‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 47 sur 96 · DANGERS PRÈS DE CANDIE · texte numérisé non relu

DANGERS PRÈS DE CANDIE

netnent, faire parvenir à mon collègue le fruit de mes dernières recherches. Ce fut à regret que je me séparai de ce brave marin ^ dont j'avais éprouvé Tintelligence et la bravoure; toutefois je lui donnai, encore à son insu, une commission très-délicate, en le faisant entrer à ma place dans la ville de Candie, et je lui prescrivis d'en partir par mer et dans un bateau armé de Grecs immédiatement après son arrivée.

Nous avions encore deux heures de nuit, et, sûrs de ne pas être attendus par les Turcs si grand matin, nous profitâmes de cet avantage. I^ chevalier de Laidet espérait, en se trouvant à l'ouverture des portes et dans le temps de la prière, pouvoir entrer dans la ville sans être presque aperçu. Arrivés à la pointe du jour sur les hauteurs qui sont à l'est de la ville, le consul poursuivit sa route, ne me laissant pour toute escorte que M. Magallon, mon secrétaire, et un janissaire dont il croyait être sûr. Je quittai la grande route, et, passant à gué une petite rivière, je me dirigeai vers le mont Icare, coupant transversalement toutes les routes qui conduisent à la ville de Candie. La connaissance que j'avais prise de cette place un mois auparavant me servit beaucoup. Je suivis le fond des ravins qui, autrefois, avaient favorisé les approches des Turcs, et qui me défendaient de leur curiosité.

a4o DANGERS PRÈS DE CANDIE.

Lorsque j'étais obligé de marcher à découvert, le bon et infatigable Dimitri , domestique grec de M. Magallon , s'avançait vers la place pour servir de vedette et nous atteignait ensuite. Nos chevaux étaient excédés, et nous eûmes bien de la peine à achever cette circonvallation. Enfin, après avoir passé le dernier ravin du côté de l'ouest, nous nous trouvâmes dans le vallon arrosé par la rivière Geoffiro à une petite lieue de la ville. Comme nous passions sur le pont pour aller prendre le chemin de la plaine de Messara, nous rencontrâmes quelques Turcs qui , nous ayant aperçus à travers champs, étaient accourus pour nous voir. Quand nous les eûmes dépassés, ils nous saluèrent de deux coups de pistolet, dont les balles me passèrent de trop près pour que je ne dusse pas m'en attribuer la politesse. Je n'eus garde, cependant, d'être aussi poli que ces messieurs, que nous remerciâmes, comme si véritablement ils avaient voulu nous faire honneur. Il eût été d'ailleurs trop dangereux d'engager si près de la ville un combat qui ne s'accordait pas avec notre plan de retraite, car c'en était une en effet, et, dès que nous eûmes perdu de vue ces Turcs si polis, je quittai la route de la Canée, vers laquelle je m'étais dirigé en les rencontrant. Sans doute une main protectrice me conduisait, car j'ai su depuis, par M. le chevalier de Laidet,

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