MISSION EN DALMATIE
de moins de dix lieues, presque toujours à travers les montagnes et dans la plus mauvaise saison. « Ce n'est pas ainsi, dit-il , qu'on exécute « un grand changement de front en présence de « l'ennemi ; vous les faites marcher comme des a chats. »
Aussitôt après la conclusion de la paix de Presbourg, je devais rentrer en France, et j'avais déjà dirigé mes équipages sur Paris, lorsque, la veille même du départ de l'empereur pour Munich, je reçus l'ordre d'aller enDalmatie pour faire la reconnaissance de cette province cédée à la France, et je fus aussi nommé commissaire pour prendre possession de celle des Bouches du Cataro. Je n'amenai avec moi que mon aide de camp Clermônt-Tonnerre , que j'avais chargé de lever le plan du champ de bataille d'Austerlitz, et qui, après s'en être acquitté avec autant de prestesse que d'intelligence, était venu me rejoindre à Vienne, où je dus laisser son camarade Dampierre qui était tombé malade.
Je partis de Vienne le i a janvier ; j'allai d'abord à Venise, conformément à mes instructions, pour me concerter avec le général Lauriston, aide de camp de l'empereur, chargé de prendre possession des États vénitiens. Je suivis la route de Clagenfurth, et je descendis en Italie par la Ponteba. J'arrivai à Venise le 17 janvier 1806,
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où le général Lauriston , qui m'avait précédé de quelques jours, avait pris le commandement qui lui fut remis par le général autrichien comte de Bellegarde, à la grande satisfaction des Vénitiens, qui détestaient la domination autrichienne. Nous reçûmes un éclatant témoignage des bonnes dispositions du peuple vénitien pour les Français. Le comte de Bellegarde avait prohibé les mascarades et les jeux publics : le général Lauriston se hâta de rétablir les usages du carnaval; la joie publique éclata de toutes parts , et nous fûmes salués et bénis comme si nous eussions rendu un immense service et délivré de l'esclavage cette ancienne reine des mers.
Peu de jours après, nous fumes, le général Lauriston et moi, appelés à Vérone par le prince Eugène, vice-roi d'Italie, qui venait d'épouser à Munich, pendant le séjour de l'empereur Napoléon, la princesse fille aînée du roi de Bavière, à laquelle nous fûmes présentés : il nous transmit de nouveaux ordres de l'empereur, et, comme il devait se rendre à Venise avefc la vicereine, nous l'y précédâmes pour préparer son entrée : elle fut très-brillante et favorisée par le plus beau temps qu'on eût pu désirer. Les Vénitiens organisèrent promptement une regata sur les lagunes, c'est-à-dire, un grand nombre de gondoles figurant divers monstres marins, et ma- III. 1 8