ARRIVEE A TOULON
neval espérait pouvoir passer par le détroit de Messine ; je préférais aussi la belle navigation le long des côtes d'Italie à celle du canal de Malte , rarement agréable dans cette saison. Les vents tinrent au nord et nous obligèrent à passer au sud du cap Passero ; nous étions le lendemain en vue de Malte. Les vents fraîchirent , et comme notre grand mât était fort avarié, nous fumes contraints, après deux jours de tourmente, de relâcher à la côte d'Afrique. Ayant remis à la voile, nous mouillâmes le 6 août 1764 devant le lazaret du port de Toulon.
Nous ne redoutions pas les ennuis de la quarantaine , qui fut fixée à vingt*cinq jours. Comme nous avions profité de nos divers séjours pour mettre en ordre les matériaux que nous avions recueillis, nous employâmes tout ce temps à ré* diger une relation commune, nautique et topographique, à laquelle se rattachaient les détails les plus circonstanciés sur chacun des points que nous avions visités. J'avais déjà préparé la mise au net d'environ cinquante cartes ou plans qui devaient former l'atlas à joindre à nos mémoires. Aidé par mon secrétaire Bemizet, je parvins à achever ce travail avant l'expiration de la quarantaine. Mon collègue dirigeait et corrigeait la transcription des mémoires avec une égale diligence. Les longs jours de cette saison nous
RETOUR JL PARIS. SgS
semblaient trop courts , et nous etimes, avant de rentrer à Toulon , et de nous séparer momentanément ^ la satisfaction de voir cet ouvrage ter* miné, et prêt à être présenté au ministre M. le maréchal de Castries, qui nous donna l'ordre de nous rendre auprès de lui.
J'allai passer quelques jours à Montpellier chez mon père, et j'y fus très-heureux de la satisfaction qu'éprouvait ma famille de mon avancement, du succès de mes travaux et des témoignages de confiance que je recevais du gouvernement. Le comte de Bonneval m'avait devancé à Paris ; nous fumes l'un et l'autre fort bien accueillis par les ministres , M. le maréchal de Castries et M. le maréchal de Ségur, et nous obtînmes, l'un et l'autre, de la munificence royale une pension de deux mille francs sur les fonds de la marine. .Le comte de Bonneval fut nommé major général à l'arsenal de Toulon, et l'on me fit espérer que je ne tarderais pas à être promu au grade de colonel. Je reçus avec reconnaissance ces encouragements, et je fus surtout flatté de l'approbation que donnèrent au résultat de nos travaux MM. de Fleurieu et de Borda qui avaient été chargés de dresser nos instructions. Le ministre m'ordonna de faire faire sous mes yeux une copie de nos volumineux mémoires, ainsi que de l'atlas qui y était joint, et dont j'ai déjà parlé.