‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 130 sur 247 · RETRAITÉ SUR L^BRE · texte numérisé non relu

RETRAITÉ SUR L^BRE

porter à l'empereur les tristes détails de la capitulation du général Dupont.

J'arrivai le lendemain à Burgos presque en même temps que le roi Joseph. Le maréchal Bessières qui, quelques jours auparavant, avait battu et dispersé un corps espagnol à Médina del Rio Seco, avait son quartier général à Bur* gos; mon gendre, le brave général Franceschi, avait fait avec le général Merlin l'arrière-garde du roi, et arriva le même jour dans cette ville. Il fut décidé que les troupes françaises qui avaient évacué Madrid , et qui n'avaient pu prendre sur le Douro une position défensive , sans s'exposer à y être coupées de la communication avec la France, se retireraient en deçà de l'Ebre; qu'on tiendrait Burgos, ainsi que le fort et les défilés de Pancorvo, et qu'on attendrait, dans ces positions, les nouvelles dispositions de l'empereur.

Le roi passa deux jours à Burgos, où il arrêta, de concert avec le maréchal Bessières, toutes les mesures qu'exigeaient ces circonstances : il se rendit ensuite , avec son état-major et les principaux officiers de sa maison , les ministres espar gnols qui l'avaient suivi 1 le général O'farill , ministre de la guerre, etc., à Miranda, sur la rive gauche de l'Ebre, où il établit son quartier général.

Je rejoignis le roi à Miranda. Après qu'il eut

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arrêté ses premières dispositions pour rétablissement des troupes, il me chargea de la mission très-délicate de porter ses dépêches à l'empereur, et de lui rendre un compte détaillé des circonstances et des motifs qui avaient déterminé sa retraite jusqu'en deçà de l'Ebre. Il permit à mon gendre, le général Franceschi, de m'accompagner jusqu'à Bayonne : celui-ci me devança, courant à franc étrier, pour gagner quelques heures de plus de séjour auprès de sa femme, pendant que je recevais les dernières instructions du roi. Je le rejoignis à la petite maison de campagne : je ne pouvais m'y arrêter que bien peu de temps : nous décidâmes avec beaucoup de peine ma fille à revenir avec moi à Paris. Franceschi nous accompagna jusqu'au second relais : nous dînâmes ensemble, ce fut une cruelle séparation. Franceschi retourna à Bayonne en s'arrachant des bras de ma fille, qui resta évanouie dans les miens : elle était inconsolable et ne pouvait se défendre des plus sinistres pressentiments; elle me répétait sans cesse en fondant en larmes : Je ne le reverrai plus!. . . .

Je ne m'arrêtai pas un seul mbment jusqu'à Versailles, d'où, pendant que ma fille se rendait chez moi, je me fis conduire à Saint-Cloud. M'étant fait annoncer à l'empereur, je fus admis sur-le-champ. A peine étais-je entré dans le salon,

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que l'empereur, sortant de son cabinet, vint à moi d'un air soucieux : « Eh bien! M. le général cf ( me dit-il en recevant la dépêche que je lui « apportais et qu'il ouvrit et parcourut rapidece ment), vous m'apportez de belles nouvelles! « Me direz- vous comment le roi d'Espagne n'a « pu trouver de position sûre que derrière « l'Ebre ? Était-il serré de si près qu'il ne pût s'ar- « rêter sur le Douro ? Repasser les deux fleuves, « c'est évacuer l'Espagne.

. « — Votre. Majesté, lui répondis-je, n'ignore <c pas les progrès du soulèvement, le peu de force ces que le roi avait à sa disposition, la nature « du pays entre le Douro et l'Ebre, la difficulté « de maintenir une si longue communication « que les rassemblements formés dans la chaîne « de montagnes de Soria et dans l'Aragon n'au» « raient pas manqué de couper. Le roi a pensé « que, dans de telles circonstances, il était sage « de concentrer ses forces dans une bonne posic< tion sur la rive gauche de l'Ebre, en avant des ci défilés de la Biscaye, et d'y attendre de noucc veaux ordres et les nouvelles dispositions de a Votre Majesté.

ce — Fort bien ! je vois que tout le monde a « perdu la tête depuis l'infâme capitulation de <* Baylen. » Et, en disant ces mots, il saisit le parement de mon habit, et, le secouant avec force, III. a i

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il ajouta avec l'accent d'une colère concentrée : « — Il faudra que cet habit sôit lavé dans le « sang. » — Il se promena ensuite à grands pas, et me fit avec plus de calme différentes questions sur la situation de l'armée. « — Je vois « bien, dit-il, qu'il faut que j'aille moi-même re- « monter la machine. Vous retournerez avec moi; « allez vous reposer, et dites au prince de Neu- « châtel qu'il vous expédie vos lettres d'aide-ma- « jor général , comme au général Belliard ; vous « serez employé de la même manière qu'à la carnet pagne d'Austerlitz. »

J'attendis à Paris, dans le sein de ma famille, mes instructions, qui ne me furent expédiées qu'un mois après, au moment même du départ de l'empereur. Entouré de mes enfants et de mon respectable beau-père, j'aurais bien joui de ces courts instants de bonheur , s'ils n'avaient été troublés par le chagrin de ma fille Octavie , que rien ne pouvait adoucir. Ma fille aînée , madame de Saint-Didier, qui servait de mère à son jeune frère, l'avait fait entrer, comme nous en étions convenus , à l'institution de Sainte-Barbe : cette maison, ancien collège fort réputé, avait été rétablie par le savant et respectable M. Delanneau, vrai modèle des instituteurs, et l'un de ceux qui ont le plus contribué à la restauration de l'instruction publique en France, presque entière-

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ment abandonnée depuis la contre-révolution de i793.

Pendant mon séjour à Paris, j'appris qu'on avait fait courir le bruit que le roi Joseph avait fait transporter en Espagne les plus beaux tableaux de la galerie de Farnèse , et les objets les plus précieux du musée et du mobilier du palais de Naples. Je me rendis auprès de la nouvelle reine de Naples, madame Murât, à l'Elysée, et je mis sous ses yeux l'inventaire que j'avais fait dresser , en l'assurant de la part du roi et de la reine d'Espagne , que le roi Joachim trouverait , à son arrivée à Naples , dans le palais et dans les autres maisons royales, tout ce qui se trouvait porté dans l'inventaire dont j'avais laissé le double entre les mains de l'intendant de la maison , et dans le meilleur ordre.

L'empereur étant parti pour se rendre avec la plus grande diligence en Espagne , je le suivis d'aussi près qu'il me fut possible. Je ne m'arrêtai que quelques heures au delà de Bayonne , dans la maison de campagne dont j'ai parlé plus haijt , où mes chevaux et mes équipages étaient depuis peu de jours arrivés de Naples. L'empereur avait fait filer en Espagne de nombreux renforts, et donné une nouvelle organisation à la grande armée dont il allait prendre le commandement en personne. Le quartier impérial fut d'abord

su.

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