PREMIERS TROUBLES
l'assemblée nationale. Lorsque Necker fut renvoyé du ministère , et que le comte de Puységur et le comte de Saint-Priest , qui partageaient ses opinions, durent se retirer, le conseil de la guerre fut d'abord suspendu, et, bientôt après, supprimé. Je fus gratifié à cette époque d'une pension de retraite; aucun des membres de ce conseil ne fut employé par le maréchal de Broglie, entre les mains duquel furent remises les affaires de la guerre. J'accompagnai à Paris le comte de Puységur, et je retournai à Versailles pour mettre en ordre les papiers du conseil qui m^avaient été confiés. J'assistai aux mémorables séances de l'assemblée nationale pendant* l'explosion des troubles de Paris; j'entendis les discours de Mirabeau, et sa fameuse adressé au roi pour le renvoi des troupes; je me réunis à mes amis, MM. de Lameth, dont la famille était fort alarmée à cause des actes de violence dont ils étaient personnellement menacés. J'eus occasion de m'entretenir avec Barnave, Duport, le général de la Fayette et d'autres membres de la minorité de la noblesse, sur la situation critique des affaires; à mes yeux la guerre civile était imminente, et je crois encore aujourd'hui que la bonté de Louis XVI, et son amour sincère pour son peuple, empêchèrent seuls qu'elle n'éclatât. Je rentrai chez moi, à Paris, le 1 3 juillet, avec le
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marquis de I^mbert. Son hôtel était ao faubourg Samt-<]rermaiii ; j'étais logé dans la maison de mon beau-père, rue Thérenot; nous nous séparâmes à la place Louis XY. L'aspect de Paris était sombre et triste: les événements delà reille, l'inutile et maladroit essai de la force, les charges de cavalerie contre la foule inofïensive^ dans le jardin des Tuileries et sur les boulevards , avaient indigné et affligé tons les honnêtes citoyens. Un grand nombre de vagabonds étrangers à la ville de Paris, et qui s'y étaient jetés depuis le commencement des troubles, parcouraient les divers quartiers^ se grossissaient des ouvriers qui désertaient leurs ateliers. Ils s'étaient emparés, çàetlà, de toutes sortes d'armes; ils poussaient des cris de révolte : les habitants paisibles fuyaient à l'approche de ces groupes; toutes les maisons se fermaient, et partout où ne se rencontraient point ces hordes de frénétiques , les rues semUaient désertes et inhabitées. Lorsque j'arrivai diez moi, dans le quartier Saint-Denis, l'un de» plus populeux de P^s, plusieurs de ces brigands y répandaient l'épouvante ^n tirant des coups de fusil en l'air.
On sait que les scènes de désordre qui eurent lieu au Palais-Royal^ au faubourg Sain t-Antoine^ etc., inspirèrent aux habitants une juste et salutaire terreur, réveillèrent leur sollicitude^ cdfle
PREMIERS TROUBLE». [^'il
des magistrats et de rassemblée des électeurs , et donnèrent lieu à la formation spontanée de la milice bourgeoise. J'allai rejoindre ma famille, qui s'était réfugiée rue des Vieilles Âudriettes, au Marais , chez mon ami le général Paris.
Le lendemain y 14 juillet , je montai à cheval vers sept heures du matin j pour me rendre chez le marquis de Lambert, rue Saint -Guillaume, faubourg Saint-^Germain. Je fus arrêté sur le Pont- Neuf, «1 face de la statue de Henri IV, à l'épée duquel on avait attaché la nouvelle cocarde na< tionale aux. trois couleurs. Un groupe de femmes établies devant le piédestal vendaient de ces cocardes et obligeaient tous les passants à s'en décorer. £n arrivant chez le marquis de Lambert , j'appris qu'il était à l'hôtel du baron de Bezenval, commandant les troupes campées au Champ de Mars ; je m'y rendis sur-le-champ et je fus témoin de l'anxiété et de l'irrésolution des généraux et des officiers supérieurs qui s'y trouvaient rassemblés. M. le duc Duchâtelet, commandant les gardes françaises y s'y trouvait avec quelques officiers de son régiment. On venait, je crois, de recevoir de Versailles l'ordre de lever le camp. On annonçait qu'un grand attroupement allait se porter sur l'hôtel des Invalides. Le quartier général se dispersait. Mon camarade Berthier, qui remplissait les fonctions de chef d'état-major, était