‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas] (volume 2)Chapitre 85 sur 96 · CONSÉQUENCES DES 5 ET 6 OCTOBRE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DES 5 ET 6 OCTOBRE

des 5 et 6 octobre furent les divisions et les dissentiments qui éclatèrent parmi les membres de la majorité de l'assemblée constituante : quelques-uns des plus illustres orateurs, et qui avaient pris le plus de part aux premières résolutions de cette assemblée, se retirèrent, et par cet abandon de leur poste semblèrent vouloir imprimer à leur propre ouvrage une sorte de flétrissure. D'autres se montrèrent trop sensibles aux reproches outrageants de l'opposition, et, affectant une modération intempestive , laissèrent planer d'odieux soupçons sur les hommes énergiques et purs avec lesquels ils auraient dû rester indissolublement unis. Il n'est que trop vrai , et c'est ce qu'on verra toujours en politique comme à la guerre, que, dans la bonne fortune, chacun revendi({ue la meilleure part du succès, et que, dans la mauvaise fortune, on ne veut s'en prendre qu'à un seul.

Je ne veux point rappeler ici les intrigues par lesquelles on essaya si souvent , et non sans succès, de semer la discorde; j'avais et j'ai jusqu'à ce jour conservé des amis dans l'une et l'autre section du parti patriote, et je fus quelquefois assez heureux pour servir de médiateur entre eux.

Ce fut dans ces circonstances orageuses que la garde nationale de Paris et son digne comman-

TRAVAUX 1>£ l' ASSEMBLÉS. 4^^

dàtit rendirent les plus éminents services au pays j en maintenant le bon ordre au milieu de Fagitation générale. C'était une tâche difficile. L'assemblée, se hâtant de poser les bases d'une nouvelle constitution y discutait alors les plus graves questions , celles qui touchaient aux intéréts^ les plus élevés, les plus nombreux, les plus compliqués : la répartition des impôts ^ F aliénation des biens ecclésiastiques y la réforme des parlementSy etc. On livrait chaque jour des combats à mort aux privilèges, aux abus, aux préjugés les plus profondément enracinés. L'attention pu* blique était si tendue, les passions étaient si puissamment excitées, que les agents de troubles, alors très-nombreux encore, ne manquaient ni d'occasions ni d'aliments pour enflammer les esprits. Le moindre accident causait une émeute dans cette immense population, devenue si mobile, et les misérables que Ton contenait ou que l'on disper* sait dans l'intérieur de la capitale, se jetaient au dehors et commettaient dans la campagne toutes, sortes de désordres. Le général la Fayette, qui avait constamment refusé d'accepter le commandement des gardes nationales des départements qui lui était offert de tous côtés, dut prendre, par ordre du roi, le commandement des environs de Paris, sur un rayon de vingt milles, afin d'y maintenir la police et la sécurité si nécessaires à L 3o

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l'approyisionnement de la capitale. En ma qualité de maréchal général des logis , je fus chargé d'organiser les moyens de surveillance à Textérieur, et d'expédier des ordres aux troupes de ligne et aux brigades de maréchaussée qui s'y trouvaient en cantonnement. Ces mesures eurent tout le succès qu'on pouvait en attendre.

J'étais occupé des nombreux détails de cette correspondance 9 et je suivais aussi , auprès du ministre de la guerre , le travail qui devait être soumis au comité militaire pour les nouvelles ordonnances relatives à l'organisation de l'armée ^ lorsque l'assemblée constituante ouvrit la discussion sur la délimitation des départements. Je fus consulté sur cet objet par Bureau de Pusy , membre de l'assemblée , chargé du rapport , l'un de nos plus habiles ingénieurs , et non moins distingué par ses vertus patriotiques que par ses talents. Aussitôt que la nouvelle démarcation fut décrétée, le roi nomma des commissaires pour organiser chaque département. Je fus choisi pour la formation de celui de Seine-et-Marne, et j'allai me réunir à Melun avec mes collègues, MM. Segrettier et du Tremblay. Cette grande opération , exécutée en même temps dans toutes les provinces du royaume, fut à la fois la plus forte épreuve et la sanction populaire la plus manifeste du nouveau régime introduit par la révolution

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