‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 46 sur 96 · ACTE DE DESESPOIR d'uWE GRECQUE. IkZ'J · texte numérisé non relu

ACTE DE DESESPOIR d'uWE GRECQUE. IkZ'J

autrefois habitée par des hommes libres^ ne Test plus aujourd'hui que par de misérables esclaves et de féroces tyrans. Parmi les nombreux exemples de l'affreuse condition des Grecs qui s'offrirent à mes yeux pendant ce voyage, je ne puis m'empêcher de citer celui-ci :

Nous avions fait halte dans un petit village grec appelé Voussisacl/. Parmi les habitants qui se groupa ient autour de nous, une jeune et belle femme, conduisant deux très-jolis enfants, s'était approchée de moi. Je caressais l'un d'eux , lorsque le tchoadar de notre escorte les écarta tous trois à coups de fouet. Indigné de cette brutalité, je repoussai vivement le Turc et m'avançai pour rassurer la malheureuse mère. Celle-ci, que j'avais interrogée et dont les plaintes si douces m'avaient attendri , tremblante de colère et d'effroi , prit dans ses bras l'enfant que j'avais caressé, et, le jetant dans les miens : Je te le donne, me dit-elle, emmène-le avec toi; je ne le verrai peut-être plus, mais il sera plus heureux que nous et ne connaîtra pas ces barbares. Je fus bien tenté d'accepter ce présent, et la seule crainte de faire courir à cet enfant les dangers d'un long et pénible voyage m'empêcha de me rendre aux instances réitérées de sa mère. •

Nous sortîmes bientôt des gorges qui séparent la plaine de Mirabel de la côte par un défilé

a38 DISPOSITIONS hostiles des JAJriSSAIRES.

et un chemin presque impraticable; nous sui« vîmes ensuite les bords de la mer, ayant à notre gauche les montagnes très-escarpées de Lascity. Après une longue marche, nous nous arrêtâmes au camp de Stalida, d'où nous partîmes bien avant le jour. M. le chevalier de Laidet devait nous devancer et nous faire dire, par un homme à lui, s'il jugeait convenable que no]^s entras*» sions dans la ville. A peine avions-nous fait deux lieues, en suivant toujours le bord de la mer, que nous fûmes rencontrés et reconnus par un exprès envoyé en diligence au consul par le drogman chargé des affaires en son absence. La nuit était noire; nous ne pouvions rien déchiffrer; enfin , à force de brûler de la poudre , nous parvînmes à faire du feu et à lire de fâcheuses nou* velles. I^s janissaires attroupés, sachant que M. de Laidet était venu au-devant de nous, avaient publiquement menacé le pacha et résolu de sortir de la ville pour nous chercher. Il fallut nous séparer sur-le-champ et dérober une marche à l'ennemi. Il fut donc convedotu que le chevalier de Laidet rentrerait dans la place avec notre escorte, le drogman et le pilote Yialis que je voulais renvoyer à M. de Bonneval, parce qu'«yant reconnu les ports et les principaux mouillages, il me devenait moins néces&aire. J'étais bien aise d'ailleurs de pouvoir, à tout évé-

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