MEMOIRE AU ROI
Septembre 1789.
Sire,
(c Appelé par Votre Majesté à l'administration <c du département de la guerre dans la circons- « tance la plus difficile , mon premier soin a été « d'examiner attentivement cette partie imporc< tante de la force publique, uniquement destinée « à la défense de l'État dont Votre Majesté est (c spécialement chargée. Je me suis pénétré des <c principes et des sentiments qui dirigent Votre « Majesté , et doivent lui faire rechercher, dans a la constitution même du royaume , dont l'as-
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«et des soldats 9 déjà garanti par le serment , (c prenne sa source dans un sentiment de frater- « nitéy et qu'ils cessent d'être étrangers au sein ce de la France,. Vos intentions patriotiques, Sire, ne « sauraient être trop publiées , et je dojs répéter <r à Votre Majesté, que puisqu'elle est convaincue « que les principes de la constitution militaire « doivent être pris dans la constitution générale, a il: est important que sa résolution à cet égard <£ soit incessamment connue, et qu'elle ordonne « à son ministre de soumettre à l'assemblée na- « tionale le plan ci-après :
Projet de constitution pour F armée française.
Ce plan était divisé en divers titres, dont les trois principaux étaient ainsi dénommés : Constitution de r armée; composition de t armée; organisation et répartition des armées.
Sous le titre de : Constitution de F armée y on avait indiqué les moyens : i** de recrutement par la voie du sort dans les bataillons de milice considérés comme dépôt et comme réserve; 1^ les écoles militaires spécialement et exclusivement destinées à fournir des officiers; 3° les règles d'avancement.
Sous le titre de : Compçsition de F armée y se trouvait la formation des différentes armes et leur force respective, conformément aux derniè-
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res ordonnances rédigées par le conseil de la guerre.
Sous le titre de : Organisation et répartition des armées j on établissait d'une manière relative au plan général de défense du royaume quatre armées actives, permanentes, et complètement organisées sous tous les rapports , savoir : V armée de Flandre^ V armée d Alsace y V armée des Alpes et de la Méditerranée , V armée des Pyrénées et de V Océan. La répartition du nombre de bataillons et d'escadrons ; celle des armes spéciales; l'emplacement des arsenaux, des équipages de toute espèce, des magasins d'approvisionnements et d'effets, étaient fixés selon la nature du pays , relativement aux différents fronts de frontières; on admettait seulement la mobilité des divisions dans les armées et d'une armée à l'autre; on donnait au commandant en chef de chaque armée les mêmes pouvoirs, la même latitude qu'il aurait eus en campagne.
Ce plan général de constitutiony de composition et d^ organisation des forces militaires de la France était à peu près le même que celui qui avait été précédemment proposé et discuté dans l'ancien conseil de la guerre, et qu'on avait morcelé par l'établissement des divisions territoriales; c'est aussi le même qu'ont depuis adopté d'autres grandes puissances, telles que la Prusse et la
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Russie ; enfin c*est celui qui convient Iç plus à la France, parce qu'il offre des avantages qui V§Wportent de beaucoup sur les inconvénients qu'on a fait remarquer pour différer son exécution ; il se combine aussi mieux qu'aucun autre avec le système économique des réserves, et surtout avec celui d'une bonne organisation 4es gardes natioi^ales.
Retenu par ces occupations, je ne quittai presque point Versailles pendant tout le mois de septembre; je logeais au petit hôtel d^ la Guerre, rue de l'Orangerie, dans l'appartement qu'avait occupé mon prédécesseur, le comte de Guibert. Je partageais l'anxiété que causaient £| m^s amis les intrigues qui se tramaient au château, et la fermentation qu'une aveugle présomption et de criminelles folies ne pouvaient manquer d'exciter au sein de la capitale. D'un et d'autre côté, les agitateurs voulaient une crise ; ceux de 1^ cour la rendirent inévitable. Je me trouvai d£(qs une loge au fameux repas donné par le$ gardes du corps, le i*"" octobre, dans la grande sallç des spectacles de la cour, et je fus profondém^t attristé de ces provocations insensées. J'avais vu de trop près les mouvepients révolutionnaires dq piois de juillet, pour qu'i( me fut permis dç dppter des conséquences prochaines de ce vf^in essai de contre-révolution. Un tel éclat devait enflammer
au plus haut degré les fureurs populaires, les justifier y si jamais elles pouvaient l'être, diviser ou paralyser l'influence de l'assemblée nationale et la force publique qui pouvaient leur être opposées : c est ce qui arriva peu de 'jours après.
Entre toutes les relations des événements des 5 et 6 octobre 1789, publiées par les écrivains des deux partis , celle de l'abbé de Montgaillard m'a paru, à beaucoup d'égards, l'une des plus véridiques ; je vais à mon tour déposer ici, comme témoin oculaire , la déclaration que j'aurais faite dans ma conscience et sur mon honneur devant le tribunal, si j'y avais été appelé : ce témoignage, à bien dire, n'est que le journ£^ de ce que j'ai vu par moi-même pendant les vingt-quatre heures du 5 au 6 octobre , rien de moins , rien de plus.
Le 5 , vers onze heures du matin , je me rendis avec le comte de Gouvernet, à l'assemblée nationale; la séance n'était point encore ouverte : pendant t{ue nous causions dans la galerie autour de l'amphithéâtre, avec quelques membres de nos amis, Mirabeau arriva, et dit, en passant près de nous : a II y a grand mouvement à Paris; a ils veulent tous marcher sur Versailles. » D'ai^tres membres de rassemblée répandirent en même temps \s{ même nouvelle. On en 'raisonnait dir versement. Nous retournâmes , M. de Gouvernet et moi , chez son père , le ministre de la guerre ^
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pour rinformer de ce qui se passait; j'allai aussi chez le comte de Saint-Priest y qui était déjà instruit de ce mouvement. Nous reçûmes d'heure en heure des avis de plus en plus alarmants. Déjà un attroupement de femmes , venues de Paris, conduites par un nommé Maillard , s'était présenté à la barre de l'assemblée. L'insolence de ce misérable frénétique , les vociférations de cette espèce d'avaut-garde de la grande émeute , annonçaient les plus sinistres desseins; la tourbe grossissait dans l'avenue de Paris. La garde nationale de Versailles se rassembla sur la place d'armes 9 devant le château; elle se mit en bataille j la gauche appuyée à la grille , la droite se prolongeant dans l'avenue de Sceaux.
Vers les cinq heures , on apprit que le roi , qui chassait dans les bois de Meudon, était rentré au château 9 et que l'assemblée nationale, avant de lever la séance, avait envoyé une députation auprès de Sa Majesté ; la grille du château avait été fermée; M. d'Estaing, commandant de la garde nationale de Versailles , la fit ouvrir pour introduire^ la députation. Le roi permit aussi qu'on laissât entrer quelques-unes des femmes qui avaient accompagné Maillard à l'assemblée. Je me promenais dans la grande cour ^ je vis arriver les gardes du corps qui se mirent en bataille en dehors de la grille faisant face à l'ave-
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nue de Paris; peu d'instants après ^ le régiment de Flandre se forma en ligne , appuyant sa droite à la grille et sa gauche se prolongeant vers l'avenue de Saint-Cloudy faisant face à la garde nationale de Versailles. A six heures, le ministre de la guerre y accompagné seulement de son fils et de moi y se fit ouvrir la grille et alla se placer à la tête du régiment de Flandre. La foule couvrait toute la place, où cependant on pouvait encore circuler librement. Tous les regards étaient fixés sur la grande avenue; on annonçait la prochaine arrivée de M. de la Fayette avec la garde nationale de Paris. Je rencontrai sur le front du régiment de Flandre plusieurs membres de l'assemblée, entre autres Mirabeau, qui ne s'y arrêta qu'un instant. La nuit s'approchait , lorsque nous distinguâmes quelque désordre à la gauche de la garde nationale qui touchait à la droite des gardes du corps. Plusieurs coups de fusil partirent de ce côté, et l'on vint nous dire qu'un officier des gardes du corps, M. de Savonnière, venait d'être grièvement blessé. Immédiatement après cet événement , je vis M. le comte d'Estaing à cheval passer rapidement devant le front des gardes du corps, de la droite à la gauche, suivi par une troupe d'hommes et de femmes qui cherchaient à l'atteindre. Il traversa tout près de nous la compagnie des grenadiers du régiment
de Flandre, et rentra au château par la grille de la chapelle. Les gardes du corps furent repliés et se formèrent dans la grande cour, en deçà de la grille. Le régiment de Flandre reçut l'ordre de retourner dans ses quartiers, et je rentrai au pavillon du ministre de la guerre avec M. de la Tour du Pin et son fils.
Cependant le tumulte allait croissant sur la place d'armes : M. de la Tour du Pin se rendit chez le roi ainsi que les autres ministres; je restai à rOEil-de-bœuf , qui était rempli de personnes attachées à la cour , de militaires et de députés. Toutes les figures exprimaient la plus vive anxiété , on se parlait tout bas; enfin, veris les onze heures du soir, on vint annoncer que la tête de la colonne de la garde nationale parisienne était déjà sur la place d'armes, f^e roi ordonna qu'on laissât entrer M. de la Fayette; je descendis alors avec le comte de Gouvernet pour allef à sa rencontre. Nous traversâmes la grande cour des Ministres ; on en avait retiré les gardes du cbrps, et on les avait placés, nous dit-on, sur les terrasses du coté du jardin. En arrivant à la porte de la grille encore fermée, nous vîmes M. de la Fayette, entouré de son état-major et d'un grand nombre de grenadiers de la garde nationale, qui s'opposaient à ce qu'il entrât dans le château, à moins qu'il ne leur fut permis de l'ac-
çompagner. Ce débat dura plus d'une demiheure; le général rassurait se6 dtnis> U leur disait qu'il y allait de Thoncieur de la garde nationale de donner au roi cette pr^ive dé son' dévouement et de sa confiance; qu'il allait , eti leur nom, porter des paroles de paix et de sécurité; qu'il n'avait consenti à marcher à leur tète dans une telle circonstance que dans cette conviction; que, loin de l'empêcher, ils l'aideraient à remplir tous ses devoirs de citoyen et de sujet fidèle. D'un autre côté, M. de Gouvernet et moi surtout y plus connu de la plupart d'entre eux, nous secondions les efforts du général par de plus pressantes assurances; enfin, quand M. de la Fayette eut persuadé ses compagnons et reçu leur parole, la porte fut entr'ouverte , et quand elle fut aussitôt refermée^ tous lui tendaient les mains à travers la grille et retenaient les siennes. Ce ne fut pas sans peine que nous l'en arrachâmes. Il était si excédé de fatigue que nous le portâmes presque dans les appartements. Deux commissaires de la commune de Paris, délégués pour accompagner le général, obtinrent d'entrer avec lui, et le roi permit qu'ils fussent introduits jusque dans la salle du conseil.
Comme nous traversions l'OËil-de-bœuf , où régnait un morne silence , au moment de passer dans la chambre du lever , un chevalier de Saint-
Louis d'une haute stature dit , en élevant la voix : Voilà CromweL La Fayette s'arrêta , et , fixant cet individu y répondit avec cdme et dignité : Une serait pas seul ici. Nous raccompagnâmes jusqu'à la porte du cabinet du roi , et nous attendîmes dans la chambre du conseil , avec d'autres personnes du service intérieur, la fin de cette mémorable audience.
On sait ( et c'est un fait très-important qu'aucun historien contemporain n'a fait assez remarquer) que la garde du château ne fut point commise au général la Fayette ; que loin de faire céder les lois d'une vaine étiquette à la gravité des circonstances, et d'abandonner le commandement supérieur et l'ensemble des mesures à prendre à celui-là seul qui pouvait en garantir le succès, il lui fut seulement permis de faire occuper par la garde nationale parisienne les postes extérieurs du côté de la ville , que tenaient auparavant les gardes françaises. Le comte de Luxembourg, de service comme capitaine des gardes , conserva le commandement dans l'intérieur du château et sur les derrières du côté des jardins.
En sortant de chez le roi, M. de la Fayette demanda, devant moi, à M. de Luxembourg quelles précautions on avait prises du côté des jardins ; celui-ci répondit que les gardes du corps
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étaient chargés d'y veiller. Le général voulut s'en assurer lui-même, j'allai avec lui dans la galerie d'où nous vîmes la masse des gardes du corps rassemblée sur le tapis vert. En quittant le château , M. de la Fayette s'occupa avec le général Gouvion et les officiers de son état-major de la distribution des postes qui lui étaient confiés; il se rendit ensuite à l'assemblée nationale, ainsi que le rapportent toutes les relations.
Vers les trois heures du matin du 6 octobre j'accompagnai le général chez M. deMontmorin, ministre des affaires étrangères, et j'allai l'attendre à son logement à l'hôtel de Noailles. Certes il ne pouvait placer son quartier plus près du château, puisqu'il n'y a guère plus de cent pas de cet hôtel à la grille de la chapelle. M. de la Fayette rentra dans son petit appartement , au second , dans l'hôtel de Noailles, entre quatre et cinq heures. Gouvion lui fit le rapport de l'inspection des postes qu'il venait de faire; il lui dit que tous les accès du château étaient occupés, que tout était parfaitement tranquille, et que cette horde de femmes et de brigands, venus à Versailles avant ou en même temps que la garde nationale, était dispersée, errante ça et là. J'entrai dans la chambre du général ; il était exténué ; on lui apporta une soupe de sagou, pendant que nous nous entretenions des événements de cette
terrible journée et des mesures qu'il se proposait de prendre pour le maintien de Tordire dans la ville de Versailles. Loin de songer à se coucher, M. de la Fayette faisait rétablir sa coiffure par son valet de chambre; le jour commençait à poindre quand je le quittai pour aller moimême prendre quelques moments de repos. Ck)mme je sortais de la chambre, je trouvai le général Gouvion couché en travers de la porte, afin, me dit*il, d'être prêt à la première alerte. J'ai déjà dit que je logeais au petit hôtel de la Guerre, rue de l'Orangerie; il était grand jour quand je traversai d'une grille à l'autre la cour des Ministres ; j'aperçus le suisse du ministère de la guerre sur la porte du pavilloti ; j'allai à lui et lui demandai s'il savait ce qu'était devenu ce groupe de femmes qu'on avait laissé entrer la veille dans le château et sur lequel le général la Fayette m'avait témoigné quelque inquiétude. « Je vais vous les montrer, i> me dit le suisse, et en même temps il ouvrit la porte de la pièce qui précède la salle d'audience, et je vis les misérables créatures, couchées pêle-mêle dans un désordre horrible. Je rentrai chez moi, et je n'avais pas achevé de changer de vêtements, quand j'entendis de fortes détonations. Je me rhabillai , je remontai au château, et j'y fus témoin de la scène qui se passait dans la cour de Marbre.
Bientôt après j'aperçus sur le balcon^ au milieu de la famille royale , le général la Fayette que j'avais quitté depuis à peine une heure. Sa présence et les augustes paroles qu'il transmettait calmaient la fureur populaire; il annonça la résolution du roi de se rendre ce jour-là même k Paris, et d'y fixer sa résidence au château des Tuileries.
Vers le midi , après avoir vu le départ de la famille royale et les flots de la multitude s'écouler en la suivant, je quittai Versailles déjà désert , et prenant la route de Saitit-Cloud , j'atteignis l'hôtel de ville quelques instants avant l'arrivée du roi. Entouré des cent membres de l'assemblée nationale, députés pour l'accompagner, Louis XVI se rendit dans la grande salle, qui retentit des plus vives et des plus sincères acclamations. Dès que le silence fut rétabli^ il dit à M. Bailly d'une voix ferme : Je rei^iens avec confiance au milieu de mon peuple de Paris; et comme le maire répétait hautement ces augustes paroles, la reine élevant la voix : Répétez avec confiance , M. Bailly. Immédiatement après, le rpi et la famille royale se retirèrent aux Tuileries.
Voilà tout ce que j'ai vu, tout ce que j'ai su des événements des 5 et 6 octobre qui, à cause de la disposition des esprits^ ont eu tant d'influence sur le résultat des travaux de l'assemblée constituante. Dès ce jour, l'opposition aristocra-
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tique du haut clergé et de la majorité de la noblesse considéra le roi comme prisonnier , le trône comme renversé et vacant, tous les actes du pouvoir royal comme frappés de nullité, et la couronne de France comme déposée entre les mains et sous la protection des armes de l'étranger. D'un autre côté, un parti républicain, faction de niveleurs, d'abord insignifiante et méprisée, égarait l'esprit public et devenait de plus en plus redoutable aux amis d'une sage liberté sous le prétexte spécieux de combattre cette opposition et de rendre ses violences nécessaires à la défense des droits du peuple.
Placés entre ces deux factions, les vrais patriotes ne pouvaient réprimer les excès de l'une sans donner à l'autre trop d'avantage , et sans rester eux-mêmes désarmés. Telles furent à mes yeux,et, j'ose le dire, telles sont encore aujourd'hui les conséquences des journées des 5 et 6 octobre 1 789.
Les irréconciliables ennemis de la liberté, et plus particulièrement ceux de M. de la Fayette, ont fabriqué sur ces événements funestes toutes sortes de complots; et ne pouvant en ourdir la trame que sur des conjectures hasardées, ils ont assouvi leur vengeance et leur ressentiment en accablant le général d'une responsabilité qu'il n'avait pas encourue et dont on avait refusé de
le charger. Après avoir rejeté sa garantie, on ne pouvait le calomnier qu'en l'accusant de négligence; et l'on est parvenu à faire croire, à faire retentir jusqu'à la postérité un fait matériellement faux. Quarante ans après, nous avons entendu parler de son paisible sommeil pendant qu'on attentait aux jours des personnes royales. J'ai sincèrement exposé, j'ai démontré heure par heure l'emploi de tous les moments et tous les actes du général la Fayette depuis son arrivée à Versailles, dans la soirée du 5 octobre, jusqu^au plein du jour du 6; que ses calomniateurs prouvent donc où et quand il a pu se livrer au sommeil!
L'invasion d'une partie du château , l'attaque des gardes du corps , l'exécrable attentat commis dans les appartements de la reine par une horde de brigands ; tout cela n'a paru explicable que par un complot formé d'avance , et que les recherches les plus intéressées, les informations judiciaires les plus scrupuleuses, n'ont pu cependant découvrir. On veut toujours que les événements les plus mémorables , heureux ou funestes, aient eu des motifs profonds ou des causes mystérieuses , et l'on n'accorde point que des fautes trop ordinaires, de simples inadvertances, enfin le hasard lui-même, aient pu donner naissance à ces grands événements; cependant l'histoire en fait foi, et il faut le reconnaître quand on recher-
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che la vérité. Je citerai, à ce sujet, le fait qui m'a le plus éclair ci.
L'un des gardes du corps qui défendirent courageusement la porte de l'appartement de la reine, le même sans doute dont parle le marquis de Ferrières dans ses mémoires , Miomandre de Sainte-Marie , neveu du fameux professeur de physique et d'histoire naturelle, l'abbé Haiiy, avait été très^grièvement blessé à la tête; on avait quelque- temps désespéré de le sauver ; le général la Fayetfe, inforqié de sa prochaine guérison , alla lui rendrç visite : je l'accompagnai. Le général lui demanda s'il se rappelait ce qui s'était passé avant le moment où il fut attaqué, et comment les assassins avaient pu parvenir jusqu'à l'appartement de Sa MVIajesté. Cet officier nous dit qu à la pointe du jour tout était tranquille dans le jardin, qu'il s'était mis à la fenêtre don-* nant sur la terrasse du côté de l'orangerie, avec quelques-^uns deses camarades ; que bientôt après ils avaient aperçu plusieurs hommes mal vêtus, et armés de fusils,' qui regardaient les fenêtres du château, et se dirigeaient vers le passage qui est au pied de l'escalier de marbre; que ces mêmes hommes avaient fait signe à d'autres qui étaient plus loin de les suivre ; qu'un plus grand nombre, venant du côté des jardins, était accouru, et était monté par l'escalier de marbre si rapidement ,
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que ses çam^irades surpris avaient couru aux arme^y çt s'étaient npii^ en défense en se bat-ricad^nt ayec tout ce qui se trouvait sous leurs mains; que Ivii-méme avait à peine eu le temps d'entrer dans l'appartement de la reine pour avertir, en criant : Saui^ez la reine } et qu'enfin la porte ayant été enfoncée par ce$ misérables *, il avait été assailli et renversé d'un coup sur la tête. Ce témoignage nous parut confirmer ce que nous savions déjà, que la retraite des escadrons des gardes du corps ^ qui avaient passé une partie de la nuit dans les jardins , avait laissé libres et sans défense les différentes issues du côté de la ferme de la Ménagerie sur la route de Saint*Gyr; c'est là cependant que la vigilance était le plus nécessaire , et qu'elle éts^it le plus facile à un corps de cavalerie. Il avait été interdit au général la Fayette de faire aucune disposition de ce côté, tous les autres postes autour du château étant occupés par la garde pationale , et toute la ville étant parcouru^ par des patrouilles. Cette horde de scélérats, la même qui depuis les premiers troubles errait et parai^s£^it dans toutes les émeutes , saurait été di^persép et rejetée dans la cam'» pfigne. Eût-elle pu jamais pénétrer dans les jar-r dins , et s'y rallier, si les gardes du corps y étaient restés, et s'étaient éclairés mUitairement? Les plus fâcheux effets; des sinistres j(Mirnées