‹ Souvenirs du ... comte Mathieu Dumas, de 1770 à 1836, publ. par son fils [C. Dumas]Chapitre 131 sur 247 · RETOUR EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

RETOUR EN ESPAGNE

établi à Vittoria : je partis avec mes équipages pour m'y rendre. J'avais près de moi le capitaine Labarthe, officier de cavalerie au service d'Espagne , pour lequel j'avais obtenu la nomination de mon aide de camp. C'était le fils d'un ancien officier du régiment de Médoc ; il avait émigré avec son père, étant encore fort jeune : il avait suivi le roi Joseph à Burgos ; et , comme il parlait parfaitement l'espagnol, je me l'étais attaché.

Ayant appris à Irun , sur la frontière d'Espagne , que la campagne était ouverte , et que l'empereur, avec le corps du maréchal Soult et les réserves de sa garde , était déjà en marche sur Burgos , j'abandonnai mes équipages , et pris la poste à franc étrier, n'emmenant avec moi que mon aide de camp Labarthe, mon secrétaire Pérotte, et mon valet de chambre Félix. Nous fîmes, sans nous arrêter, et d'une manière très-pénible , avec tles bidets de poste et des mulets extrêmement fatigués, les soixante lieues d'Iran à Burgos, où je n'arrivai que le lendemain vers minuit. Ce jourlà même l'empereur était entré à Burgos après un combat assez vif , à la suite duquel le corps espagnol qui occupait le château et la position de Burgos avait été repoussé : la route aux accès de Burgos était jonchée de morts.

Pendant cette journée , la plus fatigante que

ARRIVÉE A BURGOS. 3l5

j'aie jamais supportée, j'entendis sur ma droite, au delà du défilé et des hauteurs de Pan Corvo, une vive canonnade : c'était l'armée du général Black qui se retirait , et était vivement poursuivie par le corps d'armée du maréchal Lefebvre. Quelques partis espagnols qui s'échappaient de l'armée de Black, traversèrent la route que nous suivions, et nous fumes très-heureux de ne pas tomber entre leurs mains.

En arrivant à Burgos, je me rendis chez le prince de Neuchâtel, pour lui rendre compte de ce que j'avais appris de la position des ennemis dans cette partie. Ces avis avaient quelque importance, parce que le maréchal Lefebvre, au lieu de tenir en échec le général Black , pendant que l'empereur pénétrait jusqu'à Burgos, et dirigeait le corps du maréchal Soult sur Saint-Ander, avait trop précipité son attaque en partant de Bilbao : ainsi il n'avait pas laissé à l'empereur le temps qui lui était nécessaire pour achever son mouvement stratégique , couper la retraite aux corps des généraux Black et la Bomana ; c'est ce qui donna lieu à la bataille d'Espinosa , après laquelle les généraux espagnols , quoique battus, ayant encore leurs derrières libres, purent effeo* tuer leur retraite sur la Galice.

Le lendemain de mon arrivée, je fus conduit chez l'empereur par le major général , pour lui

3a6 MARCHE SUR MADRID.

rendre compte de mes conjectures , et des détails que j'avais recueillis. Je me rendis ensuite au quartier général du roi , où je retrouvai mes anciens compagnons. Sa Majesté m'accueillît avec beaucoup de bonté.

Peu de jours après on reçut la nouvelle de la bataille d'Espinosa. L'empereur fit diverses dispositions, et lorsque les corps d'armée furent arrivés à la hauteur de Burgos, il décida sort mouvement sur Madrid. Voici quelle était alors la position de l'armée :

Le corps du général Saint-Cyr était entré en Catalogne; celui du maréchal Moncey était entre Pampelune et l'Èbre; le corps du maréchal Soult avait pris position au camp de Carion , en avait t de Burgos, sur la route de Galice; son avant-garde, commandée par le général Franceschi , était sur la route de Valladolid , et battait la plaine : en avant de cette ville jusqu'à Zamora , les corps d'armée du maréchal Lefebvre et du maréchal Victor qui avaient combattu à Espinosa , marchaient sur Burgos. Le corps du maréchal Ney marchait sur Lerma, route de Madrid ; la garde impériale suivait la même direction.

L'empereur se décida à marcher directement sur Madrid. Les trois corps d'armée qu'il portait 'sur la capitale avec sa garde impériale, formaient

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