RETOUR A PARIS
qu'à distribuer les secours en argent dont le marquis de Lambert était autorisé à disposer ; nous revînmes par Harlem et la Haye, et, avant de rejoindre le comte de Saint-Priest, nous apprîmes la capitulation d'Amsterdam. Les chefs du parti siimpolitiquement, si honteusement abandonné, vinrent chercher un asile en France, pendant que les Prussiens achevaient de rétablir la maison d'Orange, et que l'Angleterre triomphait sans avoir combattu.
L'archevêque de Sens , déjà engagé dans les difficultés de finances qui provoquèrent la résistance des parlements et la première explosion de l'opinion publique , feignait encore de protéger le parti patriote en Hollande , et prêtait l'oreille aux propositions qui lui étaient faites pour le relever avec éclat. Dans cette vue, et pour donner quelque substance à de vagues projets , on décida qu'il serait formé des camps d'exercice à Metz et à Saint-Omer.
J'avais repris sous les ordres du chevalier de la Luzerne , qui avait remplacé le maréchal de Castries au ministère de la marine /le travail de rédaction des ordonnances des colonies; je continuais aussi d'être employé à des reconnaissances et des missions particulières par le conseil de la guerre. Le marquis de I^ambert et le comte de Saint-Priest me chargèrent de rédiger secrète-
PLAN d'invasion £N HOLLANDE. ^^1
ment , de concert avec M. Paulus , un plan d'invasion en Hollande. La plus grande partie du mémoire, dont j'ai conservé la minute, fut écrite d'après les indications et presque sous la dictée de M. Paulus, vers le mois de mai 1788. Ce projet était divisé en quatre articles :
Article premier.
Raisons politiques d'entreprendre une expédition contre la Hollande; dispositions générales qui peuvent y être relatives.
Art. II.
Point de rassemblement des troupes qui doivent être employées à cette expédition.
Art. m.
Marche de l'armée par les Pays-Bas autrichiens.
Art. IV.
Plan d'opérations.
A ce mémoire étaient joints 1 ® une description topographique de la frontière de Hollande, depuis Grave et Nimègue jusqu'à Gertruidenberg et Breda, ainsi que du cours de la Meuse, du Wal et du Leck ; 2® un détail des moyens par lesquels on pouvait couvrir les préparatifs, et
4^2 PLAV p'f EVASION EN HOIXAirpi.
ea dérober le secret jusqu'au moment de l'esEécutioQ.
On partait de cette base convenue, qu'une ligue de» puissances du Nord contre la France était résolue; que l'Angleterre araiait , et ne lais* serait pas échapper l'occasion d'engager la France dans une guerre continentale ; que plus tard la Hollande deviendrait le centre et le foyer de la ligue; que l'Angleterre irait y doubler ses forces de mer dans ses chantiers, et former ses magasins dans ses places ; et qu'il convenait k la France de prévenir un orage qu'on ne pourrait dissiper par la voie des négociations.
La situation des affaires dans l'intérieur, loin d'être un obstacle au développement de nos forces , était un motif de plus pour relever notre considération au dehors et la réputation de nos armes. Cette guerre n'était pas moins populaire que l'avait été celle de l'indépendance américaine. Elle était ardemment désirée par l'armée, dont elle aurait retrempé le moral et raffermi la discipline. Enfin, pendant la tenue des états généraux, elle ne pouvait qu'affermir l'autorité royale, étemdre des ferments de discorde, en partageant l'attention et l'intérêt public entre les affaires du dedans et celles du dehors.
On voit par la division des objets traités dans ce mémoire, dont il me suffit d'avoir exprimé la
CâMP D£ saint*omer. 4^3
substance , qu'il serait superflu d'en rappeler les détails y puisqu'ils 'eurent à peine un commencement d'exécution. On rassembla des troupes aux camps de Metz et de Saint-Omer, mais il n'y eut aucune intention sérieuse d'intervenir à main armée dans les affaires de Hollande. On laissa la Prusse et l'Angleterre consolider leur alliance, ménager les intérêts de l'Autriche dans les Pays- Bas, et observer de concert les événements intérieurs que devait faire pressentir l'agitation des esprits en France.
Je fus employé, comme premier aide maréchal des logis, au camp de Saint-Omer, où commandait en chef M. le prince de Condé; ce camp était formé d'environ vingt mille hommes d'infanterie et de quatre mille de cavalerie. J'y fus extrêmement occupé de divers détails de service, de projets de grandes manœuvres et d'application au terrain. On remarqua dans ce rassemblement la bonne tenue et le haut point d'instruction des troupes ; mais on put observer aussi le relâchement de la discipline, principalement parmi les officiers , la plupart mécontents- des changements fréquents, ennuyés de la vie de garnison, dégoûtés par la lenteur de l'avancement et l'éloignement des emplois supérieurs, presque exclusivement réservés à la noblesse de de la cour. Le brave prince de Condé s'y montra
4^4 RA.PPORTEUR DU COTXSPAh D£ LA GUERRE.
comme le père du soldat , juste , bon, accessible et digne de l'affection qu'il inspirait.
Après la levée du camp je revins à Paris ^ où je repris y avec M. de Lambert , mes occupations ordinaires. L'archevêque de Sens avait quitté le ministère y et le comte de Puységur avait remplacé le comte de Brienne au département de la guerre. Il m'appela auprès de lui^ et M. de Guiberty qui avait éprouvé quelques désagréments à l'assemblée de la noblesse de son bailliage, ayant donné sa démission de la place de rapporteur au conseil de la guerre , je fus nommé pour le remplacer, et tenir la plume du conseil. On y poursuivit la discussion et le travail de rédaction des ordonnances d'organisation de service et de manœuvres des différentes armes. Je m'attachai 9 dans plusieurs mémoires qui furent approuvés par le ministre, à donner plus d'ensemble et d'unité au système d'administration de la guerre , qui avait été trop ramifié ; ce travail fut fait avec M. Gau, commissaire des guerres et depuis conseiller d'État.
La position dans laquelle je me trouvais alors avait, sous tous les rapports, dépassé mes espérances. Doublement heureux de la devoir à mon excellent patron, je ne formais d'autre vœu, je n'avais d'autre ambition que de justifier ses bontés par mon zèle et mon travail assidu. J'étais