CAMP DE SAINT-MALO
vives discussions. Resserré dans sa position , d'après les distances calculées, il était presque enveloppé par de nombreuses colonnes , et le déploiement de celles qui l'avaient débordé devait terminer ce simulacre d'attaque à l'avantage du système de Mesnil-Durand ; mais le général Rochambeau ayant alors ordonné au général Lukner, qui commandait sa cavalerie (à peu près dix escadrons), de former un rideau en avant de sa ligne , exécuta sa retraite à la faveur de charges simulées de cette cavalerie , qui s'écoula rapidement par les intervalles de bataillons. Le ploiement en colonnes se fit avec tant de prestesse, la marche en retraite fut si rapide et en si bon ordre, qu'il eut le temps d'aller prendre une bonne position hors de portée, et telle que les colonnes convergentes sur la position qu'il avait quittée durent renoncer à le poursuivre.
Après la levée du camp, le régiment de Médoc fut envoyé à Lille , et peu de temps après sur la côte de Brest au commencement de l'année 1 779. Le projet et les préparatifs d'une descente en Angleterre devinrent plus sérieux. La flotte combinée espagnole et française fut réunie dans le port de Brest ; les ports de Sâint-Malô et du Havre furent destinés à l'embarquement des troupes, qui furent cantonnées dans les provinces de Normandie et de Bretagne. Le comte de Vaux,
^^ PRÉPARATIfS DE DESCENTE
nommé commandant en chef de TexpéditioD, établit son quartier général à Saint-Malo. Doiue bataillons de grenadiers et chasseurs tirés de différents régiments qui ne faisaient point partie de l'armée y furent réunis aux environs de Saint-» Malo sous le commandement du comte de Ro-^ chambeau. Ceux du régiment de Médoc furent compris dans cette élite qui devait former l'avant-' garde; je marchai donc avec eux. Le comte de Puységur , major général de cette armée , m'ap** pela auprès de lui^ et, sans discontinuer mon service comme lieutenant de chasseurs , je rem-« plis aussi près de mon général mes fonctions d'aide de camp avec son jeune frère , le chevalier, et son cousin le comte Maximede Puységur. }'étais employé trèfr<activement aux détails multiplies du service d'état-raajor pour tout ce qui était relatif aux préparatifs d'embarquement soit des troupesysoitdu matériel de l'artillerie et des munitions de bouche , ainsi qu'à la correspondance. La rédaction des tableaux d'embarquement et des diverses instructions , d'après les rapports des chefs des différentes armes , fut pour moi, sous un maître aussi habile, une occupation très** profitable. Je suivis assidûment les essais d'embarquement et de débarquement que le comte de Rochambeau faisait exécuter fréquemment à son corps d'avant-garde.
£N ANGLETERRE. d3
Vers la fin d'août, la grande flotte combinée, commandée par le comte d'Orvilliers , étant sortie de Brest au nombre de soixante vaisseaux de guerre, pour aller à la rencontre de la flotte anglaise, et la contraindre à abandonner les parages de la Manche, nous attendions avec impatience la frégate qui devait nous apporter l'ordre d'appareiller; mais notre attente fut trompée; les Anglais restèrent dans leur port; il n'y eut point d'engagement général. Les maladies ravageaient les équipages français et espagnols; et le comte d'Orvilliers, après une fatigante croisière, après une vaine démonstration de forces supérieures devant Plymouth , fut obligé de faire rentrer à Brest la flotte combinée. Les Espagnols, mécontents, ne tardèrent pas à s'en séparer, et firent voile pour Cadix. Ainsi se termina cette campagne dont les apprêts avaient coûté des sommes immenses. Le projet de descente en Angleterre fut abandonné.
Le comte de Puységur avait obtenu pour moi une commission de capitaine; j'allai le rejoindre en Flandre, et je revins avec lui à Paris au mois de janvier 1780.
2 4 GUERRE d'Amérique.