DANS LES ALPES
Berwick et les notes excellentes de mon guide.
J'avais rencontré un camarade , M. Poncet, qui partageait mon goût pour l'étude. Il s'était d'à* bord destiné comme moi à l'arme du génie, et il avait le même désir de tirer parti pour son avancement des premières connaissances qu'il avait acquises : nous nous liâmes étroitement. Dès que la saison le permit, nous fîmes ensemble plusieurs reconnaissances. Le marquis de Mauroy voulut faire avec nous une tournée dans les hautes Alpes. Nous visitâmes les principaux cols et passages, les positions les plus importantes et les postes les plus connus par divers événements de l'ancienne guerre. Nous figurions nos itinéraires et nous faisions ensuite des rapports ou mémoires sur ces reconnaissances.
L'hiver suivant le bataillon dont je faisais partie ayant relevé la garnison du fort des trois têtes f je profitai de cette espèce d'exil pour m'appliquer plus sérieusement à l'étude de l'attaque et de la défense des places , et pour m'exercer au dessin des cartes et plans. Vers cette époque (1774), qui fut celle de la mort de Louis XV et de l'avènement de Louis XVI, j'obtins xin congé; pendant mon absence, le régiment de Médoc , qui depuis la guerre de 1767 , après avoir fait partie de l'armée du siège de Mahon , était resté dans les provinces méridionales , fut porté
lO £TU1>£S ET TRAVAUX
dans le nord et d'abord à Yalenciennes. Avant de le rejoindre 9 je passai quelques semaines à Paris chez mon colonel ^ le marquis de Mauroy. Je fus présenté par lui au comte de Maillebois, Tun de nos meilleurs généraux, que sa disgrâce avait privé des plus hauts honneurs militaires, mais dont les talents supérieurs n'en étaient pas moins reconnus par ses rivaux. Il m'accueillit avec beaucoup de bienveillance et me donna de bons conseils.
Je trouvai à Valenciennes de nouvelles et de plus grandes ressources pour mon instruction. Je rencontrai dans le régiment Dauphin infanterie qui faisait partie de la garnison quelques officiers qui s'occupaient ainsi que mon cama* rade Poncet et moi de l'étude du métier : parmi ces officiers étaient M. de Servan, frère du célèbre avocat général au parlement de Grenoble , et qui fut depuis appelé au ministère de la guerre; il écrivait alors l'ouvrage qu'il a donné depuis sous le titre du soldat citoyen ; M. Lacuée , ministre de l'administration de la guerre sous l'empire, qui rédigeait divers articles pour l'Encyclopédie, et le comte de Grimoard, le même qui publia un essai sur les batailles. Je travaillai beaucoup avec eux ; j'étudiai l'histoire des guerres de Flandre et les campagnes de nos meilleurs généraux sur cette frontièra J'allai visiter les