RAPPORTEUR DU CONSEIL DE LA GUERRE. ^^S
satisfait des relations honorables que me donnait ma place , je n'étais pas atteint par les traits de l'envie. Non moins heureux dans l'intérieur de ma famille, que madame Dumas venait d'augmenter d'une seconde fille , tout me souriait; je partageais avec d'honorables amis, mes anciens compagnons d'armes , de» espérances d'un meilleur ordre de choses dans l'administration des affaires publiques. La prochaine réunion des états généraux semblait faire renaître la France à la vie des lois; je prenais un vif et sincère intérêt aux discussions dont ce grand événement était le sujet. Je me félicitais d'être placé de manière à jouir pleinement de ce grand spectacle et de voir sceller l'alliance de l'autorité du prince et de la liberté de la nation : principatum et li" bertatem. Ce fut le meilleur temps de ma vie.
I^a fermentation des esprits et les coups déjà portés aux bases des anciennes institutions pouvaient, à la vérité, faire pressentir un ébranlement général. Les puissants effets de l'opinion publique, accélérés par la liberté de la presse et l'usage intempestif qu'on avait fait de l'autorité arbitraire, avaient détruit le prestige, usé les vieux ressorts du gouvernement. L'horizon se chargeait d'orages, et cependant la sécurité des citoyens de tous les ordres n'était point troublée. Lorsque je me représente encore aujour-
d'hui l'état de la société à l'époque de la réunion des états généraux, je ne me souviens point d'y avoir aperçu ni défiance, ni terreur de l'avenir. Jamais peut-être le reproche de légèreté et de témérité adressé dans tous les temps au caractère français, ne fut plus mérité. On parlait de l'établissement d'une nouvelle constitution de l'État , comme d'une œuvre facile, comme d'un événement naturel. Dans l'ivresse de ces jours de fête et d'espérance, nos regards s'arrêtaient à peine sur les obstacles qu'il fallait surmonter avant de poser les premiers fondements de la liberté , avant de consacrer les principes que repoussaient l'esprit de la cour, les ordres privilégiés , les grandes corporations , les vieilles coutumes. Mais je ne dois point oublier qu'en dictant ces mémoires, je n'ai point entrepris d'écrire l'histoire de mon temps. Assez de matériaux sont déjà préparés ou plutôt amoncelés. Des écrivains distingués ont déjà exploité cette mine féconde ; ils ont comparé les faits d'une authenticité généralement reconnue avec les relations et les dépositions des hommes de divers partis, de di* verses opinions, témoins ou acteurs de ce drame terrible; ils ont même devancé , présumé les jugements de la postérité. Sincère selon ses pro* près lumières, selon ses vues politiques, selon ses affections, chacun de ces écrivains de l'hi^
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toire de notre révolution , faisant profession d'impartialité^ a prononcé son arrêt d'une manière positive, tant sur les causes générales et particulières que sur les effets inévitables des divers événements. Je n'imiterai point cette audace, et, me bornant à rapporter ce que je suis certain d'avoir vu et entendu dans la position où je me trouvais placé, je dirai (je le répète) : J'étais là y telle chose m' advint.