les raines des tours ne me parurent pas être d'une. antiquité très-reculée, mais je ne puis douter que ce lieu n'ait été la ville d'Étia. Enfin nous atteignîmes l'extrémité de i^e et la plaine de Sitià ( sans doute du vieux nom de Sya) qui sépare le cap Sicfero du cap Sotomon. Je reconnus que celui-ci, autrefois appelé Samoi^ nium Promontorium , n'était point, commet on le voit sur toutes les cartes, la pointe la plus orientale défile de Candie, mais bien le cap Sidero. Nous nous dirigeâmes vers le premier pour^enir nous reposer dans^ le gi^and monastère appelé Megalo^monastiri ^ ce but de mon prétendii pèlerinage. Notis rencontrâmes dans la plaine, prè$
aa4 MEGALO-MOKASTIRr^
du bourg de Pisco^Chefaliy VOdobaschi qui commande dans cette partie; nos Turcs s'empressèrent de lui raconter le sujet de notre voyage et vantèrent beaucoup sans doute notre g^érosité. L'odobaschi nous offrit lui-même de nous servir de guide. Il montait un petit cheval très-vigoureux; je l'achetai au prix qu'il fixa et à con4ition qu'il continuerait de m'accompagner jusqu'à Spina-Longa.
Mon interprète avait bien fait la leçon aux moines, et je pouvais comptçr sur leur discrétion, puisqu'il s'agissait de tromper les Turcs et de gagner de l'argent. En arrivant je me rendis à la chapelle et je demandai qu'on célébrât l'office. L'odobaschi rassembla lui-même les moines. On trouve encore, parmi ces religieux, les mœurs des anciens anachorètes, et les usages des premiers temps de l'Église. Ils vivent tous du travail de leurs mains et cultivent les terrains secs qui environnent leur asile ; ils sont pauvres et malheureux. Ces sortes de communautés ne se soutiennent que par les aumônes des Grecs et par leur attachement extrême à leur rite. U parait que ce couvent a été rebâti en partie du temps des Vénitiens, qui, cependant, à cause de la guerre des schismes, ne donnaient qu'une faible protection à l'Église grecque. La puissance européenne qui, possédant l'île de Crète , voudrait la faire refleu-
MOUILLAGE DV CAP SÎDERO. 2:l5
rir, devrait user du même moyen, et éviter même d'y introduire le rite latin, que les Grecs abhorrent plus que la religion musulmane. Elle se concilierait ainsi la confiance du peuple et parviendrait à réveiller sa paresse, trop excusable sous la main qui les opprime ; mais après s'être servi de l'influence de ce vil clergé, il faudrait y soustraire les Grecs à mesure que les lumières s'étendraient et que l'esprit public commencerait à renaître.
La diligence extrême que j'avais faite depuis mon départ de Candie, me permit de prolonger mon séjour au couvent de Sainte-Marie; ce repos nous était bien nécessaire. J'en profitai pour écrire et dessiner; je m'appliquai surtout à bien reconnaître cette extrémité de l'île si mal figurée sur toutes les cartes connues; il m'était expressément recommandé de m'assurer s'il y avait en effet, dans le sud du cap, un mouillage où des vaisseaux de guerre pussent être à l'abri, et où l'on put faire un établissement. Je trouvai entre le cap Sidero et le cap Solomon deux petites îles fort basses, gisant est-nord-est et ouest* sud-ouest, tellement situées, qu'elles couvrent des vents d'est, au moins en partie, le fond de la baie formée par les deux caps. On peut mouiller entre ces îles et la terre par i o , i a , 1 5 et 20 brasses, et mettre l'amarre sur l'îlot ou I. i5
Ul6 PALEO CASTRO.
rester sur un pied d'aucre. Le fond est de bonne tenue. La pointe sud de l'ile de Scarpente gît est et ouest avec ces îles.
Ce mouillage, excellent pour les vaisseaux , est appelé port de Paleo Castro, à cause des ruines d'un château bâti sur une hauteur escarpée de tous côtés et de couleur rougeâtre, qu'on a perçoit dans le fond et parle milieu delà baie. Ce mouillage, le mieux fermé de tous ceux de la côte du sud , peut être pris pour le Pulcher Portas de l'ancienne Crète. On peut aussi, par des vents de nord, mouiller dans le sud des deux petites îles, mais on y serait à découvert des vents d'est.
Le port de Paleo Castro serait aisément fortifié et très-bien défendu en élevant des batteries à mi-côte de la montagne rouge au-dessous des ruines du château. 11 faudrait aussi, dans ce cas, occuper les hauteurs du cap Sidero j et surtout le passage par le couvent de Sainte-Marie ou Megalo-monastiri ^ ce débouché étant le seul praticable et le plus direct vers le fond de la baie de Sitia, qui est un beau point de débarquement.
Les environs proprement dits du port de Paleo Castro ne sont pas cultivés, mais les vallons de Sitia et d'Étia, qui sont très-fertiles, en sont à portée. 11 y a deux communications de Paleo Castro à ces vallées, l'une par les sommités
PALEO CASTRO. 2^7
des montagnes qui se rapprochent le plus de la côte du sud , et qui aboutit à Étia , et l'autre par la côte septentrionale qui aboutit à Sitia.
Les vallons dont je viens de parler séparent la partie la plus orientale de l'île d'avec le pays élevé et les hautes montagnes de Cavotchi y et se terminent d'ailleurs à des plages fort proches des caps. Il serait facile d'y pénétrer et d'en ti* rer des rafraîchissements ; mais pour espérer d'y trouver des ressources ^ il faudrait supposer une m^teure culture.
Le manque d'eau est un des plus grands in^ convénients du port de Paleo Castro ; on ne peut en faire qu'à l'île Moreno ; et , si on y formait un établissement, il faudrait construire des citernes.
£n parlant de la défense de Paleo Castro , j'aurais dû indiquer l'île la plus orientale comme un des points les plus essentiels à fortifier. 11 y a , en avant de cette île ^ une chaîne de brisants qui en rendrait l'accès plus difficile. On dirigerait les feux sur l'une et l'autre passe, et l'on fermerait ainsi l'entrée de ce mouillage.
Pour donner plus de probabilité à la fable de mon pèlerinage, qui, jusqu'ici, m'avait si bien servi, et payer par des offrandes l'hospitalité des caloyers, je fis célébrer une messe avec toute la pompe des cérémonies grecques. On est trop
*à'lS VESTIGES DE BfîNOS.
porté à vénérer les restes infortunés de cette Église; car le vice et l'ignorance, cachés sous les haillons de ces religieux, inspirent, à la fois , le mépris et la pitié; aussi, n'est-ce pas sans quelque raison que les Turcs regardent ces ministres dégradés comme les plus vils des esclaves. C'est ainsi que le prêtre que j'avais vu revêtu, un moment auparavant, des distinctions patriarcales , fut contraint par l'odobaschi à panser et ferrer son cheval.
Toujours occupé de l'ancienne Crète, je cherchai quel avait pu être l'emplacement de l'ancienne ville de Minos; plusieurs auteurs ont pensé que c'était ce même Paleo Castro dont je viens de parler. Danvillé, dont les conjectures sont toujours si justes, a placé Minos à cette extrémité de l'île , et je crois aussi que cette ville, dont on ne trouve aucun vestige, était située dans la plaine au fond du port et au-dessous de la montagne où se trouve le couvent. C'est en effet la position la plus heureuse ; on pourrait encore y construire un beau port. Ainsi, la ville de Minos était le premier accès de l'île de Crète en venant de l'Egypte et de l'Asie Mineure ; sans doute le palais de Minos fut élevé sur cette hauteur remarquable par sa forme pyramidale , et où l'on voit encore des ruines qui l'ont fait appeler depuis Âltemura.
ROUCACA. 21^9
On peut supposer encore que Taurus prit terre en cet endroit, après avoir enlevé la belle Europe. L'histoire dit que Minos feignit d'avoir une communication secrète avec Jupiter; vraisemblablement le mont Dicta, dont les ramifications s'étendent jusque près de Pàleo Castro , fut le théâtre de ces scènes mystérieuses , et de là le surnom de Jupiter Dictim,
En partant du couvent, où j'avais passé huit jours, j'allai coucher au village de Pisco-Chepali qui domine la plaine de Sitia. Je pris ensuite le chemin qui me rapprochait le plus de la côte du nord ; je vis avec plaisir que nous nous élevions beaucoup sur les hauteurs qui bordent cette côte, et que j'aurais occasion, en continuant ainsi de faire le tour de l'île, de corriger mes relèvements. Je ne trouvai rien d'intéressant jusqu'au village de Roucaca, où nous nous arrêtâmes, et qui se trouve au fond d'un vallon très-agréable. Il y a tine communication avec la ville de Gyra-Petra , en deçà de la montagne de Cavotchi; cet accès, la position riante de ce village et la conformité des distances m'ont fait déterminer l'emplacement de Prasos, l'une des plus anciennes villes de la Crète, et que Strabon place au pied du mont Dicta, entre le Samomum promontorium et le Chersonesus sinus, . Nous suivions la plage, et, nous éloignant
'^3o ROUTE D£ SPINA-LOJVGA.
vers le soir du bord de la mer, nous fîmes halte dans un moulin où je pensais bien que nous ne trouverions aucune ressource , mais Fodobaschi ne nous laissa manquer de rien ; il mit à contri-> bution un village grec qui n'était pas fort éloi-* gnéy et revint en triomphe nous apporter des provisions , que j'eus bien de la peine à pa jer à ces malheureux , à l'insu de leur tyran.
Nous devions , le lendemain , arriver à une heure convenue sur les hauteurs qui dominent le port et la forteresse de Spina^Longa , et je comptais y rencontrer le chevalier de Laidet. De notre ponctualité réciproque dépendaient le succès de ma reconnaissance et la possibilité d'achever la tournée de cette partie de l'île. Je ne pouvais tenir qu'un seul chemin sur la côte du nord, et c'était celui de la ville de Candie. Un Turc , venu de Gyra-Petra , m'avait appris que le pacha y avait envoyé des ordres pour me faire arrêter; or, en supposant qu'on m'eût suivi, j'avais encore trois jours d'avance, et je ne devais craindre que les émissaires envoyés di« rectement à Spina-Longa, où il leur était fa* cile de pressentir que je paraîtrais. On peut juger que je ne m'occupai pas plus longtemps de géographie ancienne^ et que je fis diligence pour arriver au pied des montagnes de Spina- Longa. Les indications^ qu'on m'avait données
RENCONTRE AVEC LE CHEVA.LIER DE LAIDBT. ^3l
étaient parfaites ; je trouvai le sentier sur la hauteur, et enfin la maison de l'évéque grec, où le consul était heureusement avant moi. Il ne s'y était pas arrêté un seul moment, et s'était empressé d'aller annoncer mon arrivée au commandant de la place, afin d'en obtenir pour moi la permission d'y pénétrer. Cependant cette halte si près de la forteresse, le passage du consul et celui d'un courrier du pacha qui l'avait précédé, rendirent ma position très-embarrassante ; quelques janissaires s'attroupèrent , et Kèrent conversation avec les lâches coquins qui nous escortaient et que nous avions eu bien de la peine à mener jusque-là. L'odobascbi me pressa de lui payer le prix de son cheval , et me conseilla de m'enfuir par le chemin de la plaine ; je ne fis ni l'un ni l'autre, et je me servis de cet homme intéressé pour donner le change à la curiosité de ses camarades. Je donnai avis au consul de mon arrivée , et il ne tarda pas à venir me joindre. Le chevalier de Laidet avait mis beaucoup d'adresse et de fermeté dans sa négociation avec le pacha, très en colère de ce que je lui avais échappé et effrayé pour lui-même des murmures du peuple. Craignant que je ne fusse atteint par les émissaires envoyés à ma poursuite, il avait imaginé d'offrir au pacha d'aller me chercher Ini-méme et de me ramener à Candie. Feignant
a32 SPIIirA.-LONGA.
donc d'être chargé de s'emparer de l'étranger français, et de rempêcher d'entrer dans la forteresse de Spina-Longa , il engagea le commandant de me recevoir dans «a maison de campagne, qui était au bord de la mer en face du château. Un présent assez considérable de carreaux et de tapis que j'apportai vint achever la persuasion. J'allai descendre à cette maison après avoir laissé en vedette sur le chemin de Candie quelques Grecs affidés. Certes , dans une position aussi critique , je ne pouvais désirer un meilleur expédient pour reconnaître exactement le port et les environs de Spina-Longa. Le consul avait apporté d'amples provisions , et surtout du vin de Chypre, et, dès l'après-dînée, le bey nous traita avec une excessive confiance. On nous veilla même de moins près ; on nous permit de chasser, et de tirer sur de nombreuses compagnies de perdrix qui habitaient les rochers ; le temps et les bons prétextes ne furent nullement perdus ; un peu plus tard , nous proposâmes au bey de se promener avec nous en bateau, bien loin de la forteresse, dans le fond du port, ce qui me mit à même d'en reconnaître le mouillage et les principales défenses. Enfin, le soir, nous eûmes raison des cerveaux musulmans : commandant, espions, gardes, tous étaient ivres ; l'équipage du bateau,
sPiffÂ-LoifGÀ. a33
qui était grec , fut bien payé, et nous passâmes toute la nuit à sonder jusque sous les murailles.
Le port de Spina-Longa est formé par quelques coteaux détachés de la terre ferme , et qui n'y tiennent que par une langue de sable étroite et fort plate appelée la Culatte. L'entrée de ce port se présente à l'est ; elle est séparée en deux passes par un ilôt sur lequel est bâtie la forteresse ou château. La passe de l'ouest est la seule praticable ; il n^ ^ p^s de fond dans l'autre, même pour les plus petits bâtiments.
Ce port est fort beau et bien fermé par l'île du château; il pourrait être recreusé et recevoir les plus gros vaisseaux. C'est le dernier établissement des Vénitiens qui estimaient, avec raison, l'avantage de sa position à portée de la plaine fertile de Mirabel , dont il serait facile de garder les débouchés , et qu'il fut honteux de laisser forcer autrefois par les Turcs. Quant à l'île de Spina-Longa, c'est un rocher pointu et assez élevé, quoique dominé par les hauteurs de l'un et de l'autre rivage ; il n'est pas escarpé à pic , aussi en a-t-on fortifié le pied en l'entourant d'un rempart flanqué de bastions irréguliers suivant la forme de l'île. Il y avait sur la sommité du rocher deux batteries circulaires fort bien construites qui battaient sur les deux
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passes. Celle de la passe de l'ouest était de quatorze pièces de trente- six; on voyait aussi daiis les bastions, du côté de la mer, des batteries câsematées et à fleur d'eau , mais dont les pièces étaient de petit calibre, et quelques mortiers dans les batteries supérieures. Ces fortifications me parurent en bon état et la place bien approvisionnée.
Il n'y a point de sources, ni sur l'île même de Spina-Longa, ni sur les hauteurs qui l'entourent j on n'y boit que de l'eau de citernes , que je trouvai vastes et bien entretenues ; on y manque aussi de bois , et tous les environs sont arides et dépouillés.
lia place ^ commandée par un bey, un imanbey et plusieurs agas , a une garniàon d'environ quatre cents hommes.
Le port de Spina-Longa sert de retraite pendant l'hiver à tin grand nombre de bateaux de File du Casse. Les habitants de cette île, qui font le cabotage sur les côtes de Candie et sur les Cy* clades, n'ont point de port che» eux, et, à l'ap* proche de la mauvaise saison, ils conduisent leurs embarcations, qui sont légères et bien construites , dans ce port , où ils les laissent tout l'hiver. Au printemps , ils chargent du sel aux petites salines qui sont dans le fond de la Cnlatte.
Le fort de Spina-Longa étant dominé et même
SPINA-LONGà. a35
plongé par toutes les hauteurs circonvoisines , il suffirait de s'y établir pour réduire la place. Cette position est la même en petit que celle de la Sude; on débarquerait facilement dans le fond de la Culatte , en prenant d'abord le mouillage de Mirabel. On pourrait aisément faire passer des bateaux sur la langue de sable et porter ensuite de l'artillerie sur les points dont on se serait emparé dès l'instant du débarquement dès troupes. Une attaque par mer serait trop hasardée, parce que, dans un espace aussi resserré, un bâtiment courrait risque de rester échoué sous le feu de la place, et surtout des mortiers; cependant il est vraisemblable qu'un vaisseau mouillé en dedans du château fératît taire en peu de temps les batteries de la place et la réduirait. Enfin, on rendrait facilement Spina-Longa un poste très-fort en élevant quelques redoutes sur les hauteurs détachées du côté de l'est, et une batterie au-dessus de la Culatte, qui plongerait la plage des salines et le point de débarquement du coté de Mirabel. Il faudrait encore garder avec soin les débouchés de la plaine de Mirabel, afin que retinemî ne ^"ût point tourner la position par les hauteurs dé Fourmi; mais quelques postes bien placés sur le chemin de Cavotchi et celui de Candie, à l'ouvert des gorges, suffiraient pour contenir le pays , et fermer ab-