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plus fameux champs de bataille, tels que ceux de Denain, Fontenoy, etc. Je parcourais un jour celui de Malplaquet, et, suivant la relation critique de Feuquières que j'avais sous les yeux, je cherchais dans le bois de Sars le passage jpar lequel le prince Eugène, après avoir tourné l'aile gauche de la ligne française, rompit et sépara la cavalerie et décida par ce mouvement le sort de cette sanglante journée si funeste aux armées françaises. Un vieillard que je rencontrai sur une ancienne route qui traverse le bois, et qu'on appelle encore la chaussée de Brunehauty répondit à mes questions sur ces localités d'une manière aussi précise que s'il eût été témoin de l'action ; « sans doute, » me dit-il, « j'y étais; j'ac- « Compagnais mon père, le meunier qui servit « de guide au prince \ j'étais alors ( 1 1 septem- (c bre 1709) âgé de i4 ans et je n'ai rien oublié « de tout ce que j'ai vu. » Il me rendit en effet un compte fidèle des combats livrés sur différents points, et ses indications se trouvaient parfaitement d'accord avec la relation de Feuquières, a Voilà, me disait-il, le sentier que nous sui^- « mes en partant du moulin ; voyez cette petite « chapelle encore criblée de balles : c'était là le tt milieu et le plus fort de la bataille. Plus loiq « vers la droite vous verrez encore les grosses w haies derrière lesquelles périrent tant de HoU
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« landais. » — N'est-il pas extraordinaire que je puisse aujourd'hui , d'après le récit d'un témoin oculaire 9 parler d'une bataille livrée depuis cent vingt ans ?
Peu de temps après , le marquis de Castries, qui avait le commandement supérieur de la Flandre française, et qui, gouverneur de Montpellier, connaissait et protégeait ma famille, passant en revue le régiment de Médoc, m'accueillit et m'encouragea. Je lui présentai un essai sur les reconnaissances de terrain ; il m'appela à son quartier général à Lille, où venait de se former la grande école de théorie pour le^ nouvelles manœuvres proposées par le major Pirsch. On s'occupait enfin de fixer les principes de notre excellente ordonnance d'infanterie d'après celle des armées prussiennes, qu'on avait jusque-là ou mal conçue ou trop servilement et diversement imitée. On s'appropria ces méthodes simples applicables à toute espèce de formation pour rompre et rétablir l'ordre de bataille, selon le besoin. On régla, on limita l'école du peloton pour la manœuvre du bataillon et l'école du bataillon pour les manœuvres de ligne; on prescrivit surtout et l'on obtint promptement de l'intelligence française, l'uniformité de commandement pour les détails et pour l'ensemble. Ces principes, une fois acquis et pour ainsi dire
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implantés dans l'instruction de Tinfanterie française et ensuite appliqués à celle de la cavalerie avec les modifications exigées par la différence des armes 9 ne se sont jamais perdus. Ils ont résisté à l'exagération , à l'esprit de système et de préférence pour tel ou tel ordre de bataille; leur excellence a été prouvée par l'expérience à la guerre dans toutes les suppositions possibles ; et comme la négligence de l'instruction de détail à laquelle on a souvent été forcé n'a jamais fait oublier ni même affaibli ces principes, les per* fectionnements essayés, introduits pendant les loisirs de la paix par une instruction plus éclairée et plus soignée , n'ont point altéré la solidité du fonds.
Le marquis de Castries voulut bien m'interroger sur le genre de mes études. Il me donna lui-même une sorte de problème à résoudre dans une instruction pour une reconnaissance relative à un investissement de la place de Yalenciennes. U meprésentaet merecommandaparticulièrement au comte de Puységur, lieutenant général, l'un des meilleurs inspecteurs d'infanterie , qui ne tarda pas à m'attacher à lui , comme son aide de camp, et m'honora constamment d'un intérêt tout paternel. Je dus à ses sages conseils , même à sa sévérité , de ne pas me laisser distraire de mes études militaires , et entraîner par un goût trop
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vif pour la littérature et les plaisirs de la société. Mon excellent protecteur ne jugea point à propos de me détacher de mon régiment; — c'était là^ me disait-il, qu'étaient mon premier devoir, mon occupation la plus utile et le fond du métier. Quand je l'avais accompagné dans les inspections et que j'avais séjourné quelque temps dans sa famille, il me renvoyait à ma garnison.
Vers la fin de l'année 1776, le régiment de Médoc quitta Valenciennes pour occuper la place du Quesnoy, ce qui m'éloignait très^^peu de la résidence la plus habituelle de mon général , au château de Raysmes , chez son beau-père le marquis de Cemay. Le système militaire de M. de Saint-Germain s'établissait alors et occupait toute l'armée. J'écrivis des observations sur les nouvelles ordonnances. Mon colonel me permit d'essayer, dans un simulacre d'attaque de poste, un tracé de retranchements que j'avais proposé dans mon mémoire sur l'investissement de Valenciennes.
récrivis aussi , pendant mon séjour au Quesnoy, une table analytique de tous les objets à considérer dans les reconnaissances de terrain relatives aux différentes opérations de guerre : c'était un résumé des notes que j'avais faites pendant mes lectures, ayant toujours en vue cet objet principal.
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En 1 777 , le régiment ayant été mis en marche pour Calais, je fus rappelé à Dunkerque par le comte de Puységur. Il commandait dans cette partie de la Flandre, et avait été chargé d'une mission particulière. L'insurrection des colonies anglaises de l'Amérique septentrionale avait éclaté depuis 1775 ^ Le gouvernement français qui, depuis la paix de 1 763 et la perte de la belle colonie du Canada, supportait impatiemment les conditions humiliantes qu'il avait été forcé d accepter , après une guerre aussi malheureuse que mal conduite, voyait avec une secrète joie les florissantes colonies de l'Angleterre prêtes à s'émanciper ; il souhaitait leurs succès et favorisait leurs efforts. Ses secours, non encore avoués, avaient excité les plus vives réclamations de la part de l'Angleterre. Louis XVI, dès son avènement au trône, avait donné tous ses soins au rétablissement de la marine; on préparaît de grands armements dans les arsenaux de Brest et de Toulon. Des officiers français, dont une longue paix excitait l'ardeur impatiente , passaient en Amérique ; ils étaient accueillis dans les rangs des insurgés. Le jeune marquis de la Fayette avait donné , des premiers, l'exemple du plus généreux dévoue-
■ Lire les mémoires de M. de Ségur et I^istoire de la guerre américaine.
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ment à la cause de l'indépendance américaine aussitôt qu'elle avait été proclamée. Il avait armé un bâtiment de guerre à ses frais et s'était rendu comme volontaire à l'armée du général Washington, sinon avec l'autorisation , du moins avec l'approbation du roi et de ses ministres , qui n'avaient pu ignorer une démarche si éclatante. M. le maréchal de Castries me fit proposer d'accompagner M. de la Fayette avec quelques autres officiers; j'acceptai avec empressement , mais c'était déjà trop tard. Le gouvernement , qui avait encore intérêt à dissimuler ses secours , arrêta pour quelque temps cette espèce d'émigration.
La guerre entre les deux puissances maritimes rivales était imminente , et cependant les apprêts étaient encore couverts d'un voile mystérieux. Un train d'artillerie de campagne, destiné aux insurgés, avait été préparé à l'arsenal de Douay et devait traverser Dunkerque pour être embarqué à Ostende. On sait qu'il y avait alors à Dunkerque un commissaire anglais chargé de veiller à ce que les ouvrages d'art et les défenses maritimes de ce port , détruits par l'article le plus honteux du traité de 1 763 , ne fussent point rétablis. Il avait fallu , il fallait encore dévorer cet affront et dérober à M. Frazer, ingénieur et commissaire* anglais, le passage et l'expédition de cette artillerie.